
À Davos, fin janvier, la ministre thaïlandaise du Commerce, Suphajee Suthamphan, a lâché une phrase qui résonne bien au-delà des Alpes suisses : « Nous ne sommes plus dans un monde multipolaire, mais dans une phase de polarisation accrue ». Ce constat, formulé sans dramatisation excessive mais avec lucidité, résume l’état du commerce mondial en 2026.
Pour Gavroche Éco, qui observe depuis Bangkok les mutations de l’Asie du Sud-Est, cette évolution est fondamentale. Le monde ne se fracture pas en blocs hermétiques, mais il devient plus conflictuel dans ses règles, plus politique dans ses échanges, et plus imprévisible dans ses chaînes d’approvisionnement. Les grandes puissances — États-Unis, Chine et, dans un autre registre, l’Union européenne — utilisent désormais leur poids économique, technologique ou réglementaire pour défendre leurs intérêts.
La ministre thaïlandaise n’a pas parlé de « guerre des blocs ». Elle a plutôt souligné une réalité plus subtile : les pays sont de plus en plus sommés de choisir, que ce soit en matière de technologies, de normes, de sécurité ou de commerce. Dans ce contexte, la Thaïlande — comme beaucoup de pays de l’ASEAN — refuse le piège de l’alignement automatique. « Être partenaire avec toutes les parties », selon ses termes, devient une stratégie de survie économique.
C’est là que l’Asie du Sud-Est joue une carte essentielle. Trop grande pour être marginalisée, trop petite pour imposer seule les règles, la région doit miser sur sa centralité, sa flexibilité et sa capacité à relier les mondes. Diversifier ses marchés, multiplier les accords, cibler les secteurs à forte valeur ajoutée : ce n’est plus un choix, mais une nécessité.
À l’heure où les règles du jeu changent, l’ASEAN ne peut pas devenir un simple terrain de jeu pour les grandes puissances. Elle doit s’affirmer comme un acteur pivot. Comme l’a rappelé Suphajee Suthamphan à Davos, l’avenir n’est plus dans des stratégies universelles, mais dans des partenariats ciblés, concrets et mutuellement bénéfiques.
Pour les économies de la région, le message est clair : dans un monde plus fragmenté, ceux qui sauront rester ouverts, agiles et connectés tireront leur épingle du jeu. Gavroche Éco continuera à suivre, depuis la Thaïlande, cette recomposition du monde où l’Asie du Sud-Est pourrait bien devenir l’un des grands gagnants — à condition de ne pas se laisser enfermer dans la logique des puissances.
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