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Francophonie, une histoire (1/3) – Premiers pas, premiers sommets

Date de publication : 06/11/2026
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1er sommet de la francophonie

Avant le sommet de Phnom Penh, une série de Nathalie Wermelinger-Laager.

Du 15 au 16 novembre 2026, le Cambodge accueillera à Phnom Penh, pour la première fois de son histoire, le 20e Sommet de la Francophonie.

Mais quelle est l’histoire de ce sommet ?

Un mot né en 1880

Né sous la plume du géographe français Onésime Reclus, le mot « francophonie » est utilisé pour la première fois en 1880 dans son ouvrage intitulé « France, Algérie et colonies ».

Dans son livre, il se soucie du développement du français et de la langue française dans le monde.

Cette définition de la francophonie recouvre non pas « les gens parlant français », mais les régions du monde où « le français règne ».

Trois ans après l’apparition du mot, en 1883, l’Alliance française est créée.

Sa mission est de propager la langue française dans les colonies et à l’étranger.

C’est donc au début du siècle dernier que se dégagent les premières actions en faveur de la Francophonie avec la création, en 1926, de l’Association des écrivains de langue française. Et plus tard, en 1950, des journalistes des pays francophones se rassemblent autour de l’Union internationale des journalistes et de la presse de langue française (Union internationale de la presse francophone à partir de 2001).

Mais, tombé dans l’oubli, le mot « francophonie » renaît seulement dans les années 1960, au moment de la décolonisation, sous l’impulsion du Sénégalais Léopold Sédar Senghor, du Tunisien Habib Bourguiba, du Nigérien Hamani Diori et du prince cambodgien Norodom Sihanouk.

Ils militent pour la création d’une communauté francophone internationale.

Léopold Sédar Senghor dit alors vouloir édifier un Commonwealth à la française.

Naissance institutionnelle de la Francophonie

D’abord, cette communauté francophone s’organise autour de la création d’une multitude d’associations, d’universités, de parlementaires et de professeurs qui ont pour point commun la langue française.

Jusqu’à ce qu’en 1970, lors de la conférence de Niamey, au Niger, soit créée l’ACCT, l’Agence de coopération culturelle et technique, qui est le véritable acte de naissance institutionnel de la Francophonie.

Elle est l’ancêtre direct de l’actuelle Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

En 1981, le président François Mitterrand arrive au pouvoir et donne une nouvelle impulsion politique à la Francophonie institutionnelle, véritable outil diplomatique. Il contribue à transformer un réseau jusqu’alors principalement culturel et technique en une véritable alliance géopolitique mondiale.

Si le concept de la Francophonie a été pensé par les pères fondateurs du Sud (Senghor, Bourguiba, Diori, Sihanouk), c’est François Mitterrand qui a institutionnalisé cette idée en lui donnant sa plus haute instance : le Sommet des chefs d’État et de gouvernement.

Il fallait absolument rompre avec le soupçon de « néocolonialisme ». La France hésitait à porter politiquement un projet francophone par peur d’être accusée de vouloir recréer son ancien empire (le complexe de la « Françafrique »). Mitterrand a compris que, pour réussir, la Francophonie devait être portée sur un pied d’égalité multilatéral. Le premier sommet a d’ailleurs mis en avant des pays comme le Canada et le Québec pour diluer le tête-à-tête exclusif entre la France et l’Afrique.

En instaurant le rendez-vous des chefs d’État, Mitterrand a politisé la Francophonie. Il a contribué à faire évoluer une agence technique vers une organisation multilatérale capable de prendre des résolutions diplomatiques, d’envoyer des observateurs électoraux et de peser sur la scène internationale.

Versailles, premier Sommet de la Francophonie

Le 17 février 1986, à Versailles, en présence de 41 délégations représentant des États et gouvernements francophones, le tout premier Sommet de la Francophonie a été inauguré par le président de la République française, François Mitterrand.

Plusieurs thématiques ont été abordées, dont l’aide aux pays en voie de développement.

Mitterrand et les dirigeants de l’espace francophone ont également acté l’entrée de la langue française dans la modernité face à l’omniprésence anglo-saxonne.

Afin de doter la Francophonie d’un outil de diffusion de masse face aux médias anglophones, le Sommet de Versailles a servi de rampe de lancement politique et financière :

Le soutien au développement international du réseau TV5, créé en 1984 et devenu TV5MONDE. La chaîne a reçu à Versailles le soutien politique massif des chefs d’État (notamment du Canada, du Québec, de la Belgique et de la France) pour élargir son infrastructure satellitaire et diffuser ses programmes à l’échelle mondiale, contribuant à l’essor de la télévision multilatérale francophone.

Le Sommet de Versailles a permis également de développer la coopération en matière d’information scientifique et technique, notamment la mutualisation des travaux de recherche universitaires, pour permettre aux pays du Sud d’avoir un accès informatique direct et immédiat aux publications scientifiques produites au Nord, jetant ainsi les bases des futurs réseaux numériques de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF).

Cette coopération s’est poursuivie lors du deuxième Sommet de la Francophonie, organisé à Québec en 1987. Elle a notamment conduit, l’année suivante, à la création de l’Institut de l’énergie des pays ayant en commun l’usage du français (IEPF).

Placé sous la responsabilité opérationnelle du Québec, ce réseau (devenu plus tard l’Institut de la Francophonie pour le développement durable – IFDD) a été conçu pour mutualiser les technologies énergétiques, notamment l’accès à l’énergie solaire pour les pays du Sahel et la formation d’ingénieurs locaux aux énergies renouvelables.

Prochain épisode : Un instrument diplomatique

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