Quel est l'état actuel du marché de l'antiquité ?
Le marché se porte mal en Thaïlande. Mais il ne s'agit pas d'un cas isolé. Le phénomène est le même à l'échelle mondiale. En cette période de récession économique, les marchands étrangers boudent le pays depuis le début de l'année, en partie aussi à cause des troubles politiques qui ont affecté le pays au premier trimestre. Mais, paradoxalement, les maisons de ventes aux enchères telles que Sotheby's et Christie’s, pour ne citer qu’elles, réalisent de bons résultats. Le secteur haut de gamme semble moins affecté. En Thaïlande, il ne reste sur le marché que très peu de pièces anciennes et authentiques. Le mobilier est pratiquement inexistant et les statues déjà reparties chez les collectionneurs privés et les musées. Quant aux céramiques disponibles, elles sont bien souvent de période tardive. Le pays demeure cependant un carrefour pour l'approvisionnement de pièces en provenance des pays voisins (Birmanie, Laos, Cambodge et Vietnam). L'image des antiquités souffre également de l'abondance des copies présentes sur le marché. J’estime qu’elles représentent 90% des pièces disponibles.
Quels genres d'acheteurs trouve-t-on en Thailande?
La clientèle se répartit entre les marchands et les collectionneurs étrangers, ainsi que des résidents de longue date (au-delà de 15 ans). Mais aussi des Thaïlandais de classe aisée et aristocratique. Les clients expatriés, par contre, ne ressemblent plus à ceux qui étaient présents il y a vingt ans. Ils ont des budgets réduits et peu d'entre eux sont des connaisseurs. Beaucoup ne s'intéressent pas réellement aux antiquités et sont de simples victimes de la « mode », à la recherche d’objets décoratifs de fabrication récente, vieillis artificiellement ou usagés.
Comment envisagez-vous l'avenir ?
Ça, c'est une bonne question à laquelle j'ai du mal à répondre. La clientèle se fait de plus en plus rare, et l’émergence de la Chine sur le marché fait que les objets de qualité sont de plus en plus difficiles à trouver. Quant aux vendeurs de pacotille, ils ont toujours existé et ne représentent pas, selon moi, une réelle menace. Est-ce qu’un producteur de Château Petrus se soucie des ventes d'une petite coopérative distribuant de la piquette ? Non. A chacun de trouver sa place. Mais il n'y a en Thaïlande que très peu d'antiquaires dignes du nom. A l’inverse, les brocanteurs sont nombreux. Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la profession, je recommande la lecture du livre "Vive la Chine", mémoires d'un antiquaire, de Jacques Helft.
Propos recueillis par Olivia Corre
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