Qui était donc Forbin et que disent ses mémoires?
Né à Gardanne (Bouches-du-Rhône) en 1656, Claude de Forbin, chevalier puis comte, perd son père lors qu'il est encore très jeune et connaît une enfance difficile et dissipée. A 12 ans, il s'embarque pour la première fois sur une galère commandée par un oncle. En 1675, il participe à la libération de Messine et, l'année suivante, à une expédition en Flandres. En 1677, il tue un homme en duel à Toulon, est condamné à mort puis gracié, s'engage dans la marine et sert à Brest. Il accompagne ensuite l'expédition du comte d'Estrées aux Antilles. On le retrouve plus tard à Alger, Lisbonne et Aix.
En 1685, le chevalier de Chaumont lui demande de l'accompagner au Siam. Il accepte (voir plus loin). A son retour, en 1688, il continue sa carrière maritime, se bat aux côtés de Jean Bart - avec qui il est fait prisonnier et en compagnie duquel il s'évade onze jours plus tard - et navigue un peu partout en Europe (Dunkerque, Brest, Irlande, Calais, Ecosse, Norvège, Portugal - avec Duguay-Trouin...). Il est fait Chevalier de l'Ordre de St Louis en 1699 et prend sa retraite en 1710. Il meurt en 1733, non sans avoir publié ses Mémoires quatre ans plus tôt. D'un intérêt indiscutable pour la compréhension de l'ambassade de Chaumont et des événements qui l'ont suivie, ces Mémoires du comte de Forbin sont néanmoins à aborder avec circonspection. En effet, le fait qu'environ un quart des quelque 700 pages relatant les souvenirs de cet homme mort à 77 ans traitent des seules deux années passées au Siam semble indiquer que Forbin a voulu régler des comptes et se justifier d'accusations passées, chose d'autant plus facile que la plupart des protagonistes et/ou des témoins de cette affaire étaient alors décédés. De plus, retraçant des événements vieux de plusieurs décennies, sa mémoire n'est pas toujours très fiable et d'évidentes erreurs chronologiques apparaissent ici et là.
Les faits
En 1685, le chevalier de Chaumont (voir Gavroche N°156) demande à Forbin de l'accompagner au Siam. Après réflexion, Forbin accepte et rejoint ainsi la première ambassade officielle envoyée par Louis XIV au roi siamois Phra Naraï (voir Gavroche N°161), ambassade à laquelle participe aussi l'abbé de Choisy (voir Gavroche N°157 & 158). Quand Phaulkon (voir Gavroche N°160) entreprend sa tentative de séduction de la France en envoyant à Versailles son pantin, le jésuite Tachard (voir Gavroche N°159), faire miroiter la possible conversion de Naraï au catholicisme, il réalise que Forbin n'est, lui, pas convaincu et, pour éviter que ce dernier ne parle à l'encontre de son projet, s'arrange pour le retenir au Siam en le faisant nommer général et amiral des armées royales siamoises et Gouverneur (du fort) de Bangkok. Mais voilà que Forbin entre dans les bonnes grâces du roi. Phaulkon, victime de sa propre machination, en prend ombrage, devient jaloux et suspicieux, et s'ingénie à tendre des pièges à celui en qui il voit un rival, allant même, selon les dires de Forbin, jusqu'à tenter de l'empoisonner.
Après de multiples rebondissements et quelques démêlés parfois rocambolesques, qui ne l'empêchent cependant pas de s'acquitter de sa mission et de consolider les fortifications françaises de Bangkok, Forbin décide finalement de quitter le Siam, sinon clandestinement du moins précipitamment fin 1686. Il passe le détroit de Malacca et arrive à Pondichéry en janvier 1687. Il retourne au Siam, à Mergui, pour y accueillir Claude Céberet du Boullay - co-responsable, avec Simon de La Loubère, de la seconde ambassade envoyée par Louis XIV à la cour du Siam - alors sur le chemin du retour. Les deux hommes rentrent ensemble à Pondichéry. En février 1688, Forbin s'embarque sur L'Oiseau et parvient à Brest en juillet de la même année.
Epilogue : la fortune des Phaulkon
En 1695, en escale à Céphalonia, île natale de Phaulkon, Forbin s'enquiert de la famille de ce dernier, retrouve un frère, le rencontre et l'informe que Phaulkon - exécuté en 1688 – avait transféré en France d'importantes sommes qui n'attendent que d'être réclamées. Le frère ne se le fait pas dire deux fois, va à Paris et en revient richissime. Un frère de Siam vaut bien un oncle d'Amérique...
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Gavroche magazine
25/06/2008
Histoire
Une vie "Forbin" remplie !
Un personnage intéressant dans les relations diplomatiques entre la France et le Siam au XVIIe siècle est le comte de Forbin, dont les Mémoires apportent un éclairage quelque peu différent des autres sur la situation politique au royaume de Phra Naraï et sur la façon dont les Français interagirent avec les Siamois.
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