Il y a celui qui prend quatre photos noir et blanc en un click. Celui qui permet de tirer un cliché aux couleurs d’antan, un autre qui capture sur 360 degrés et toute une pléiade d’autres appareils au look ancien. Un maître mot les rassemble : l’argentique. Tous ces engins fonctionnent avec les films et non avec des cartes digitales comme on s’y est si bien habitué. À l’heure du numérique, on a envie de dire que c’est démodé. Eh bien non. Au contraire, c’est même devenu une mode internationale pour laquelle la Thaïlande a totalement adhéré. Ces dix dernières années, quelque dix mille Thaïlandais sont devenus des « lomographers ». Des passionnés de l’image qui ne sortent jamais sans leur appareil dans leur sac ou autour de leur cou. Toujours prêts à immortaliser des instants de leur quotidien. Pour ces photographes, pas de règles, seules les images comptent, qu’elles soient à contre jour ou mal cadrées.
Origine soviétique
Tout a commencé chez les Russes, en 1982. Petrowitsch Kornitzky, le bras droit du ministre de la Défense décide de créer avec le directeur de l’usine d’armes et d’optiques Lomo, une version améliorée d’un appareil photographique japonais dont il apprécie la sensibilité de la lentille. Dix années plus tard, l’appareil tombe dans les mains de deux étudiants autrichiens. Le coup de foudre. Ils n’hésitent pas à prendre l’avion pour Saint- Pétersbourg afin de négocier un contrat de vente mondial. Depuis, un véritable mouvement social est né à travers le monde, derrière cette marque. Plus de cinq cent mille personnes ont adhéré à la communauté de lomographie. Un groupe où ils peuvent partager leurs clichés, discuter de leur passion et organiser des expositions. En plus de vendre les produits, ces magasins facilitent la communication entre les membres et organise des événements.
Un mode de vie
Tout se passe sur internet et dans leurs boutiques qu’ils nomment « ambassades ». On les trouve à New York, à Tapei, à Madrid, à Séoul et dans 40 autres pays. La Thaïlande possède sa délégation à Bangkok, sous la direction de Maneedang Kulthaveesup, depuis 2004. « Certaines personnes aiment venir ici pour rester un moment à discuter avec nous, feuilleter nos livres ou tester nos appareils », explique la designeuse qui a ouvert l’ambassade dans sa maison. Elle a découvert ce type de photo en Allemagne, lors d’un voyage, et est tombée sous le charme. « J’aime les couleurs qu’on obtient et la surprise au moment de l’impression des photos. Parfois, les couleurs sont chaudes, parfois elles ressortent plus froides, mais toujours avec une impression artistique. » Ces appareils argentiques utilisent trois films avec des compositions chimiques différentes : le noir et blanc, le négatif, qui donne des couleurs normales, et le positif qui donne un effet « diapositive ». Et puis, il est possible de mélanger les compositions. Les lomographers adorent utiliser un film négatif avec les produits chimiques du positif, par exemple. La photo développée comporte alors des couleurs criardes et donne l’impression qu’on l’aurait prise dans les années 70, 80.
C’est vieux donc c’est mieux
Un retour en arrière souhaité et apprécié des jeunes, comme la mode des habits vintage que l’on trouve sur les marchés aux puces ou dans les magasins spécialisés à Bangkok. « J’apprécie ce style vieilli et, surtout, je retrouve les sensations de surprise quand je vais chercher mon développement au magasin de photos », explique Marie Possa, une lomographeuse suisse venue visiter la Thaïlande. « Bon, je ne cache pas qu’ils vendent bien leur concept : on achète d’abord l’appareil, et après, il y a pleins d’accessoires attirants…Je suis tombée dedans. » En Thaïlande, les prix restent élevés, entre 1 000 et 22 000 bahts l’appareil. Mais une quantité de contrefaçons sont disponibles sur les marchés et dans la rue. Pour le bonheur des petites bourses et moins pour celui de la communauté.
MARGAUX FRITSCHY













