Olivia Corre | Gavroche | 15/03/2010
Société  

Bangkok : Le chant des artisans

L'association d'expatriés ThaiCraft tente de développer le commerce équitable en Thaïlande. Son but : faire connaître les talents des artisans locaux en leur offrant davantage de visibilité.
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  • Des centaines de villages vivent ainsi de leur art tout en conservant leur culture
  • Pui Krongkarn fait partie des 70 producteurs qui participent chaque mois au marché organisé par l'association
  • Stephen Salmon, fondateur de ThaiCraft
  • Armelle, volontaire française
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Décembre dernier. 10h du matin, troisième étage du Jasmin Building à Bangkok. On s’affaire dans tous les sens pour positionner les derniers objets sur les stands. Ici, aucun produit fabriqué à la chaîne, juste des pièces artisanales.

Un marché de Noël équitable qui réunit 70 producteurs venus d’un peu partout en Thaïlande. Initié par l’association ThaïCraft, ce marché permet aux artisans du pays, à la veille des fêtes de fin d’année, de venir vendre le fruit de leur travail dans la capitale.

« Beaucoup d’expatriés rentrent en Europe pour Noël. C’est donc l’occasion pour ces artisans de faire reconnaître leur talent au-delà des frontières du pays par le biais de cadeaux achetés ici en prévision des fêtes »
, explique Stephen Salmon, fondateur de l’association.

Vitrine équitable

Une visibilité précieuse pour ces petits producteurs. Beaucoup d’entre eux parcourent plus de 500 km pour être présents chaque samedi dans l’enceinte du marché, et permettre ainsi à toute leur communauté de survivre.

« Nous essayons de faire le lien entre producteur et consommateur. Beaucoup d’artisans fourmillent d’idées créatives mais n’ont aucune idée de la façon de vendre leur art. Et nous tentons d’y remédier par le biais de vitrines comme celles-ci, mais aussi de conseils et de soutien », souligne Armelle Plassart, volontaire pour l’association.

Car leur démarche va bien au-delà de ces stands temporaires installés au cœur d’un building bangkokois. Derrière chaque étal se trouve la vie de tout un village. Des communautés souvent issues de minorités ethniques qui comptent sur les opportunités offertes par ThaiCraft pour tenter de préserver un peu de leur culture en vivant de leur art.

Une possibilité d’avenir que leur ouvre désormais l’association en œuvrant pour le développement du commerce de leurs produits à l’export. Mais pas question pour autant de faire n’importe quoi pour y parvenir.

Chaque démarche est donc pensée dans le plus pur respect du principe « gagnant gagnant », précise Stephen Salmon. « Pas question de brader leurs talents ! Ces hommes et ces femmes ont un véritable savoir-faire et travaillent dur pour s’en sortir. Il faut donc qu’ils soient rémunérés en conséquence. C’est la seule solution vers un commerce durable. »

Pour cela, Stephen Salmon et ses treize volontaires sillonnent le pays pour rallier à leur cause toujours davantage d’artisans. « Mais nous devons parfois faire face au scepticisme des villageois, déjà floués par le passé par des exportateurs peu scrupuleux, ou tout simplement méfiants envers les farangs », souligne Armelle Plassard. Mais à force de persévérance, de jalons posés, et de bouche à oreille, le concept ThaiCraft parvient désormais à s’imposer.

L’union fait la force


L’objectif ? Constituer un véritable réseau d’échanges et rendre la voix de ces artisans audible au niveau national, en les fédérant autour d’un but commun. ThaiCraft espère ainsi peser sur les autorités locales pour développer le commerce équitable dans le pays. Autant dire que la tâche relève plus du sacerdoce que de la partie de plaisir.

« Le gouvernement respecte notre travail mais le commerce équitable n’est pas sa priorité. Plus préoccupé à simplifier la vie des investisseurs étrangers que celle de petits producteurs désargentés… », explique Stephen Salmon. Et pourtant. Ce sont bien eux les premiers porte-flambeaux de la culture thaïlandaise.

"Derrière chaque étale se trouve la vie de tout un village..."

Peut-être même le seul rempart de conservation d’un patrimoine déjà considérablement amputé par un développement touristique vitesse grand V. Une sorte de TGV qui a totalement bouleversé la vie du pays et que ces producteurs tentent aujourd’hui d’attraper en route sans pour autant y laisser leurs codes.

« Cela ne sert à rien de lutter contre un système déjà trop établi pour être complètement refondu. Le but est donc de permettre à ces artisans d’intégrer le marché actuel, tout en imposant leur volonté. Mais cela prend du temps… », admet le fondateur de l’association en haussant les épaules.

Et l’homme sait de quoi il parle. Car si ThaiCraft a vu le jour seulement en 1992, l’association est le fruit d’un long travail préliminaire. Un travail de fourmi entamé conjointement par Stephen et sa femme Suwadee il y a plus de trente ans déjà. A l’époque, Stephen a 25 ans. Le jeune professeur vient de finir ses études et décide de quitter son Angleterre natale pour enseigner bénévolement en Thaïlande, dans la province de Nan.

En vivant le quotidien des villageois, il réalise l’ampleur de leurs talents, mais aussi celle de leurs difficultés. Stephen commence alors à aider ponctuellement une petite communauté de réfugiés laotiens pour développer ses activités artisanales. Puis une seconde, une troisième, une quatrième… jusqu’à regrouper autour de lui plus de deux cents volontaires soucieux, comme lui, de donner un coup de main aux producteurs un peu partout dans le pays.

Chacun d’entre eux se rend dans les communautés pour récolter les objets fabriqués par les villageois, avant de partir les vendre bénévolement à Bangkok, pour revenir ensuite avec le butin amassé. « Le principe était le même qu’aujourd’hui. Mais les villageois dépendaient totalement des volontaires pour vendre leur art », se souvient Stephen.

C’est pourquoi il décide de donner un nouveau tournant à la démarche en 1992 en créant ThaïCraft. Désormais, les artisans commercialisent eux-mêmes leur art. Le relais est donc passé, rendant du même coup l’activité de ces producteurs durable.

Labelliser l’artisanat

Aujourd’hui, l’association est membre de l’Organisation mondiale pour le commerce équitable et ambitionne d’imposer l’instauration d’un label dédié aux produits artisanaux. Un concept un peu à l’image de la griffe Max Avelar, déjà en vigueur en matière d’alimentation.

« Rien de ce genre n’existe encore pour l’artisanat. Beaucoup n’y croient d’ailleurs pas ! », explique Stephen. Prétexte invoqué ? L’artisanat serait moins facile à commercialiser que le riz ou le café. La majorité des produits alimentaires estampillés « équitable » vendus en Europe sont également issus de cultures biologiques, et donc plus « vendeurs ».

« Il est vrai qu’il est plus facile de vendre un produit dont on peut vanter les bienfaits sur la santé du consommateur, ce qui n’est malheureusement pas le cas de l’artisanat…» Mais le Britannique croit en son idée et fait des pieds et des mains pour l’imposer sur la scène internationale.

« Je suis persuadé que le simple concept d’un commerce plus égalitaire peut suffire, à lui seul, pour séduire les consommateurs », souligne-t-il.

Et donc améliorer la vie de l’ensemble des artisans un peu partout sur la planète. Et ils sont nombreux. 60% des 90 associations que regroupe la branche Asie de l’Organisation mondiale du commerce équitable concernent l’artisanat.
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remi 2010-07-16 15:58:50
ou et quand
heure et adresse du marche le samedi ?
Reno 2010-03-05 16:24:15
Question
Comment référencer des artisans auprès de l'association? Comment vous contactez? Merci
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