Chiang Mai et le triangle d'or
Paï : l'invasion barbare
Petite bourgade tranquille il y a encore quelques années, Paï connait désormais des problèmes d’insécurité liés à l’alcool et à un développement incontrôlé.
La première route traversant Paï, qui reliait Chiang Mai à la Birmanie, fut construite par les japonais durant la seconde guerre mondiale. C'était la première fois que cette paisible communauté entourée de montagnes, où se mélangeaient harmonieusement plusieurs groupes ethniques, recevait de si lointains étrangers. Cette même route a depuis été agrandie. Si elle a permis d’apporter le progrès à Paï, la route 1095, en connectant la petite communauté au reste du monde, a aussi été comparée à « la trace d’un énorme serpent affamé venu dévorer la population locale (1).»
La première vague d'arrivants, vers le milieu des années 80, était surtout composée de hippies, des bohémiens qui ont tout de même eu le bon goût de découvrir Ibiza, Goa ou Marrakech avant que la foule ne s'y précipite. La petite bourgade restait alors très tranquille, les bars fermaient tôt, à quelques rares exceptions. Les visiteurs respectaient les autres et ne cherchaient pas la confrontation. Les Thaïlandais toléraient alors, comme à Koh Samui ou Koh Phangan, un certain degré d'usage de drogue, tant que cela restait un ghetto isolé d'Occidentaux.
Puis vinrent les années Thaksin, les années-fric. Des promoteurs venus de Bangkok ont racheté les terrains, de plus en plus cher, les hôtels et les commerces ont poussé comme des champignons et les investisseurs ont vite fait pression sur la police pour changer l'image de la ville. Place aux directives de Bangkok, aux flics, mais aussi aux bars et à l'alcool.
Aujourd'hui, la consommation d’alcool est devenue à Paï un problème collectif. Le 6 janvier dernier, un sergent de police en civil, réputé pour ses intempérances, a croisé le chemin de deux jeunes Canadiens fortement alcoolisés et agités. Altercation, bagarre, le jeune homme, Leo John del Pinto, reçoit deux balles tirés par le policier avec son arme de service et meurt sur le coup. Son amie, Carly Reisig, est grièvement blessée par une autre balle. Un fait divers tragique et inacceptable, inquiétant, mais pas surprenant.
Equipées de bikers, rallyes de Porsche et de Ferrari venus de Singapour, tournages de séries télé, cohue et embouteillages en haute saison, la «trace du serpent» déverse aujourd'hui à Paï trop de groupes différents qui peinent à se mélanger. «On ne se sent plus en sécurité après une heure du matin», confie Guy, qui vit ici depuis plus de vingt ans.
Les vrais amoureux de Paï, aujourd'hui retranchés dans la campagne environnante, ne fréquentent plus guère la ville, livrée aux hordes barbares.
(1) Bongpoun Arunleurd, A Study of Pai, 1999
La première vague d'arrivants, vers le milieu des années 80, était surtout composée de hippies, des bohémiens qui ont tout de même eu le bon goût de découvrir Ibiza, Goa ou Marrakech avant que la foule ne s'y précipite. La petite bourgade restait alors très tranquille, les bars fermaient tôt, à quelques rares exceptions. Les visiteurs respectaient les autres et ne cherchaient pas la confrontation. Les Thaïlandais toléraient alors, comme à Koh Samui ou Koh Phangan, un certain degré d'usage de drogue, tant que cela restait un ghetto isolé d'Occidentaux.
Puis vinrent les années Thaksin, les années-fric. Des promoteurs venus de Bangkok ont racheté les terrains, de plus en plus cher, les hôtels et les commerces ont poussé comme des champignons et les investisseurs ont vite fait pression sur la police pour changer l'image de la ville. Place aux directives de Bangkok, aux flics, mais aussi aux bars et à l'alcool.
Aujourd'hui, la consommation d’alcool est devenue à Paï un problème collectif. Le 6 janvier dernier, un sergent de police en civil, réputé pour ses intempérances, a croisé le chemin de deux jeunes Canadiens fortement alcoolisés et agités. Altercation, bagarre, le jeune homme, Leo John del Pinto, reçoit deux balles tirés par le policier avec son arme de service et meurt sur le coup. Son amie, Carly Reisig, est grièvement blessée par une autre balle. Un fait divers tragique et inacceptable, inquiétant, mais pas surprenant.
Equipées de bikers, rallyes de Porsche et de Ferrari venus de Singapour, tournages de séries télé, cohue et embouteillages en haute saison, la «trace du serpent» déverse aujourd'hui à Paï trop de groupes différents qui peinent à se mélanger. «On ne se sent plus en sécurité après une heure du matin», confie Guy, qui vit ici depuis plus de vingt ans.
Les vrais amoureux de Paï, aujourd'hui retranchés dans la campagne environnante, ne fréquentent plus guère la ville, livrée aux hordes barbares.
(1) Bongpoun Arunleurd, A Study of Pai, 1999
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