Quand on choisit un guide de voyage, on se pose immédiatement la question de sa fiabilité. On veut savoir si on pourra suivre les yeux fermés les informations pratiques qu'il contient, car c'est quand même pour cela qu'on l'achète!
Les médias se sont souvent penchés sur la "face cachée des guides", à l'image du magazine Lire qui a réalisé une enquête sur les coulisses du Routard.
Baudoin Eschapasse lui a d'ailleurs consacré un livre entier, paru en mars dernier aux éditions Panama, dont le titre alambiqué "Enquête sur un guide de voyage dont on doit taire le nom" s'explique par les diverses pressions qu'a subies l'auteur. Il évoque notamment la question des remises à jour et donc de l'exactitude des informations.
C’est évident: on ne peut reprocher aux auteurs de ne pas manger dans chaque restaurant et dormir dans tous les hôtels. Pourtant, certaines choses sautent aux yeux. Le livre de Baudoin Eschapasse révèle que les collaborateurs du Routard restent une quinzaine de jours sur place. Comment imaginer alors remettre à jour tout un guide? On découvre dans le livre que toutes les régions ne sont pas réactualisées lors de la parution d'un nouveau guide et même que certaines destinations restent des années sans être revisitées.
En réponse aux nombreuses critiques dont il a fait l'objet, Le Routard est d'ailleurs devenu plus prudent: à l'affirmation "remis à jour chaque année", on a dernièrement ajouté "de notre mieux"! Au Petit Futé, même problème. Restée cinq semaines en Indonésie, Sonia n'a évidemment pas pu vérifier la totalité du guide dont elle avait seule la charge, et elle avoue d'ailleurs n'en avoir réactualisé qu'un tiers. Cependant, il n'en est fait mention nulle part, et sur la couverture, vous lirez bien "nouvelle édition".
Il n'y a d'ailleurs pas de stratégie d'ensemble au Petit Futé, les auteurs ne sachant pas s'il y a des régions à privilégier parce que personne n'avait eu le temps d'y passer au cours de la réactualisation précédente. De même, étant donné le peu de jours passés sur place, les auteurs ont tout juste le temps de vérifier les informations déjà présentes dans le guide, sans pouvoir découvrir de nouveaux endroits, envoyant ainsi les voyageurs dans les mêmes lieux depuis des années…
C'est sans compter que la nouvelle édition est bien souvent caduque quand elle paraît, car entre le moment où l'auteur est allé sur place et la publication du guide, plusieurs mois peuvent s’écouler. Si une durée normale est, pour des raisons techniques, nécessaire, cela traîne parfois un peu trop, à l'image de Sylvie qui a réactualisé un guide d'un pays d'Asie fin juillet 2006 et dont la publication est prévue pour mars 2007!
Les informations peuvent également être faussées en raison de l'existence d'arrangements entre le guide et les professionnels du tourisme. Sur ce point, le Lonely Planet fait office d'exception. Le guide se veut complètement indépendant: pas de publicités dans ses pages et pas de publi-rédactionnels (pub déguisée: l'établissement disposant d'un commentaire élogieux au sein des pages du guide).
Au début de chaque guide, il est d'ailleurs précisé que "les auteurs ne bénéficient d'aucune rétribution ou réduction de prix en échange de leurs commentaires". Joe Cummings, auteur de nombreux guides pour Lonely Planet, confirme qu'au cours de ses voyages il ne reçoit aucune prestation en échange de ses commentaires. Il opère d'ailleurs le plus souvent sans que les établissements ne soient avertis de sa présence. "Lonely Planet n'autorise pas ce type de pratiques."
Le Petit Futé, lui, accueille des publicités dans ses pages et les rédacteurs sont parfois hébergés gratuitement dans les établissements. Mais selon Sylvie "le Petit Futé a le mérite d'être clair: il y a des publicités, mais elles ne sont en aucun cas des lieux recommandés par le Petit Futé. Lorsqu'il y a achat de publicité ou échange de service (nuits d'hôtel contre publicité par exemple), l'établissement n'a aucune garantie: nous pouvons parler de lui, ne faire que le citer, mais nous ne sommes absolument pas tenus de faire des commentaires élogieux si l'établissement ne répond pas à certaines exigences. Ensuite, tout dépend du sérieux du rédacteur". Sylvie avoue que ces pratiques sont nécessaires. "Au Petit Futé, l'enveloppe de frais ne permet pas de payer une chambre dans un hôtel de luxe."
La rémunération des auteurs, ainsi que leur statut, est d'ailleurs un autre sujet problématique. Baudoin Eschapasse explique dans son livre qu’au Guide du Routard, les auteurs ne sont désignés que comme "contributeurs à une œuvre collective", et à ce titre perçoivent une rémunération forfaitaire. Seul Philippe Gloaguen, co-fondateur et directeur de collection, perçoit 100% des droits d'auteur.
Chez le Petit Futé, on paye peu, et "on doit avancer les frais, donc mieux vaut avoir un peu de trésorerie" explique Jean. En effet, Sylvie a reçu une enveloppe de frais de 500 euros, son voyage lui étant payé. Elle a perçu en plus 750 euros de droit d'auteur à la remise du manuscrit et 750 euros à publication.
Camille, elle, ne critique pas tant l'enveloppe de droit d'auteur car selon elle "c'est une occasion en or pour des personnes qui souhaitent se faire un nom dans l'écriture. Les gens se bousculent pour décrocher ces petits boulots." Elle regrette cependant qu'une "enveloppe de frais plus importante, permettant un meilleur travail sur place, ne soit pas accordée."
Si les rédacteurs admettent qu'il y a des dysfonctionnements, on peut cependant selon eux faire confiance aux guides. Sylvie pense que "la fraîcheur et la motivation des jeunes rédacteurs, ou l'expérience de ceux qui résident dans le pays et écrivent pour le Petit Futé rendent le guide fiable."
Joe Cummings de son côté estime que "les recherches varient selon l'auteur. Par exemple, si ce dernier ne parle pas la langue du pays, ses informations seront moins fiables". Camille constate elle qu'une "comparaison entre éditeurs est moins pertinente qu'une comparaison en fonction de la destination, car tout dépend du sérieux du rédacteur et de sa capacité à " comprendre " le pays ou la région visitée, indépendamment de l'éditeur auquel il est rattaché". Tout n'est donc pas tout blanc ou tout noir au pays des guides...
Lire aussi : Cambodge : "Les perles" du Routard...
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Gavroche magazine
22/01/2010
Société
Thaïlande, Guides de voyage : ce qu'on ne vous dit pas
Suite à vos nombreuses réactions concernant l'article "Les perles du Routard", qui liste certaines erreurs trouvées par les expatriés dans la nouvelle édition du guide Cambodge 2010/2011, voici une enquête réalisée par Gavroche, publiée dans le numéro 147 (décembre 2006), sur les coulisses de l'élaboration des guides de voyage. A lire absolument !
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