Olivier Donnars | Gavroche magazine | 05/11/2008
Tourisme Asie  

Tourisme : Mui Né, entre désert et oasis

Mui Né est unique au Vietnam. Un îlot de verdure au milieu d’une région quasi désertique où cohabitent les extrêmes de la nature. Loin de la tumultueuse métropole de Hô Chi Minh-Ville, la cité balnéaire invite à une balade silencieuse entre mer et désert.
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  • Pêcheurs sur la plage de Mui Né, appelée aussi Rang Beach (photo Olivier Donnars)
  • Pour quelques milliers de dôngs, des gamins proposent aux touristes de dévaler les dunes de sable sur une luge en plastique. (photo Olivier Donnars)
  • Ces dunes blanches sont le résultat de la diversification et des vents forts qui soufflent  de la mer, faisant de la région un spot exceptionnel pour les adeptes du kitsurf. (photo Olivier Donnars)
  • Un troupeau d'"autochtones" sur une route menant à Mui Né. (photo Olivier Donnars)
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Une demi-heure que nous roulons sur cette voie déserte. Le village de pêcheurs de Mui Né est à 30 kilomètres derrière nous. Vui, mon “xe ôm” - conducteur de moto - enfile les bornes en évitant les bancs de sable qui déferlent sur la chaussée. Des rafales d’air chaud nous en font parfois goûter la saveur. La route longe la mer de Chine bleue scintillante. Le vent et les rares précipitations ont sculpté des montagnes de sable en d’incroyables canyons. Au milieu de l’un d’eux, coule un ruisseau que les habitants du coin ont surnommé «la source aux fées».

La route bifurque et nous poursuivons à l’intérieur des terres. De lourds nuages gris roulent dans le ciel. La lumière encore puissante du soleil enflamme une partie des nuages. Le paysage alentour s’embrase d’une couleur orangée sur fond gris plomb. Une fine poussière ocre vient fouetter et recouvrir nos visages. L’orage s’annonce violent et la pluie diluvienne. Mais aucune goutte ne viendra étancher le sol asséché. Les quelques rares arbustes qui parsèment cette terre rouge et pierreuse rappellent que ce coin du Vietnam est l’endroit le plus désertique d’Asie du Sud-Est. De novembre à avril, la pluie se fait extrêmement rare dans la province de Binh Thuan. Depuis une quarantaine d’années, la désertification gagne la région qui a perdu la moitié de ses forêts.

Soudain, au détour d’un virage, un troupeau de vaches nous barre la route. Le jeune vacher déambule à plusieurs dizaines de mètres de là au milieu de petites constructions. «Morts à la guerre contre les Américains» me lance en vietnamien mon compagnon de route. A perte de vue, des centaines de monuments funéraires d’un bleu ou rose pastel s’étalent dans cette “sierra” vietnamienne. Quelques dizaines de kilomètres plus loin, nous quittons la route pour un chemin de terre rouge. Aucun panneau pour indiquer le secteur. Surgissent alors d’immenses dunes de sable blanc. A leur pied, le lac Bao Trang donne à ce lieu une saveur d’oasis. Lui aussi est gagné par la sécheresse. En 40 ans, son niveau a baissé de 30 mètres. Le site impressionne par son immensité. Partout où le regard se porte, des vagues de dunes s’élèvent à une dizaine de mètres de hauteur. La lumière rasante de fin d’après-midi colorie le sable de nuances orangées. Le vent balaie et sculpte inlassablement chaque versant. Allongé à flanc de crête, j’écoute les bruits du silence et j’en oublie le temps.

UNE REGION TOURNEE VERS LA MER
Vui finira par venir me chercher. «Tu es resté très longtemps», me rudoie-t-il gentiment tout en s’asseyant à mes côtés. Le crépuscule approche et le retour vers Mui Né demande trois quarts d’heure. En chemin, d’autres dunes, rouges cette fois-ci, prêtent l’épaule pour voir le soleil se coucher sur la mer. C’est le lieu préféré des familles vietnamiennes qui viennent y pique-niquer. Dans un ballet incessant, d’infatigables marchandes à palanche proposent calamars séchés et autres friandises. «You want to surf?» m’interpelle soudain un gamin d’une dizaine d’années, casquette vissée sur la tête et un long bout de plastique bleu sous le bras. Pour quelques milliers de dôngs – des centimes d’euros -, Bao propose une glissade sur le sable. Sa luge: ce morceau de plastique et deux bouts de cordelettes pour poignées. D’autres gamins comme lui sillonnent les dunes à la recherche de surfeurs amateurs. Bao s’étonne de me voir ici à cette heure. Habituellement, tous les “tay” – étrangers occidentaux - ont déjà regagné leur hôtel sur la longue plage de Mui Né. «Reviens demain matin pour le lever du soleil», me recommande-t-il. Le soleil est déjà couché.

Au port de Mui Né, une centaine de bateaux bleus et rouges attendent un départ nocturne pour une pêche qui se fera à la lueur des torches. Une vieille superstition veut qu’avant de prendre la mer pour la première fois, le propriétaire doit peindre deux yeux à l’avant de son embarcation. S’il ne le fait pas, le navire restera aveugle aux bancs de poissons et la pêche ne sera pas fructueuse. Une forte odeur de saumure flotte aux alentours. Mui Né et Phan Thiêt, la principale ville de la région, à 25 kilomètres de là, sont célèbres dans tout le Vietnam pour leur “nuoc mam”, la sauce de poisson qui assaisonne la cuisine vietnamienne. Dix-sept à dix-huit millions de litres y sont produits chaque année. Une activité économique importante pour la région, après celle du tourisme.

PLAISIRS DU VENT ET DE LA MER
Nous quittons le village de pêcheurs. Les kilomètres filent et un autre monde apparaît. Sur une bande de plage de sable blanc de 15 kilomètres de long, s’alignent hôtels et bungalows au milieu d’une végétation luxuriante. En une dizaine d’années, Mui Né est devenue une entreprise touristique florissante. Une centaine d’établissements hôteliers s’y sont construits au milieu des cocotiers. De luxueux resorts avec piscine et cottages en bois d’acajou alternent avec des bungalows en palme et rotin aux jardins tous plus colorés les uns que les autres.
Vui me raconte que c’est une éclipse solaire qui a changé le destin de Mui Né. Le 24 octobre 1995, des centaines d’étrangers sont venus à Mui Né assister à ce phénomène. La plage ne comptait à l’époque qu’un unique resort. Seuls quelques expatriés bien informés en connaissaient l’existence. Le micro climat, l’ensoleillement quasi permanent, les plages et les alentours ont alors séduit les étrangers. Peu à peu, investisseurs australiens, américains, français et coréens se sont implantés à Mui Né, faisant grimper le prix du terrain. Les maisons familiales se sont transformées en pensions pour petits budgets. La région de Mui Né concentre désormais 70% des hôtels-resorts du Vietnam. Ils attirent les touristes souhaitant faire une pause balnéaire au cours de leur périple du Vietnam et les expatriés venus de Hô Chi Minh-Ville pour le week-end. Quelques uns viennent justement de débarquer avec tout un tas de caisses de matériel et investissent l’un des bars branchés de la plage. Un dépliant annonce une soirée gangsta hip-rock avec une demi-douzaine de DJs. Le tout-venant de la jeunesse expatriée saïgonnaise semble s’être donné rendez-vous ce soir-là pour festoyer jusqu’à l’aube. Au large, des centaines de lumières illuminent la mer: on pêche les calamars à la lanterne. Le ressac invite au repos et au Vietnam, on se couche souvent tôt.
Les premières lueurs rouges incendient les flots et quelques «thuyen thung», ces petites embarcations rondes en osier enduites de résine que les pêcheurs utilisent pour rejoindre leurs bateaux, accostent sur la plage, remplies de poulpes, marlins, raies et calamars. Quelques matinaux viennent acheter directement le produit de la pêche. Peu à peu, se côtoient sur la plage noctambules, pêcheurs et adeptes de la gymnastique ou du tai chi vietnamien, suivis de grands gaillards en bermuda. La brise matinale qui souffle sur ce bout de mer de Chine les a sortis du lit. Une planche sous le bras, une voile traînant derrière eux, ils jaugent la qualité du “spot” pour partir sur leur kitesurf à l’assaut des vagues. La baie de Mui Né est idéalement ventée par des alizées et un courant d’air chaud venu des terres. Ce qui lui vaut d’être en Asie un haut lieu du kitesurf. «La baie de Mui Né offre de bonnes conditions de “bump et jump” en hiver et plutôt “free ride” en été, assure Pascal, un Français installé depuis une dizaine d'années au Vietnam et animateur de l’une des six écoles de kitesurf de Mui Né. Cet après-midi, le vent va se renforcer et la mer va devenir le royaume des kitesurfeurs les plus confirmés.» Un vent chargé d’une poussière ocre balaie la plage et la surface de l’eau, faisant se balancer au loin la flotte de bateaux de pêche et décoller les surfeurs dans les airs. A Mui Né, le vent fait aussi partie du paysage.
O.D
Une terre de culture Cham
Olivier Donnars
Sur les hauteurs de Phan Thiêt, elles font partie des rares vestiges d’une ancienne civilisation. Edifiées à la fin du VIIIe siècle, les trois tours rouges de Poshanu témoignent de l’ancienne splendeur du royaume du Champâ, fleuron de l’Annam – au centre du Vietnam - entre le IIe et le XVIIe siècle. Influencés par des marchands venus d’Inde, les chams avaient adopté l’hindouisme comme religion et le sanskrit comme écriture. Les tours de Poshanu étaient dédiées à Shiva, un dieu majeur de l’hindouisme. Au XVIIe siècle, l’islam fut introduit dans le royaume. Au gré des siècles, le Champâ s’est fait tour à tour envahir par les Khmers et les Vietnamiens, puis a fini par être absorbé par l’empire vietnamien. Une grande majorité de Chams habite actuellement au Cambodge. Quatre-vingt mille vivent encore au Vietnam, dans la région de Phan Thiêt et de Mui Né notamment. On y compte désormais deux grandes communautés: 80% de Chams Bani, des musulmans non orthodoxes, et 20% de Chams Balamon, brahmanistes. Mais quelle que soit leur religion, les Chams continuent de célébrer différents rituels traditionnels. Au mois de janvier du calendrier lunaire, deux festivals, le Rija Nuga et le Poh Mbang Yang, sont organisés au pied des tours de Poshanu afin d’implorer la venue de la pluie et d’accueillir la nouvelle année. Les pêcheurs y viennent aussi pour se porter chance avant de partir en pleine mer. O.D.
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