Ombres chinoises

Date de publication : 30/08/2026
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Le grand roman de l’espionnage chinois, une chronique littéraire de François Guilbert.

L’influence internationale développée par la République populaire de Chine au travers de ses services de renseignement intrigue et inquiète. Pour en comprendre tous les ressorts, politologues, think tankers, journalistes et romanciers se sont emparés du sujet au fil des dernières années. Ainsi, la littérature francophone regorge désormais de ces analyses.

 

Par conséquent, chacun à sa manière dépeint le défi chinois, ses modes d’action plus ou moins clandestins, les organes de mise en œuvre de son espionnage et les réponses que tentent d’y apporter les Occidentaux. Avec plus ou moins d’intensité dramatique, Pékin est mis en cause ici et là, souvent en Afrique dans les textes francophones. Le deuxième roman d’Olivier Mas s’inscrit pleinement dans cette veine.

Un roman écrit par un ancien de la DGSE

 

Ombres chinoises a la singularité d’avoir été rédigé par un auteur lui-même issu d’un service d’espionnage.

 

Selon sa biographie, l’ex-soldat a œuvré pendant quinze années à la DGSE, ayant servi la Boîte de la zone sahélienne à l’Asie centrale. Non seulement Olivier Mas ne s’en cache pas, mais c’est même devenu l’une de ses marques de fabrique éditoriales.

 

L’auteur tient une chaîne d’actualité YouTube (Talks With A Spy) centrée sur les politiques de renseignement. Par ailleurs, il a déjà consacré à ce domaine quatre ouvrages, dont deux à sa propre vie d’agent secret : Profession espion (2019) et J’étais un autre et vous ne le saviez pas (2021).

 

Une chose est sûre : sa plume s’est nourrie de ses pratiques de terrain, de sa connaissance des stratégies d’infiltration, des difficiles relations amicales entre collègues et des affrontements bureaucratiques internes que connaissent les agences de sécurité intérieure et extérieure.

 

Recrutement et manipulation des sources humaines

 

Le récit n’est pas tant géopolitique qu’au cœur de la praxis de la collecte du renseignement au quotidien, combinant jeux des affectations administratives, filatures, recours à des planques à rendez-vous, compromissions, rémunérations numéraires et immatérielles des sources, interceptions numériques et gestion du temps.

 

Une histoire présentée à hauteur des vies professionnelles et personnelles des femmes et des hommes, civils et militaires, à qui sont confiées les tâches du contre-terrorisme, de la contre-ingérence et de la découverte des secrets les mieux gardés des adversaires de la République française.

 

Un point de vue détaillé depuis le menu travail d’une cheffe de poste installée en ambassade à l’étranger, agissant sur son pays de résidence et pesant au-delà, et de ses relations avec ses contacts locaux ou de passage, mais aussi avec ses multiples hiérarchies parisiennes : direction générale de la DGSE, ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur et des Armées, Élysée.

 

Dans la mécanique quotidienne des services secrets

 

Un exposé plein de vie où le stress, l’excitation de la traque, les appétits d’ego, les coups fourrés des collègues et des cibles ne manquent pas.

 

Pour parvenir au succès, instinct, rigueur d’analyse, coopérations avec des alliés (Canada, États-Unis), coexistences franco-françaises (DGSE-DGSI), mesures des hostilités conjointes sino-russes dans l’espace cyber (Guoanbu-GRU) s’entremêlent sans cesse. Mais déceptions et échecs sont aussi légion, car le renseignement sur la Chine reste l’un des objectifs les plus ardus des services de renseignement des pays démocratiques.

 

Un roman où l’on touche des yeux l’action des services de renseignement dans leur tâche de sécurisation des intérêts de la France et des Français.

 

Olivier Mas, Ombres chinoises, Paris, Flammarion, 2026, 407 p., 21,50 €.

 

François Guilbert

 

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