Richard Werly | Gavroche | 01/03/2011
Société  

Asie du Sud-est : Faillite vietnamienne, fissures Indonésiennes

A quoi ressemblera 2011 pour les milieux d’affaire à Hanoï ou Djakarta ? Et quelles conséquences en tirer pour les entrepreneurs basés en Thaïlande, où l’incertitude liée aux prochaines élections législatives ne semble, pour l’heure, pas affoler plus que cela les investisseurs internationaux ?

A chaque pays « sa » crise. Alors qu’en Thaïlande, les secousses telluriques de 2010 ont été politico-militaires, le Viêt-nam et l’Indonésie ont achevé l’année écoulée sur deux affaires peutêtre plus préoccupantes pour le futur.

La crise vietnamienne porte un nom : Vinashin. En décembre, l'incapacité de cette société publique de construction navale à rembourser ses dettes, dont le total s'élève à 4,4 milliards de dollars, a jeté le dragon à terre. Aussitôt après, les agences de notation en ont tiré les leçons. Hier notées BB par Standards and Poor - comme celles de la Thaïlande - les obligations vietnamiennes en devises étrangères se sont vues infliger un BB-, comme la Papouasie - Nouvelle Guinée ou le Pérou. Idem pour Moody's qui, le 15 décembre, a rétrogradé la dette vietnamienne de Ba3 à B1, comme le Venezuela ou le Sri Lanka.
Les agences de notation, certes, sont loin d'être le seul critère d’appréciation de la santé d'une économie, surtout dans les pays émergents. Mais dans le cas vietnamien, les arguments brandis par Moody’s et Standard and Poor (SP) font bien plus mal que la note.
Leur principale inquiétude, expliquent les deux agences, porte sur l'état des banques vietnamiennes dont les prochains résultats seront plombés par une accumulation de mauvaises créances, au point de nécessiter peut être un plan de sauvetage d'urgence, comme celui concocté par l'Union Européenne pour l'Irlande. Plus grave encore : le fait que Vinashin se soit retrouvée, en décembre, incapable de rembourser une tranche de 600 millions de dollars principalement gérée par le Crédit Suisse est, selon les experts, « révélateur des problèmes de gouvernance, de comptabilité faussée et de manque criard de transparence » en vigueur. Résumé : la surchauffe de l'économie vietnamienne pourrait bien faire exploser la machine dont les tuyaux financiers sont prêts de céder. Pas difficile, dès lors, de comprendre l'appréciation du baht : la Thaïlande, aussi instable soit-elle, reste « la » zone de repli de l'Indochine.

Le scénario Indonésien est différent
, mais pose des questions similaires aux détenteurs de capitaux et aux investisseurs. La notation de l'archipel, en 2010, a progressé d'un cran pour Moody's (Ba2) et stagné pour SP (BB+). Les failles du système, en revanche, se lisent à longueur d'éditoriaux et d'articles dans la presse locale. Autour de trois accusations récurrentes contre le gouvernement du Président démocratiquement élu Susilo Bambang Yudhoyono (SBY) : corruption, népotisme, et favoritisme accordé aux revenants des années de la dictature.
L'affaire la plus emblématique, dans cet immense pays gorgé de ressources naturelles, est celle du contrôleur fiscal en chef Gayus H. Tambunan, tombé pour corruption puis emprisonné.... avant de réapparaître fringant dans les tribunes lors d'un tournoi de tennis prestigieux, et à Singapour où les inspecteurs de la Taskforce antimafia l’ont retrouvé. Gayus, finalement condamné le 19 janvier à sept ans de prison, avait ni plus ni moins profité ces derniers mois de ses amitiés bien placées pour échapper aux barreaux et à la détention provisoire.
Mieux : l’ex-contrôleur fiscal a « balancé » durant ses interrogatoires - il s'est depuis récusé - lâchant parmi les noms des 149 sociétés qui ont utilisé ses services celui du conglomérat Bakrie, dont l'ancien patron Aburizal « Ical » Bakrie, - pilier des premières années SBY - préside aujourd'hui le Golkar (parti fondé par Suharto) et compte bien se présenter aux présidentielles de 2014. De quoi faire craindre un retour des pires pratiques dans la gestion des grands projets d'infrastructures annoncés et en cours, tels les multiples « fly over » en construction au-dessus des avenues en permanence embouteillées de Djakarta ou, champion toutes catégories, le projet faramineux du pont Sunda entre Sumatra et Java, évalué à 15 milliards de dollars.

Difficile, dans ce contexte, de ne pas relativiser les problèmes de la Thaïlande, où l'inflation est relativement stabilisée (3% l'an dernier, contre 11,75% au Viêtnam et environ 7% en Indonésie) et où les cours du riz vont de nouveau grimper en 2011. Avec la faillite de Vinashin, comme avec les fissures de la démocratie Indonésienne, les autorités de Bangkok disposent, vis à vis des bailleurs de fonds internationaux et des fameux marchés financiers, de contre-exemples régionaux bien utiles pour faire oublier leurs propres bévues et leurs propres insuffisances.


RICHARD WERLY

Correspondant pour les affaires européennes du Temps, ancien correspondant à Bangkok et Tokyo.

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