
On se souvient qu’en novembre 2021, l’entrepreneur français Yan Marchal, fondateur de Sanuk Games, qui crée et édite des jeux vidéo, avait été empêché de rentrer en Thaïlande au retour d’un séjour dans l’Hexagone, en raison de son activisme sur les réseaux sociaux visant alors les militaires, et en particulier le général putschiste Prayut Chan-o-cha. Près de cinq ans ont passé : voici où en est ce détracteur de la monarchie et du délit de lèse majesté.
G : Avez-vous des nouvelles de ce qu’on vous reproche en Thaïlande ? Un procès s’est-il déroulé ?
Y.M. : J’ai fait l’objet d’une interdiction de séjour, non par décision judiciaire, mais par décision du ministère de l’Intérieur, au motif que mon comportement présentait un risque pour la société. J’avais entrepris de faire appel avec Natalie Bergman comme avocate, mais la procédure était complexe, étant un étranger non basé sur le sol thaïlandais. Rien que pour établir une procuration, cela relevait d’une complication kafkaïenne.
J’ai donc laissé tomber l’appel à cause de toute cette paperasserie complexe. Je me suis dit que, de toute façon, je n’avais pas vocation à y refaire ma vie, et que même si la procédure aboutissait favorablement, il y aurait la condition non écrite de me taire pour toujours sur la politique thaïlandaise, ce que je n’étais pas disposé à faire.
G : Vous continuez donc à commenter la politique du royaume ?
Y.M. : J’ai des contacts réguliers avec des exilés politiques thaïlandais à Paris, comme Jaran Ditapichai, fondateur de l’association « Démocrates thaïlandais sans frontières », enregistrée en préfecture en France, ou encore avec les membres du groupe musical Faiyen (« Feu glacé »).
Résultat : Arnon Klinkaew, chef du « Centre populaire pour la protection de la monarchie », a porté plainte contre moi et des amis thaïlandais exilés pour crime de lèse-majesté auprès de la Division de répression des crimes technologiques (TCSD), suite à une chanson parodique, ambiance reggaeton, diffusée sur les réseaux sociaux.
Par ailleurs, l’ancien leader des Chemises jaunes et magnat de la presse, Sondhi Limthongkul, a annoncé lui aussi porter plainte contre moi pour diffamation, en m’insultant copieusement au passage. Au moment où nous parlons, j’ignore totalement si ces deux plaintes ont été instruites ou non.
Je poste maintenant uniquement de manière occasionnelle sur la Thaïlande et je suis toujours indigné par la répression disproportionnée vis-à-vis de ceux qui osent s’exprimer contre l’article 112, que je juge féodal. Regardez : il y a à peine un mois, Pruetthigon Saragul, 43 ans, ancien membre du Mouvement progressiste, a été condamné à 50 ans de prison pour avoir critiqué SM le roi de Thaïlande.
Propos recueillis par Philippe Bergues
Chaque semaine, recevez notre lettre d’informations Gavroche Hebdo. Inscrivez-vous en cliquant ici









Et quoi ? On est supposé pleurer, écrire au ministre de l’Intérieur ? Ce monsieur a ses idées, bon, pas de quoi en faire un plat… ni un article.