Quelles ont été les métamorphoses majeures de la capitale viêtnamienne ?
La première grande métamorphose a lieu à la fin du XIX° siècle, quand les Français s’y installent et tracent ce qui était alors une nouvelle ville : bâtiments publics, larges avenues ombragées, centaines de villas, tramway, éclairage au gaz puis à l’électricité. Ils s’installent pour rester et les services qu’ils créent ont pour effet de sédentariser la population vietnamienne. Les styles de l’époque, art déco et néogothique, laissent peu à peu place à un « style indochinois », mieux adapté au climat, aux inspirations mélangées. La deuxième métamorphose se déroule aujourd’hui, avec l’extension, décidée en 2008, du territoire de la capitale vietnamienne, de 900 km2 à 3300 km2. Les alentours de la ville traditionnelle sont devenus un vaste chantier : périphériques, centres urbains, zones industrielles. Deux villes en une seule. Un véritable défi, et un pari sur l’avenir.
Que dire de son visage actuel et de son devenir ?
Au cours de ses mille ans d’existence, Hanoï a été pillée, détruite par les Mongols, incendiée, rasée. Une histoire très mouvementée, jusqu’aux bombardements aériens américains de 1972. Sa population a été éparpillée et a terriblement souffert de la famine de 1945-46. Elle a perdu son statut de capitale au début du XIX° siècle, quand elle a été remplacée par Hué, dans le centre du pays, avec l’avènement de la dynastie des Nguyên, pour le retrouver en 1975 seulement. Comme le reste du pays, Hanoï ne connaît vraiment la paix que depuis 1989, quand les troupes vietnamiennes ont fini d’évacuer le Cambodge et que les canons se sont tus sur la frontière chinoise. Deux décennies de paix, c’est peu. Mais les Vietnamiens en ont profité pour développer leur pays. Hanoi demeure le centre politique. Ce n’est pas une ville révolutionnaire, mais plutôt un centre administratif qui se bat pour conserver sa place. Bâtir une nouvelle mégapole, qui devrait compter au moins une dizaine de millions d’habitants dans dix ans, n’est pas une mince affaire. C’est un projet plein de risques. Sera-t-il un succès ?
Comment envisagez vous l'avenir du Viêt-nam et de l'ancienne Indochine ?
Le Viêt-nam est, avant tout, un pays de ressources humaines, même s’il est riche en ressources naturelles. Quand le PC a annoncé, fin 1986, l’ouverture du pays, les gens ont retroussé leurs manches. Le feu vert est venu d’en haut, l’effort d’en bas. Les résultats sont éloquents, avec un triplement du niveau de vie, et un net recul de la pauvreté. L’immense majorité de la population est alphabétisée, notamment grâce à l’adoption d’une écriture romanisée. Si la paix perdure, le Viêt-nam devrait poursuivre sur cette lancée en dépit de sérieux obstacles : corruption, lourdeurs administratives, et un pouvoir monolithique sans contrepoids. Quant à la péninsule indochinoise, elle est aujourd’hui prise dans un mouvement régional qui la contraint à aller de l’avant. Le Laos enclavé est invité à devenir un lien entre le monde chinois et l’Asie du Sud-est. Le Cambodge doit s’insérer dans le mouvement. Même si le domaine politique demeure tributaire d’archaïsmes, la transformation de ces pays s’est amorcée. Une fois encore, pour peu que la paix prévale, ces pays vont avancer. Avec, il est vrai, de criantes inégalités, compensées en partie par une forte capacité à encaisser.
Propos recueillis par OLIVIA CORRE
Hanoi, regards En vente sur Amazon et la Fnac.com
|
|












