
Record de méthamphétamine en Asie, enquête contre Telenor en Norvège, fermeture d’usines textiles à Rangoun, discussions sur le retour des Rohingyas et nouveaux combats dans l’État Kachin : voici l’essentiel de l’actualité birmane du 14 au 20 septembre.
Politique, Diplomatie
Le régime change de ministre de l’Intérieur
Le général Ko Ko Oo a été nommé ministre de l’Intérieur le 17 septembre en remplacement du lieutenant-général Nyunt Win Swe, renvoyé à ses fonctions militaires. Ko Ko Oo occupait jusqu’ici des responsabilités au sein du bureau du commandant en chef de l’armée. Ce changement intervient alors que les forces du régime restent engagées sur plusieurs fronts, notamment dans les États Kachin et Rakhine. Les médias d’opposition ont associé le départ de Nyunt Win Swe aux difficultés militaires rencontrées ces derniers mois, sans que le régime ait officiellement donné cette explication.
La Malaisie veut négocier avec Min Aung Hlaing le retour des Rohingyas
Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a annoncé le 16 septembre son intention d’inviter Min Aung Hlaing en Malaisie afin de discuter du retour des réfugiés birmans, en particulier des Rohingyas. Naypyidaw avait accepté en juillet le principe du rapatriement de 5 000 Rohingyas. Une première opération concernant près de 1 500 ressortissants birmans doit avoir lieu fin septembre sur une base présentée comme volontaire, sans que le nombre de Rohingyas concernés soit encore connu. La Malaisie accueille plus de 215 000 réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés auprès du HCR, dont plus de 126 000 Rohingyas. Les Nations unies et plusieurs organisations de défense des droits humains estiment toutefois que les conditions de sécurité en Birmanie ne permettent toujours pas un retour durable des réfugiés.
Un député japonais reçu par le Parlement à Naypyidaw
Le président de la Chambre basse, Khin Yi, a reçu le 14 septembre à Naypyidaw le député japonais Takei Shunsuke. Les deux responsables ont évoqué les échanges parlementaires, la formation, les technologies, les relations économiques ainsi qu’une éventuelle reprise des flux touristiques entre les deux pays. Aucun accord concret n’a été annoncé à l’issue de la rencontre. Cette visite intervient alors que les nouvelles institutions birmanes cherchent à renouer des contacts internationaux après plusieurs années d’isolement consécutives au coup d’État militaire de février 2021.
Économie
À Rangoun, un fournisseur de H&M ferme ses usines
Plusieurs milliers d’ouvriers du textile sont concernés par la fermeture annoncée de Teng Hui Myanmar, fournisseur du groupe suédois H&M dans la région de Rangoun. L’entreprise chinoise, présente en Birmanie depuis treize ans, doit cesser ses activités à la fin septembre après une forte diminution des commandes de son principal client. Les estimations du nombre de salariés concernés varient selon les sources. Des médias indépendants évoquent plus de 3 000 emplois, tandis que les autorités birmanes recensent 2 610 salariés et indiquent chercher de nouveaux postes pour 2 355 d’entre eux. H&M avait annoncé dès 2023 son retrait progressif de Birmanie. Les difficultés d’importation, les restrictions sur les devises et les coupures d’électricité pèsent également sur l’ensemble du secteur textile.
Telenor visé en Norvège par deux enquêtes sur ses activités en Birmanie
La police norvégienne a perquisitionné le 15 septembre le siège de Telenor, à Fornebu, dans le cadre de deux procédures liées aux anciennes activités de l’opérateur télécoms en Birmanie. L’une porte sur des soupçons de complicité de crimes contre l’humanité, l’autre sur une possible violation de la législation norvégienne sur les sanctions. Les investigations concernent la période comprise entre le coup d’État du 1er février 2021 et la cession de Telenor Myanmar en 2022. Aucun dirigeant ni salarié n’est personnellement mis en cause à ce stade. Telenor assure avoir dû obéir à certaines injonctions du régime afin de ne pas exposer ses employés à des risques d’emprisonnement, de torture ou de mort. Le groupe affirme coopérer pleinement avec les enquêteurs.
Société
La Birmanie au cœur de la production record de méthamphétamine en Asie
Les saisies de méthamphétamine ont atteint un record de 349 tonnes en Asie de l’Est et du Sud-Est en 2025, soit une hausse de 48 % en un an, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Les experts considèrent la Birmanie, et notamment l’État Shan dans le Triangle d’or, comme l’un des principaux centres mondiaux de production de drogues de synthèse. Les réseaux criminels profitent de l’instabilité politique, des territoires contrôlés par différents groupes armés et de la circulation des précurseurs chimiques. L’ONUDC souligne que la Birmanie reste le principal centre régional de fabrication illicite de méthamphétamine et d’autres drogues synthétiques.
Les autorités annoncent 83 affaires de traite des êtres humains depuis janvier
Les autorités birmanes affirment avoir engagé des poursuites contre 235 personnes dans 83 affaires de traite depuis le début de l’année et secouru 143 victimes. Les mariages forcés représentent près de 64 % des dossiers recensés, devant le travail forcé et la prostitution forcée. Les autorités mettent notamment en cause de fausses offres d’emploi et des recrutements organisés sur les réseaux sociaux. Ces chiffres proviennent du ministère birman de l’Intérieur et ne peuvent pas tous être vérifiés de manière indépendante.
Rangoun et Mandalay ciblent les réseaux de paris et d’escroqueries en ligne
Les autorités affirment avoir arrêté 36 personnes dans le cadre du démantèlement de plusieurs réseaux de paris en ligne opérant à Rangoun. Douze comptes bancaires contenant environ 397 millions de kyats ont été gelés et du matériel informatique saisi. À Mandalay, 28 autres personnes — 17 Birmans et 11 étrangers, dont des ressortissants chinois, indonésiens et malaisiens — ont été arrêtées dans une affaire distincte. Elles sont soupçonnées d’avoir utilisé des ventes de pierres précieuses diffusées en direct sur Internet pour escroquer leurs clients. Les enquêteurs désignent le ressortissant chinois Chen Xiao Dai comme l’un des responsables présumés du réseau.
Les centres d’escroqueries se déplacent vers des zones contrôlées par le DKBA
Des réseaux d’escroqueries en ligne actifs près de Myawaddy, à la frontière thaïlandaise, déplacent leurs activités vers des territoires contrôlés par la Democratic Karen Benevolent Army (DKBA), selon des habitants et des travailleurs interrogés dans la région. Plusieurs groupes se seraient notamment installés à Sone See Myaing, où se trouve le quartier général de cette milice karen alliée au régime. De nouveaux bâtiments seraient en construction tandis que des maisons sont louées pour accueillir les opérateurs déplacés. Le DKBA n’a pas répondu aux demandes de commentaires rapportées par les médias locaux. Ces mouvements illustrent la capacité des réseaux criminels à déplacer rapidement leurs activités lorsque leurs complexes sont menacés.
La Birmanie expulse l’Américain Adam Castillo après trois mois de détention
Les autorités birmanes ont libéré et expulsé le 16 septembre Adam Castillo, homme d’affaires américain et ancien président de l’American Chamber of Commerce in Myanmar (AmCham Myanmar), après environ trois mois de détention. Arrêté le 11 juin, il était accusé d’abus de confiance dans une affaire liée à l’organisation qu’il avait dirigée. Ses soutiens contestent les accusations portées contre lui. Les autorités birmanes ont justifié sa libération par les « relations amicales » entre la Birmanie et les États-Unis. Adam Castillo a été remis à des représentants américains avant de rejoindre Bangkok.
Conflit
La KIA revendique une embuscade meurtrière dans l’État Kachin
L’Armée de l’indépendance kachin (KIA) affirme avoir infligé de lourdes pertes aux forces du régime lors d’une série d’embuscades le 20 septembre sur l’axe reliant Bhamo à Mansi, dans l’État Kachin. Selon la KIA, une quarantaine de soldats auraient été tués, tandis que plusieurs autres auraient été capturés et des armes saisies. Ce bilan fourni par le groupe armé n’a pas pu être vérifié de manière indépendante. Les combats se poursuivent dans cette zone stratégique depuis la prise de Mansi par la KIA et ses alliés en janvier 2025.
La guerre des drones s’intensifie en Birmanie
Les drones prennent une place croissante dans la guerre civile birmane. Selon une analyse de François Guilbert, la résistance cherche à compenser la supériorité aérienne de l’armée en développant notamment l’usage de drones FPV (first-person view) à fibre optique, moins vulnérables au brouillage électronique. Le 10 septembre, six drones ont ainsi visé la zone militaire de l’aéroport international de Mandalay, où sont stationnés des avions de combat Yak-130. L’étendue des dégâts revendiqués par la résistance reste difficile à vérifier, mais l’opération illustre l’évolution de ses capacités. De son côté, la Tatmadaw continue de recourir massivement aux frappes aériennes, avec plus de 200 attaques par mois depuis le début de l’année. Cette montée en puissance des drones ouvre désormais un nouveau front technologique dans le conflit.
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