Que dire de l'offre de génériques en Thaïlande ?
L'offre évolue un peu mais encore trop lentement. Le monopole de la GPO (1) dans les hôpitaux gouvernementaux est un frein aux investissements, et donc aux lancements de nouveaux médicaments génériques par les grandes sociétés pharmaceutiques locales. Elles sont condamnées à se lancer principalement sur des produits anciens, à très bas coût et souvent de piètre qualité. Du coup, il y a un manque de nouveaux génériques sur certaines pathologies. Les molécules originales innovantes sont trop chères pour être accessibles à la majorité. Les sociétés thaïlandaises n’ont pas la capacité technique de développer rapidement des génériques sur les molécules récentes sans enfreindre les brevets, alors que des sociétés européennes, elles, le peuvent. C’est notamment le cas de Sinensix Pharma Thailand, ou encore de la société espagnole Chemo.
Comment changer la donne ?
Il faut accélérer l’installation des fabricants de génériques européens dans le pays. J'ai moimême fait ce choix, alors qu'avant je travaillais ici pour une multinationale vendant des produits originaux, et donc très chers. Aujourd’hui, grâce à Sinensix, nous proposons ici les dernières molécules génériques gynécologiques à moitié prix. Cela peut être une avancée pour améliorer la situation sanitaire des 32 millions de femmes thaïlandaises. Car il existe de gros disfonctionnements dans le processus d'achat des médicaments : les médecins du pays sont très attachés aux produits de marque, chers, proposés par des compagnies qui, souvent, sponsorisent leurs voyages médicaux. Certains d’entre eux font donc barrage à l'arrivée des génériques. En gros, les intérêts particuliers prennent encore trop souvent le pas sur l'intérêt général au sein des hôpitaux publics. Pourtant, prescrire des génériques permettrait de réduire les coûts des soins, et donc de prendre en charge davantage de patients.
Que dire de la situation sanitaire du pays ?
Au regard des autres pays de l'Asean, la situation sanitaire est très correcte. La couverture médicale y est universelle, même pour les plus démunis, et les médecins sont compétents. Mais ils ne sont malheureusement pas assez nombreux (1 pour 2500 habitants). La répartition des hôpitaux est également trop inégale. Les établissements sont concentrés dans les grandes villes, et l'accès aux soins demeure problématique dans les campagnes. Dans l’Isan par exemple, trouver un chirurgien en cardiologie capable d’opération post-inferctus est mission impossible, à moins de faire plus de 300 kilomètres. C'est évidemment à l'opposé de ce qui se passe à Bangkok où, chaque année, plus d'un million de touristes font le déplacement jusqu’en Thaïlande dans le but principal de s’y faire soigner.
Propos recueillis par OLIVIA CORRE
(1) Governmental Pharmaceutical Organization
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