
« Si vous devez mourir, allez mourir chez vous. » Anutin Charnvirakul a employé jeudi 17 septembre une formule particulièrement abrupte en évoquant une demande de création d’un cimetière privé. Au-delà de cette déclaration, le Premier ministre et ministre de l’Intérieur a demandé aux gouverneurs de renforcer les contrôles et d’engager les procédures d’expulsion lorsque les conditions légales sont réunies.
Le message adressé aux gouverneurs est clair : utiliser pleinement les moyens prévus par la loi contre les étrangers qui exercent des activités illégales, exploitent des Thaïlandais ou adoptent des comportements susceptibles de justifier leur éloignement du territoire.
Anutin Charnvirakul a notamment cité Phuket et Surat Thani, deux provinces où la forte présence étrangère s’accompagne depuis plusieurs mois d’un renforcement des contrôles. Il a toutefois précisé que ses instructions s’appliquaient à toutes les provinces confrontées à des situations similaires.
Cette intervention s’inscrit dans une politique plus large visant les sociétés utilisant des prête-noms thaïlandais, le travail sans permis, certaines acquisitions foncières et l’utilisation du royaume comme base pour des activités illégales. Le gouvernement a encore annoncé jeudi un réexamen de certaines procédures administratives afin de lutter contre les réseaux de prête-noms impliquant des étrangers.
« Allez mourir chez vous »
C’est en abordant les lieux de culte et les cimetières privés qu’Anutin a tenu les propos les plus remarqués. Le Premier ministre a rappelé que l’établissement de lieux religieux devait respecter les lois, la société et la culture thaïlandaises. Il a notamment évoqué le cas d’un établissement déclaré comme restaurant mais qui abriterait en réalité un lieu de culte.
Il a ensuite affirmé avoir récemment appris qu’une demande avait été déposée pour créer un cimetière privé. Jugeant la démarche excessive, il a déclaré en thaï : « Si vous devez mourir, allez mourir chez vous. Pas besoin de venir mourir ici. »
Anutin n’a pas précisé, dans ce passage, la nationalité des personnes à l’origine de la demande.
Le précédent du cimetière de Chachoengsao
La question des cimetières étrangers avait déjà suscité une controverse au début du mois. Un site de Bang Khla, dans la province de Chachoengsao, présenté dans la presse thaïlandaise comme un cimetière juif, avait fait l’objet de l’attention des autorités. Thai Rath faisait encore état jeudi de la fermeture du site et du déplacement de quatre dépouilles vers la province de Chonburi.
Il convient toutefois de ne pas établir de lien automatique entre ce dossier et les déclarations du Premier ministre. Anutin n’a pas identifié jeudi le cimetière privé auquel il faisait référence.
Des expulsions plus rapides
Au-delà de cette formule, les instructions données aux gouverneurs pourraient avoir des conséquences plus concrètes. Anutin leur demande de ne pas hésiter à engager une procédure d’expulsion lorsque le comportement d’un étranger répond aux critères prévus par la réglementation. Il a même balayé la question du financement du billet d’avion : si nécessaire, a-t-il expliqué, la province pourra avancer les frais avant que leur remboursement soit réglé.
Le Premier ministre souhaite également que les autorités recherchent les moyens légaux permettant de privilégier l’éloignement du territoire plutôt que le maintien prolongé en détention de certains étrangers. Selon lui, incarcérer en Thaïlande des personnes qui pourraient être expulsées mobilise inutilement les ressources de l’État.
Il a toutefois demandé aux responsables d’agir « équitablement, prudemment et de manière décisive », dans le cadre du règlement sur les expulsions désormais en vigueur. Le durcissement du discours ne signifie donc pas qu’un gouverneur puisse décider arbitrairement de renvoyer un ressortissant étranger : une expulsion doit reposer sur les dispositions légales applicables et suivre la procédure prévue.
Prête-noms, terrains et travail illégal
Les gouverneurs devront également intensifier leurs contrôles sur les montages permettant à des étrangers de contourner la législation thaïlandaise. Anutin a explicitement cité les sociétés utilisant des prête-noms thaïlandais, les détentions foncières irrégulières, les activités commerciales malhonnêtes et le travail sans permis. Il leur demande également d’intervenir contre les établissements affichant illégalement des panneaux interdisant l’entrée aux Thaïlandais.
Le gouvernement veut ainsi concentrer son action sur les étrangers qui utilisent leur capital, des structures juridiques ou des intermédiaires thaïlandais pour exercer des activités qu’ils ne pourraient pas légalement mener directement.
Les étrangers respectant la loi restent les bienvenus
Anutin a néanmoins pris soin de distinguer les personnes visées par ses instructions de l’ensemble de la communauté étrangère. Il a affirmé que la Thaïlande continuait à accueillir les étrangers qui viennent dans le pays légalement, y travaillent honnêtement et respectent ses lois, ses coutumes et sa culture. Il a également précisé que les problèmes évoqués ne concernaient pas une nationalité particulière, citant des ressortissants de différentes régions du monde.
Pour les Français et les autres étrangers vivant légalement en Thaïlande, les déclarations du 17 septembre n’introduisent donc aucune restriction générale nouvelle. Elles traduisent en revanche une volonté politique de faire appliquer plus systématiquement les dispositifs existants contre les étrangers en infraction.
La portée réelle de ce durcissement se mesurera désormais sur le terrain, et notamment dans les grandes destinations touristiques comme Phuket et Koh Samui, où les autorités sont particulièrement appelées à renforcer leurs contrôles.
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