Juliette Tissot | Gavroche | 18/02/2015
Ailleurs en Asie / Actu  

BIRMANIE L'aventure culinaire et humaine de Fanny et Michel

Douze ans après leur premier voyage en Birmanie, Fanny Moghini et Michel Fonteyne-Leitao ont décidé de changer de vie à Pagan où ils ont ouvert, il y a un an, un restaurant italien. Plus de huit mille kilomètres les séparent désormais de leur Suisse natale, mais pour rien au monde ils ne regrettent aujourd'hui leur belle aventure culinaire, et avant tout humaine.

Benvenuto à la Terrazza, juchée sur le toit de l'hôtel Yar Kinn tha de Nyaung U, à Bagan. Aubergines à la Parmigiana, pizzas, pâtes fraîches maison, risotto, on savoure la bonne cuisine de Fanny, originaire du Tessin, la partie italienne de la suisse, et l'accueil chaleureux de Michel. Si leur restaurant n'a ouvert qu'en janvier dernier, leur lien avec la Birmanie, lui, a commencé il y a bien plus longtemps. Après avoir vu un reportage à la télévision suisse sur ce pays, Michel et Fanny décident de s'y rendre en 2002, malgré la dictature, malgré les restrictions, curieux de découvrir un pays sans tourisme de masse. Ils ne le savent pas encore, mais c'est le premier voyage d’une longue série. « A Rangoon, nous avons pris une voiture avec un chauffeur, Mynt Cho, pour nous promener. De guide, il est devenu notre ami au fil du voyage. Il avait le même âge que moi, se souvient Michel. Nous sommes retournés une nouvelle fois en Birmanie l'année suivante. A cette époque, Mynt Cho avait le projet d'économiser 50 dollars par an pendant dix ans pour pouvoir retourner à Bagan, sa ville natale, et ouvrir un « Pancake Shop ». Quand on entendu ça, cela n'a fait qu’un tour dans nos têtes, nous avons aidé Mynt Cho et sa famille à acheter une petite maison à Bagan. » Malheureusement il tombe malade et son cancer l'emporte en 2007, ne lui laissant pas le temps de monter son affaire. « Nous avons vu une dernière fois Mynt Cho à Noël 2006, il était déjà bien malade, raconte Fanny. Nous lui avons fait la promesse que nous aiderions sa femme et ses deux enfants. Après sa mort, nous avons commencé à organiser des repas birmans, chez nous, en Suisse, pour récolter de l'argent et permettre aux enfants, qui avaient à l'époque 12 et 6 ans d'aller à l'école. Comme il n'y avait aucun moyen d'envoyer cet argent, nous sommes revenus tous les deux ans avec des dollars en poche. » 


Une proposition qui a tout son sens 

Les années passent. Michel et Fanny arrivent à une époque de leur vie où l'on se dit que si on ne fait pas les choses maintenant, on ne les fera plus jamais. Leurs enfants devenus grands, ils se mettent à rêver d’une année sabbatique et briser la monotonie d'une vie professionnelle bien régulière depuis de longues années, mais un projet plus ambitieux se profile. « Tous nos liens d'amitié tissés avec des personnes de Bagan ont abouti à une proposition de monter un restaurant ici, raconte Michel. Les propriétaires de l'hôtel pour qui Mynt Cho avait travaillé comme taxi à la fin de sa vie voulaient aménager un restaurant sur le toit de leur établissement. C'est une proposition qui avait son sens. Cela nous a semblé logique de nous lancer dans ce projet de vie entre la Suisse et l'Asie. Nous ne sommes pas venus de façon froide faire du business ici parce que la Birmanie s'ouvrait.» Le projet d'année sabbatique se transforme rapidement en démission de leur travail d'éducateur pour Michel et d'enseignante pour Fanny. « On s'est donné deux ou trois ans pour que ça marche ! ». 

En tant qu'étrangers, ils ne peuvent pas posséder d'activité en leur nom propre. Ils trouvent donc un arrangement avec les propriétaires et investissent 20 000 dollars pour l'aménagement de la terrasse et la mise en place d'une belle cuisine. De façon très naturelle, leurs employés s'imposent : Hnin-Hnin la veuve de Mynt Cho, Hyat Zawmynt son fils ainé, leurs amis, des amis d'amis… Aujourd'hui, neuf personnes travaillent avec eux. « Il a fallu les former, explique Michel. Je m'occupais de jeunes en difficulté en Suisse, cela ne m'a pas fait peur ni en terme de pédagogie ni en terme de management. C'est un pays qui a été fermé pendant 50 ans et qui a accumulé beaucoup de retard en terme de développement, mais les Birmans sont prêts à apprendre, à recevoir un enseignement. Chez nous, on rencontre des gens qui sont sûrs de déjà tout savoir et il faut les déformater pour pouvoir leur apprendre quelque chose. Ici, c'est un plaisir de travailler avec des gens « neufs », curieux, volontaires, dynamiques ! Après, bien sûr, il y a le côté horaire qu'il faut gérer… », reconnaît Michel. « Ils ne connaissaient pas la différence entre un réfrigérateur et un congélateur, les règles d'hygiène, souligne de son côté Fanny qui ne laisse rien passer là-dessus. Tous les verres sont rincés à l'eau minérale et au vinaigre, de même que les légumes et les salades. » 

L'apprentissage fonctionne dans les deux sens. Le couple doit aussi s'adapter, se tromper, se « déformater » pour accepter avec humilité qu'eux non plus ne savent pas tout. « La révolution industrielle n'est jamais arrivée ici. Les Birmans sont toujours liés aux valeurs familiales, religieuses, au calendrier lunaire, au rythme de l'agriculture,explique Michel. Au niveau des relations humaines, ils ont beaucoup plus de bon sens que nous qui avons bâti tout notre système sur la productivité. Il m'est arrivé de répéter plusieurs fois à un membre de mon staff quelque chose et je me suis un peu fâché. Le lendemain, il n'est pas venu. J'ai compris que s'il n'y a pas le lien humain qui les pousse à venir travailler, ils ne viennent pas. Notre équipe aime maintenant dire qu'au restaurant « it's family ». Cela nous touche, je pense que nous avions déjà cette fibre très humaine de par le choix de nos métiers, mais cela va au-delà de nos attentes. » 

De même, quand Michel a voulu rémunérer un Birman qui avait travaillé pour lui à la fabrication des cartes de visite et des affiches, le jeune homme lui a répondu : « Never mind ». « On m'a dit que c’était normal, qu'il m'avait simplement aidé. J’ai dû insister pour le payer, ce qui est inimaginable chez nous, sourit Michel. Mais je sais que le jour où il aura besoin d’aide, il va sans doute venir me voir. On est en plein dans les relations humaines dans ce qu'elles ont de plus pures. » 


Myanmar style et système D 

Ce soir là, à la fin du service, au moment de la plonge, le robinet devient fou et de l'eau jaillit de partout. « On appelle ça le Myanmar style !, expliquent Michel et Fanny en chœur. Nous devons tout le temps gérer des problèmes de ce genre. Le vernis bas de gamme qui part aux premières pluies, les coupures d'électricité. Ici, c'est le système D ! » Malgré ces aléas et le rythme dense de la vie de restaurateurs, ils ne regrettent rien de cette aventure. « Je suis tellement fière de vous ! », leur a dit Amalia, leur fille de 24 ans, venue leur rendre visite. Un joli compliment pour des parents qui se voient bien vivre quelques années à Bagan en rentrant en suisse à la basse saison. A terme, l'idée serait de laisser le restaurant à leurs employés. En espérant que Bagan ne devienne pas aussi touristique que le site d'Angkor au Cambodge. « Avec l'ouverture du pays, les Birmans ont bien le droit à leur part du gâteau, mais le pays a tellement de richesses qu'il n'a pas besoin d'un tourisme de masse », dit Michel qui se prend à rêver à la Birmanie comme d'un futur petit Bhoutan.

Juliette Tissot (www.gavroche-thailande.com)

A Lire Aussi
CAMBODGE - CORONAVIRUS: Nouvelles restrictions de voyage depuis le 30 mars
ASIE DU SUD-EST - ÉPIDÉMIE: Le point sur le Coronavirus / Covid 19 au 31 mars
CAMBODGE - FRANCE: Le message aux français encore bloqués dans le royaume
PHILIPPINES - ÉPIDÉMIE: Crash d'un avion d'évacuation médicale sur l'aéroport de Manille
INDONÉSIE - CORONAVIRUS: L'état d'urgence prolongé jusqu'au 19 avril à Jakarta
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
(1)
Sheniye 2015-02-25 01:10:17
Pagan
"It's family" et "Never mind" comment cela se dit il en birman?
Retrouvez-nous sur Facebook
Notre lettre d'information

Chaque semaine, recevez Gavroche Hebdo. Inscrivez vous

Voir la newsletter du 30/03



Coronavirus
THAÏLANDE - AVIATION: L'aéroport de Phuket fermera bien du 10 au 30 avril - Gavroche
THAÏLANDE - IMMIGRATION: Gare aux fraudes sur les extensions de visas ! - Gavroche
THAÏLANDE - FRANCE: L'appel de la chambre de commerce franco-Thaïlandaise face à la crise du Covid 19 - Gavroche
CAMBODGE - CORONAVIRUS: Nouvelles restrictions de voyage depuis le 30 mars - Gavroche
ASIE DU SUD-EST - ÉPIDÉMIE: Le point sur le Coronavirus / Covid 19 au 31 mars - Gavroche
CAMBODGE - FRANCE: Le message aux français encore bloqués dans le royaume -
GAVROCHE - CORONAVIRUS: Annonceurs, lecteurs, institutions....Nos partenaires peuvent compter sur nous - Gavroche
INDONÉSIE - CORONAVIRUS: L'état d'urgence prolongé jusqu'au 19 avril à Jakarta - Gavroche
VIETNAM - CORONAVIRUS: Les camps de quarantaine, la solution vietnamienne contre le Covid 19 - Gavroche
BIRMANIE - FRANCE: 300 touristes et résidents français rapatriés pour cause de Covid 19 - Gavroche
LAOS - CORONAVIRUS: Seuls les visas d'affaires sont encore délivrés par les autorités laotiennes -
THAÏLANDE - FRANCE: L'Ambassadeur de France fait le point sur la crise du Coronavirus-Covid 19 - Gavroche
BIRMANIE - CORONAVIRUS: Attention, frontières birmanes fermées, y compris pour les détenteurs de visas - Gavroche
SINGAPOUR - CORONAVIRUS: Rappel sur l'interdiction d'entrée pour les Français non résidents - Gavroche
PATTAYA - CORONAVIRUS: Moins de touristes, plus de police et de contrôles - Gavroche
THAÏLANDE - CORONAVIRUS: Les efforts de Qatar Airways méritent d'être salués - Gavroche
THAÏLANDE - FRANCE : Ce que fait l'Ambassade de France à Bangkok pour les français bloqués - Gavroche
THAÏLANDE - CORONAVIRUS: Le ministère des Affaires étrangères français confirme l'interdiction d'entrée des étrangers - Gavroche
THAÏLANDE - CORONAVIRUS: Le calvaire des touristes bloqués en Asie du sud-est selon le New York Times - Gavroche
THAÏLANDE - CHRONIQUE : « Jours calmes à Sukhothai » - Gavroche
Dernières Petites Annonces
POLITIQUE THAÏLANDAISE
THAÏLANDE - POLITIQUE: Le parti de l'avenir devient le parti du Mouvement - Gavroche
THAÏLANDE - POLITIQUE: La démocratie Thaïlandaise est-elle dissoute avec le «Future Forward Party» ? - Gavroche
THAÏLANDE - POLITIQUE: Non, l'armée ne harcèle pas les opposants sur internet - Gavroche
THAÏLANDE - POLITIQUE: A Bangkok, les étudiants se mobilisent pour le «parti du futur» - Gavroche
THAÏLANDE - MALAISIE: L'ombre du fonds malaisien 1MDB assombrit l'horizon à Bangkok - Gavroche
THAÏLANDE - POLITIQUE: Sur Internet, le duel Prayuth - Apirat bat son plein à la tête du royaume - Gavroche
THAÏLANDE - VISITE DU PAPE
JAPON - DIPLOMATIE: Après avoir promu le dialogue à Bangkok, le pape François s'insurge contre le nucléaire à Nagasaki - Gavroche
THAILANDE - RELIGION: Quel bilan pour la visite du pape François ? - Gavroche
THAÏLANDE - RELIGION: Un entretien avec Son Éminence Francis Xavier Cardinal Kriengsak Kovithavanij, évêque de Bangkok - Gavroche Magazine
GAVROCHE HEBDO - EDITORIAL: Face au pape François, une société thaïlandaise en demande de repères - Gavroche
THAÏLANDE - RELIGION: Pourquoi les Thaïlandais n'ont pas été évangélisés - Gavroche
Tourisme
SINGAPOUR - TOURISME : Quand l’île-Etat se sublime - Gavroche
LAOS - TOURISME : Ma traversée du Laos en moto - Gavroche
INDONÉSIE - TOURISME : Sur les pentes du Mont Bromo - Gavroche magazine
THAÏLANDE - GASTRONOMIE : Redécouvrez la recette du «Som Tam», la célèbre salade de papayes vertes - Gavroche
THAÏLANDE - CORONAVIRUS: Les visiteurs étrangers interdits de royaume jusqu'au 30 avril - Gavroche
Dernières Offres d'Emploi
08/03/2020
Lieu:
 
 
28/02/2020
Lieu:
 
 
27/02/2020
Lieu:
 
 
27/02/2020
Lieu:
 
 
25/02/2020
Lieu:
 
 
L'actu en Birmanie
BIRMANIE - FRANCE: 300 touristes et résidents français rapatriés pour cause de Covid 19
BIRMANIE - CORONAVIRUS: Attention, frontières birmanes fermées, y compris pour les détenteurs de visas
BIRMANIE - CORONAVIRUS: Pas d'entrée en Birmanie sans test négatif de Covid 19
GAVROCHE - ROMAN: «Zawgyi, l'alchimiste de Birmanie», un livre de Jak BAZINO
BIRMANIE - LIVRE : « Aung San Suu Kyi, l'icône fracassée », de Bruno Philip, correspondant du Monde à Bangkok
Dernières bonnes adresses
5 stars transactions immobilieres
Thailande / Bangkok Agences Immobilieres
 
ACACIA
Thailand / Bangkok Écoles
 
MONDASSUR
France / - Assurances
 
P'TIBOUTS
THAILANDE / BANGKOK CrÈches
 
VOVAN & ASSOCIÉS
THAÏLANDE / BANGKOK Avocats
 
Rama X, le couronnement
LU AILLEURS: Le roi Rama X en Suisse ... lorsqu'il était enfant - Gavroche
THAÏLANDE: En images, la procession du palanquin royal - Gavroche
THAÏLANDE: Le roi Rama X a été couronné - Gavroche
HISTOIRE: Comprendre la monarchie Thaïlandaise et ses traditions - Gavroche
THAÏLANDE: Le 4 mai 2019, jour du couronnement de S.M le roi Rama X - Gavroche
THAÏLANDE: Le mode d'emploi d'un fastueux couronnement - Gavroche
THAÏLANDE: Le dernier couronnement royal a eu lieu en ... 1950 - Gavroche
THAÏLANDE: Suivez en direct le couronnement du roi Rama X - Gavroche
THAÏLANDE: Les thaïlandais découvrent peu à peu leur nouvelle reine Suthida - gavroche
THAÏLANDE: Bangkok subit un lifting pour le couronnement du roi Rama X - Gavroche
booked.net
Programme Tele TV5
Les Nouvelles du Cambodge
CAMBODGE - CORONAVIRUS: Nouvelles restrictions de voyage depuis le 30 mars
CAMBODGE - FRANCE: Le message aux français encore bloqués dans le royaume
CAMBODGE - CORONAVIRUS: Transit aérien à Bangkok quelle solution pour des passagers européens
CAMBODGE - CORONAVIRUS: Des tests pour les ouvriers cambodgiens du textile, l'appel de Sam Rainsy
CAMBODGE - ÉCONOMIE: Arrêt des barrages sur le Mékong pendant dix ans
la-petite-ecole
crown-relocations
mtgp
wrlife
lfib-fev20
yves-joaillier-3
ftcc
oif-fev14