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BIRMANIE – CONFLIT : Les défis économiques humanitaires attendent du prochain gouvernement birman

Journaliste : François Guilbert Date de publication : 14/03/2026
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réfugiés birmans

 

Une chronique birmane de François Guilbert

 

Avant l’installation d’un « nouveau » gouvernement début avril, la junte promet un redressement économique avec une croissance de 3,4 % pour l’année budgétaire qui se déroulera du 1er avril 2026 au 30 mars 2027. Dans cette perspective, le général Min Aung Hlaing a priorisé le soutien au développement de l’agriculture, de l’éducation, des infrastructures, de la santé et des petites et moyennes entreprises. Autant d’objectifs qui ne furent pas, de fait, les premiers des siens depuis cinq ans. Portant c’est, avant tout, faire fi des réalités et de l’absence de marges de manœuvre financières de Nay Pyi Taw. Le budget de l’État est durablement vampirisé par les dépenses de défense et de sécurité et la guerre civile à outrance qui a été lancée. Dès lors, où est l’argent pour relancer l’économie ?

 

La dette publique est désormais supérieure à 60 % du PIB

 

Ce ratio croissant reflète un recours accru à l’emprunt intérieur. Il faut par ailleurs payer rubis sur l’ongle, en dollars et en or, les livraisons d’armements étrangers à la Tatmadaw. Or les réserves de change de la Banque centrale sont très limitées. Elles sont en outre contraintes par la guerre d’Iran et le renchérissement induit des prix des hydrocarbures importés.

 

La Birmanie fait venir de l’extérieur 95 % de ses approvisionnements. Le 11 mars, la réserve centrale a, pour y faire face, libéré en urgence 30 millions de dollars pour des achats. Il s’agit de répondre, au plus vite, aux pénuries qui se font jour dans une bonne partie du pays et qui peuvent nourrir rapidement de nouvelles vagues de protestations politiques. Une mesure intervenue six jours à peine après un versement de 32 millions de dollars aux acheteurs de pétrole fait, lui, pour stabiliser les prix partis très officiellement à la hausse (+10 à 20% en une semaine).

 

Les exhortations de ces derniers jours du chef de l’État par intérim pour réduire les « consommations inutiles » ne sauront suffire. Si la guerre d’Iran se poursuit et bloque durablement le détroit d’Ormuz les effets de la crise énergétique vont se propager à tous les secteurs de l’économie, à commencer par l’agriculture. Ses performances futures dépendront en effet pour une bonne partie des capacités à acheminer les engrais venant d’Asie occidentale. Des importations d’une valeur de 500 millions de dollars appelées incontestablement à se renchérir et qui ne peuvent qu’assécher, un peu plus, les réserves de change de l’État.

 

L’économie birmane n’est pas sur la voie de la prospérité mais demeure fondamentalement en mode de survie

 

Les projections macroéconomiques du général Min Aung Hlaing ne sont pas faites pour rassurer les acteurs économiques (inter)nationaux d’autant que la croissance sur l’année budgétaire qui s’achèvera à la fin du mois, devrait s’établir autour de -2 % en rythme annuel, selon les conjoncturistes de la Banque mondiale. Au cours des derniers mois, la demande est restée faible et la croissance de la production minime. Si en janvier, les entreprises ont fait état d’une hausse modérée de leurs effectifs, c’était après cinq mois consécutifs de suppressions d’emplois. Économiquement, le bilan de la junte est bien loin de l’héritage « positif » vanté par le général Min Aung Hlaing. A la veille l’installation de la 3ème législature à laquelle il est censé remettre les pouvoirs, l’héritage du Conseil de l’administration de l’État (SAC) et de la Commission d’État pour la sécurité et la paix (SSPC) est calamiteux économiquement et plus encore socialement.

 

22 millions de personnes ont des besoins d’assistance humanitaire dont près de 7 millions d’enfants selon l’UNICEF

 

La pauvreté est si prégnante qu’elle induit de plus en plus pour les familles touchées des stratégies d’adaptation bien souvent néfastes (ex. travail des enfants, migrations dangereuses, séparations familiales, mariages précoces…). Selon le Programme alimentaire mondial, en 2026, 12 millions d’habitants seront confrontés à la faim et parmi ceux-ci 10 % seront en besoin d’assistances d’urgence vitales.

 

Pour les jeunes et les mères allaitantes, les besoins sont immenses. Environ 5,9 millions de femmes et de filles en âge de procréer nécessitent une aide humanitaire, dont 455 000 sont enceintes. Parallèlement, près de 7,6 millions de personnes auront besoin de services de prise en charge des violences sexistes, ce qui témoigne de l’ampleur des exactions et des risques, tant dans les zones de conflit que dans les contextes des déplacements des populations du fait des combats.

 

La Birmanie connaît l’une des pires crises humanitaires de la planète, et l’une des moins bien financée par la communauté internationale

 

L’ampleur des besoins est bien supérieure aux financements disponibles. Ces derniers représentent à peine plus du quart du nécessaire selon les estimations onusiennes. C’est dire combien la solidarité internationale n’est pas au rendez-vous. C’est d’autant plus préoccupant que les perspectives de court terme sont extrêmement sombres, notamment du fait de la pérennité des violences et la constance haussière du nombre des déplacés intérieurs (IDP).

 

Selon le Haut-Commissariat pour les Réfugiés, les IDP étaient 3 482 700 au 9 mars 2026, soit 905 % de plus qu’à la date du coup d’État. Si 29,5 % des IDP ayant fui leur domicile avant le putsch ont pu retrouver plus ou moins volontairement leur lieu de vie antérieur, rares sont les États et les régions ayant vu leur nombre de déplacés se contracter ces dernières années. Cela a été toutefois le cas dans le sud de l’État Shan (-22 %) mais également dans le centre de l’État Rakhine de 2024 à 2026 (-16 %), du fait des succès militaires de l’Armée de l’Arakan. Partout ailleurs, le nombre des IIDP n’a pas cessé de progresser d’une année à l’autre.

 

Depuis 2024, les déplacés du fait des affrontements ont même été recensés dans les régions de l’Ayeyarwady (multipliés par 11 en deux ans), Mandalay (98 500) et Rangoun (3 900). Depuis 2023, c’est également vrai pour la partie ouest de la province de Bago. Là, les IDP ont été multipliés par …40 en trois ans. Autre territoire à avoir connu des mouvements de population conséquents, l’État Kachin où le nombre des déplacés a été multiplié par trois de 2024 à 2026. Le tableau à l’échelle nationale illustre des migrations intérieures de masse, durable et pesant directement sur les proches. Seuls 15 % des IDP sont rassemblés dans des camps.

 

Augmentation du nombre des déplacés intérieurs par États et régions (mars 2023 – mars 2026)

 

Etats et régions

Progression du nombre d’IPD

Rakhine

+ 3053 %

Kachin

+ 1229,5 %

Tanintharyi

+ 382,1 %

Môn

+ 309,8 %

Kayin

+ 153,1 %

Chin

+ 122,7 %

Shan

+ 92,2 %

Sagaing

+ 76,1 %

Magway

+ 52,8 %

Kayah

+ 48,6 %

Bago

+ 33,6 %

Total des 7 Etats et 7 régions

+ 144 %

@F. Guilbert – UNHCR,13 mars 2026

 

Les mouvements de population déjà très conséquents pourraient être appelés encore à grossir

 

Ils sont en effet partiellement corrélés à la multiplication des attaques aériennes de la Tatmadaw. Celles-ci n’ont pas fléchies ces derniers mois. Ainsi, pendant la période des élections générales de décembre 2025 – janvier 2026, il en a été décompté plus de 400 sur l’ensemble du territoire. Or ce mode opératoire est de plus en plus meurtrier pour les populations civiles. Au cours de l’année 2025, les victimes ont été 53 % de plus qu’en 2024. Près de 300 enfants figuraient parmi celles-ci. Elles sont également à dénombrer de manière grandissante dans des établissements de santé. Ceux-ci se voient particulièrement frappés. En 2025, l’OMS a authentifié 70 attaques contre ces centres (+ 125 % en un an). Jamais ces lieux n’avaient connu jusqu’ici autant de tués et d’estropiés.

 

Autre signe préoccupant de la conflictualité, le nombre des décès et des blessés du fait d’explosions de mines antipersonnel dont un quart sont des enfants. Les victimes ont été multipliés par deux depuis 2023 et se voient concentrées dans la province de Magway, les États Rakhine et Shan. Pour la deuxième année consécutive, la Birmanie a ainsi le triste record d’être le pays le plus meurtri de la planète par ce type d’armes. Un rang dont il se serait bien passé mais qui augure aussi bien d’autres drames dans le futur, car les engins non explosés continueront d’enlever des vies et de meurtrir les chairs bien après l’extinction des conflits armés. Voici un autre héritage bien négatif que le général Min Aung Hlaing et ceux qui l’ont suivi dans son coup d’État et sa répression, vont laisser pour longtemps à la Birmanie et à ses habitants.

 

François Guilbert

 

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