Pas de lapin dans son chapeau mais trois tours dans son sac : celui que tous appellent Bilou joue les hyperactifs sur la scène artistique. Les œuvres « zébriques » de cet original au parcours atypique sont exposées au Wine Pub du Pullman King Tower jusqu’à la fin juillet.
Portrait de Bilou par Olivia Corre
Dormir ? Pour quoi faire ?
Maquilleur dans la journée, magicien le soir et peintre sur la tranche horaire restante : voilà le rythme de Christian Poggetti. Donner son adresse e-mail à Bilou, c’est signer pour des messages envoyés à 4 heures du matin entre deux coups de pinceaux. Avec son bagou légendaire, cet artiste multicarte semble bien inépuisable. Un peu à l’image du célèbre lapin branché sur pile qui n’en finit plus de tambouriner.
C’est d’ailleurs peut-être un peu pour cela qu’il a toujours refusé de faire sortir un seul de ces vulgaires mangeurs de carottes de son chapeau. « Le fait de changer de casquette en permanence est si dynamisant et grisant que je refuse d’avoir à faire un choix entre tout ça. Je n’aime pas cloisonner les choses », dit-il. Oui, mais. Comment avoir une image professionnelle quand on saute ainsi du coq à l’âne ? « C’est justement le problème, convient-il. Les gens ont encore du mal à imaginer que l’on puisse faire les choses bien en se dispersant autant. Je passe souvent pour un illuminé. »
Pourtant perfectionniste, il passe des heures sur ses toiles, des mois sur ses tours, des années à embellir ses modèles.
Itinéraire d’un autodidacte
L’histoire commence par un simple haut-deforme chiné aux puces de Nantes à l’âge de 13 ans. Un jeu de carte dans sa chambre et quelques bouquins aux airs de « Petit prestidigitateur illustré » : il n’en fallait pas plus pour développer son talent à l’astuce. Rapidement, cet autodidacte est convié à faire montre de son adresse autour des tables de restaurants prestigieux domiciliés sur la Loire. « Je faisais du close-up, des tours de carte au plus près du public, qui réussissaient chaque fois à bluffer tout le monde. J’aime distraire en apportant un peu de gaieté et de légèreté magique », raconte ce showman.
Les rencontres qu’il fait dans ce monde de strass et de paillettes le poussent ensuite à apprendre l’art du maquillage à Paris au sein d’une des meilleures écoles d’Europe. S’en suivra un contrat signé chez Lancôme, en tant que maquilleur attitré sur la zone Asie. Alors basé à Hong-Kong, il trotte du Japon à Taïwan, galope de Corée vers l’Asie du Sud-est, avant de se voir rappelé au siège du groupe à Paris. « Comme je n’avais vraiment pas envie de rentrer, j’ai démissionné pour rester dans la région. » Aux cabarets parisiens et aux défilés de mode, Bilou a préféré l’indépendance taïwanaise.
Là-bas, il partage ses journées entre ses modèles à maquiller et ses tours de passe-passe au sein des grands hôtels et restaurants de la ville. C’est aussi l’époque où est né le pseudonyme qui lui colle désormais à la peau, le « ian » de Christian étant trop difficile à prononcer pour les Chinois, l’artiste avait pris l’habitude d’appeler tout le monde Bilou, « à défaut d’avoir la mémoire des prénoms ». Un diminutif qui sonne comme un vieux truc de gentil animateur embauché au Club Med mais qui fonctionne du feu de Dieu lors des congrès de magie. Les organisateurs de festivals et d’événements asiatiques s’arrachent cet original. Durant plus de 20 ans, il fera la navette d’une scène à l’autre, aux quatre coins du continent, trousse et chapeau sous le bras.
Ras-le-bol des starlettes
« Et puis, raconte-t-il, j’ai finalement décidé de poser mes valises à Bangkok pour monter un restaurant. J’en avais marre de ce monde de la mode complètement artificiel et de sa brochette d’allumés. » En 1998, lui et ses associés ouvrent le Soho, un resto pub rythmé par un live band en soirée, au cœur du soï Convent, en plein centre du quartier d’affaires. Malheureusement, sa durée de vie ne dépassera pas les deux ans. « Mais cela m’a permis de me remettre à peindre et de retrouver la scène, qui commençait vraiment à me manquer », avoue Bilou.
Aujourd’hui, les zèbres qui ont fait son succès envahissent les murs des lieux culturels et gastronomiques de la capitale thaïlandaise. Les amateurs de ses œuvres vont jusqu’à investir 150 000 bahts pour posséder une de ses toiles. « Je ne peins pas des zèbres mais des hommes, tous pareils mais pourtant tous si différents. Cet animal est aussi le seul équidé de la savane qui ne s’apprivoise pas, impossible à dompter comme peut l’être l’homme que je suis ». Tout est dit.
Pas besoin de pile dans le dos quand on a autant de chevaux sous le capot pour atteindre des vitesses de pointe. Son chapeau de magicien continue toujours d’amuser la galerie sur les lieux publics et les temples gastronomiques de la ville. En s’adonnant aux joies du trompe l’œil humain, le maquilleur de mode s’est aussi muté en spécialiste du body painting.
Exposition des œuvres de Bilou
Jusqu’au 31 juillet
Au Wine Pub du Pullman King Tower
8/2 Rangnam Road,
Thanon-Phayathai, Ratchathewi
Plan
Pour plus d’infos :
Tel. 02 680 9999
Fax. 02 680 9998
Email : rsvn@pullmanbangkokkingpower.com
Bilou69@yahoo.com
Website
- Jusqu'au 31/07/2011