
La Thaïlande s’apprête à lancer ses premières banques virtuelles, une étape importante dans la modernisation d’un secteur financier déjà largement numérisé. Trois licences ont été attribuées et les premiers services devraient être proposés aux clients dès cette année.
Contrairement aux banques traditionnelles, ces nouveaux établissements fonctionneront sans réseau d’agences physiques et proposeront l’essentiel de leurs services via des applications mobiles. Leur arrivée intervient dans un pays où les paiements par QR Code, PromptPay et les applications bancaires font déjà partie du quotidien.
Trois acteurs aux ambitions différentes
La première banque virtuelle à entrer en activité sera Clicx Bank, portée par le consortium réunissant Krungthai Bank (KTB), l’opérateur télécoms ADVANC et le distributeur pétrolier OR. Son lancement est prévu en juin 2026. SCB X, associé aux spécialistes asiatiques de la banque numérique KakaoBank et WeBank, prévoit également de se lancer avant la fin de l’année. ACM Holding, société liée au groupe Charoen Pokphand, complète le trio des nouveaux entrants.
Chacun mise sur des atouts différents : l’expérience bancaire pour KTB et SCB X, les données clients issues des télécommunications ou du commerce de détail pour leurs partenaires, et la puissance de vastes écosystèmes de consommation pour le groupe CP.
Un cadre très encadré
Les autorités thaïlandaises ont toutefois choisi une approche prudente. Les banques virtuelles devront respecter des règles proches de celles imposées aux banques traditionnelles, notamment en matière de fonds propres, de gestion des risques et de conformité réglementaire. Cette stratégie vise à limiter les dérives observées dans certains marchés étrangers où la croissance rapide du crédit a parfois fragilisé les nouveaux acteurs.
Les premières années devraient donc être consacrées à la mise en place des infrastructures, au recrutement des clients et à la validation des modèles économiques plutôt qu’à une expansion agressive.
Mieux servir certains clients
À première vue, l’arrivée des banques virtuelles peut sembler surprenante dans un pays où les services financiers sont déjà très digitalisés. L’objectif est pourtant d’aller plus loin. Les autorités espèrent que ces nouveaux acteurs permettront de mieux servir certaines catégories de clients encore peu couvertes par les banques traditionnelles : travailleurs indépendants, petites entreprises, jeunes actifs ou personnes disposant d’un historique bancaire limité.
Les nouveaux entrants comptent notamment utiliser davantage les données numériques pour évaluer les profils de risque et proposer des solutions de crédit plus adaptées.
Des pertes attendues au démarrage
Comme dans la plupart des pays ayant lancé des banques virtuelles, les premières années devraient être déficitaires. Les investissements technologiques, les dépenses de sécurité informatique et les coûts d’acquisition des clients sont particulièrement élevés.
Les analystes estiment toutefois que ces pertes devraient rester limitées pour les grands groupes qui soutiennent les projets. L’impact sur leurs résultats financiers serait relativement modeste durant la phase de lancement.
Un test pour l’économie numérique thaïlandaise
Au-delà du secteur bancaire, le succès des banques virtuelles constituera un test important pour l’économie numérique thaïlandaise. Pour les expatriés et les entrepreneurs installés dans le royaume, les changements ne seront probablement pas immédiats. Mais ces nouveaux acteurs pourraient à terme accroître la concurrence, faciliter l’accès au financement de certaines PME et accélérer encore la transformation numérique du pays.
Dans un marché déjà considéré comme l’un des plus avancés d’Asie du Sud-Est en matière de paiements électroniques, la question n’est plus de savoir si les services financiers seront numériques. Elle est désormais de déterminer quels acteurs sauront transformer cette avance technologique en un modèle rentable et durable.
Gaston Baht
Chaque semaine, recevez notre lettre d’informations Gavroche Hebdo. Inscrivez-vous en cliquant ici








