En 1966, tout jeune chirurgien, Therdchai Jivacate effectue un stage au département orthopédique de l’hôpital de Chiang Mai. Il prend rapidement conscience des énormes difficultés rencontrées par les personnes amputées en Thaïlande. «J’ai dû couper beaucoup de jambes, à cause de traumatismes graves, de cancers, d’infections. A l’époque, il existait un seul atelier de fabrication de jambes artificielles à l’hôpital Siriraj, à Bangkok. Les pauvres n’avaient pas les moyens de s’y rendre. Ils se fabriquaient leurs propres prothèses avec des tiges de bambou. J’ai pensé que j’étais en position de les aider», se souvient ce petit homme menu et souriant.
Au début des années 70, le médecin met en place un atelier de prothèses à Chiang Mai. Mais à l’époque, les matériaux utilisés sont importés des Etats-Unis et coûtent très cher. «En choisissant des matériaux locaux, j’ai réussi à diviser le coût par deux. Mais c’était encore trop cher, environ 4000 bahts pour une jambe.» Il se met donc en tête de mettre au point un matériau bon marché pour remplacer la coûteuse résine de polyester. Après de multiples expérimentations, qu’il finance lui-même, il parvient finalement à mettre au point un plastique adapté. La jambe artificielle ainsi créée ne coûte plus que 700 bahts.
Au début des années 90, l’histoire parvient aux oreilles de la Princesse Mère, qui décide d’apporter son soutien au médecin de Chiang Mai. Elle crée la Prosthesis Foundation en 1992, permettant au Dr Therdchai de fournir gratuitement des jambes artificielles aux pauvres. Une fois la question du prix réglée, le médecin s’attaque au problème de l’accès aux prothèses pour les habitants des zones rurales. Il décide d’aller à eux. «Nous avons créé des unités mobiles. Nous arrivons dans les villages avec trois ou quatre camions chargés de tout le matériel nécessaire à la fabrication des prothèses, ainsi qu’une centaine de techniciens. Nous restons plusieurs jours sur place. A chaque fois, nous nous occupons d’environ 200 patients», explique le chirurgien. Chaque prothèse est faite sur mesure, en respectant les standards internationaux et avec des temps de fabrication de plus en plus réduits. Les techniciens fabriquent ainsi les prothèses au-dessous du genou en seulement 4 heures, contre 5 jours aux débuts du projet.
Chaque année, 1000 à 1500 personnes bénéficient de l’aide de la fondation, y compris les réfugiés birmans installés dans les camps le long de la frontière. Depuis 1992, 17 000 personnes ont bénéficié des prothèses de la Prostheses Foundation. Vingt-trois mille jambes artificielles ont été fournies gratuitement en 16 ans. Dans les zones les plus isolées, que même les unités mobiles n’atteignent pas, la fondation forme désormais les amputés eux-mêmes aux techniques de fabrication et d’entretien des prothèses. Seize ateliers ont ainsi été mis en place à travers le pays, l’objectif étant d’arriver à un par province. «Les amputés travaillent parfois mieux que les techniciens normaux, parce qu’ils connaissent leurs besoins», souligne le Dr Therdchai.
En 2008, le médecin a reçu le Prix Ramon Magsaysay pour le service public, l’une des récompenses les plus prestigieuses du continent, souvent considérée comme le Prix Nobel asiatique. A 69 ans, Therdchai Jivacate ne semble pas vraiment disposé à prendre du repos. Après les hommes, il se tourne vers les animaux. Avec son équipe, il a mis au point la première jambe artificielle pour éléphant, permettant à une jeune femelle qui avait sauté sur une mine de pouvoir remarcher.
www.prosthesesfoundation.or.th
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Gavroche
01/10/2010
Société
Thaïlande : Dr Therdchai Jivacate: le médecin aux 23 000 jambes artificielles
Depuis les années 1970, le Dr Therdchai Jivacate met ses compétences au service des milliers d’amputés thaïlandais, souvent trop pauvres pour pouvoir se payer une jambe artificielle. Grâce au travail de ce chirurgien orthopédiste et au soutien de la famille royale, la Prosthesis Foundation fournit gratuitement des prothèses aux déshérités, y compris dans les zones les plus reculées du pays.
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