
Face aux tensions commerciales internationales et à la recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales, la Thaïlande et l’Indonésie affichent leur volonté de renforcer leur partenariat stratégique. En visite officielle à Jakarta, le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul et le président indonésien Prabowo Subianto ont adopté une feuille de route commune jusqu’en 2030, mêlant économie, investissements, sécurité et innovation. Un rapprochement qui confirme l’ambition des deux plus grandes économies de l’ASEAN continentale et insulaire de jouer un rôle moteur dans l’intégration régionale.
Une visite placée sous le signe du partenariat stratégique
Première visite officielle d’un Premier ministre thaïlandais en Indonésie depuis quinze ans, le déplacement d’Anutin Charnvirakul marque une nouvelle étape dans les relations entre Bangkok et Jakarta.
À l’issue de leurs entretiens au palais présidentiel d’Istana Merdeka, les deux dirigeants ont adopté un Plan d’action sur le partenariat stratégique Thaïlande–Indonésie, destiné à structurer leur coopération jusqu’en 2030. Ils ont également assisté à l’échange d’un protocole d’accord dans le domaine de l’éducation.
Tous deux ont réaffirmé leur volonté de renforcer le rôle de l’ASEAN dans un contexte international marqué par les incertitudes économiques et les tensions géopolitiques.
Passer du commerce à la co-construction
Intervenant devant le Forum d’affaires Indonésie–Thaïlande, organisé à Jakarta, Anutin Charnvirakul a invité les entreprises des deux pays à dépasser la seule logique commerciale.
« Une intégration plus profonde de l’ASEAN n’est pas un choix, mais une nécessité », a déclaré le Premier ministre, estimant que la Thaïlande et l’Indonésie devaient évoluer du statut de simples partenaires commerciaux vers celui de « partenaires de co-construction », capables de développer ensemble investissements, technologies, innovation et chaînes de valeur régionales.
Les deux gouvernements ont ainsi convenu de porter leurs échanges commerciaux à 23 milliards de dollars américains d’ici 2030, avec l’ambition d’atteindre cet objectif avant l’échéance prévue.
Avec près de 290 millions d’habitants, l’Indonésie constitue le premier marché d’Asie du Sud-Est et un partenaire devenu incontournable pour les entreprises thaïlandaises. Ensemble, les deux pays représentent un levier majeur de croissance pour l’ASEAN.
Quatre priorités pour bâtir une économie régionale plus intégrée
Le gouvernement thaïlandais a identifié quatre axes de coopération destinés à renforcer la compétitivité régionale : la sécurité alimentaire et les industries halal ; les transports, la logistique et les infrastructures numériques ; la finance et l’économie numériques ; et les énergies propres et l’économie verte.
Ces priorités répondent aux grandes mutations économiques de la région. L’industrie halal représente un marché mondial en pleine expansion, tandis que la sécurité alimentaire est devenue un enjeu stratégique pour les pays producteurs d’Asie du Sud-Est. Les investissements dans les infrastructures numériques, les paiements électroniques et les énergies bas carbone doivent également permettre aux deux économies de gagner en compétitivité.
Pour Bangkok, l’objectif ne consiste plus uniquement à augmenter les échanges commerciaux, mais à développer des chaînes de valeur régionales capables de créer davantage de valeur ajoutée au sein de l’ASEAN.
Des accords pour passer des ambitions aux réalisations
La visite officielle s’est accompagnée de plusieurs accords illustrant cette volonté de transformer rapidement les engagements politiques en projets concrets.
L’Autorité du tourisme de Thaïlande (TAT) a signé deux protocoles d’accord avec Traveloka Indonesia et TransNusa afin de renforcer la promotion touristique entre les deux pays. Les gouvernements soutiennent notamment l’ouverture de liaisons aériennes directes entre Bangkok et Jakarta, ainsi qu’entre Phuket et Bali, afin de faciliter les déplacements et de stimuler les échanges touristiques.
Deux autres accords ont été conclus entre les chambres de commerce thaïlandaise et indonésienne pour développer les relations économiques et favoriser la coopération dans le domaine des marchés du carbone.
Le Premier ministre thaïlandais a également assisté à la présentation officielle de PT Bank Kasikorn Indonesia, nouvelle identité de l’ancienne Maspion Bank après son acquisition par Kasikornbank. Cette évolution illustre l’ancrage croissant des entreprises thaïlandaises sur le marché indonésien et leur volonté d’accompagner le développement économique de la première économie de l’ASEAN.
Une coopération renforcée contre la criminalité transnationale
Le rapprochement entre Bangkok et Jakarta ne se limite pas à l’économie. Les deux dirigeants ont décidé d’intensifier leur coopération en matière de sécurité en renforçant les échanges de renseignements, les enquêtes conjointes et la coordination entre leurs services chargés de lutter contre la criminalité transnationale.
Cette coopération visera notamment les réseaux de cyberescroquerie, le blanchiment d’argent et les organisations criminelles opérant à l’échelle régionale. Le président Prabowo Subianto a d’ailleurs remercié publiquement la Thaïlande pour son rôle dans le rapatriement de près de 1 000 ressortissants indonésiens victimes de réseaux d’escroqueries en ligne. Pour Jakarta, cette opération illustre l’efficacité de la coopération entre les deux pays face à un phénomène devenu l’une des principales formes de criminalité transfrontalière en Asie du Sud-Est.
Une ambition commune pour l’avenir de l’ASEAN
Au-delà des accords signés à Jakarta, cette visite marque un changement d’échelle dans les relations entre la Thaïlande et l’Indonésie. Face à la concurrence économique internationale, à la réorganisation des chaînes d’approvisionnement et aux défis sécuritaires régionaux, Bangkok et Jakarta affichent une ambition commune : faire de leur partenariat un moteur de l’intégration économique et politique de l’ASEAN.
Le succès de cette stratégie ne se mesurera pas seulement à la progression des échanges commerciaux, mais aussi à la capacité des deux pays à transformer leurs engagements en investissements, en projets industriels et en coopérations durables. Dans un environnement international de plus en plus fragmenté, les deux capitales entendent démontrer qu’une ASEAN plus intégrée constitue l’un des meilleurs atouts de la région pour renforcer sa compétitivité et son influence sur la scène mondiale.
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