
La Corée du Sud pourrait franchir pour la première fois en 2026 le seuil des 1 000 milliards de dollars d’exportations. Les semi-conducteurs, dopés par les investissements mondiaux dans l’intelligence artificielle, représentent désormais plus de 40 % des ventes du pays à l’étranger. BofA Global Research estime que ce « super-cycle » pourrait se prolonger jusqu’en 2030.
La Corée du Sud profite à plein de la révolution de l’intelligence artificielle. Au 5 septembre, ses exportations atteignaient déjà 709,4 milliards de dollars, dépassant en seulement 248 jours le record enregistré sur l’ensemble de l’année 2025. Au rythme actuel, le pays pourrait franchir cette année le seuil symbolique des 1 000 milliards de dollars d’exportations.
Cette accélération repose d’abord sur les semi-conducteurs. De janvier à août, la Corée du Sud en a exporté pour 281,2 milliards de dollars, soit 2,7 fois plus qu’un an auparavant. Les puces représentent désormais 40,6 % des exportations du pays.
Samsung et SK Hynix au cœur du boom de l’IA
Cette envolée s’explique largement par les investissements mondiaux dans les infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle. Les centres de données réclament toujours davantage de puissance de calcul, mais également des mémoires plus rapides et plus performantes.
La Corée du Sud dispose dans ce domaine de deux poids lourds mondiaux, Samsung Electronics et SK Hynix. La demande est particulièrement forte pour les mémoires à haute bande passante, ou HBM, utilisées avec les processeurs destinés aux applications d’intelligence artificielle. BofA Global Research considère désormais la mémoire comme l’un des éléments déterminants de la performance des infrastructures d’IA.
Les résultats apparaissent dans les statistiques commerciales. En juillet, les exportations sud-coréennes ont bondi de 63 % sur un an, à près de 99 milliards de dollars, tandis que celles de semi-conducteurs progressaient de 179 %.
La Corée du Sud passe devant le Japon
La performance prend une dimension particulière lorsqu’on la compare à celle du Japon. Sur les sept premiers mois de 2026, la Corée du Sud a exporté pour 595,1 milliards de dollars, contre environ 462,6 milliards pour son voisin japonais. C’est la première fois qu’elle le dépasse sur cette période de l’année.
Ce basculement illustre la transformation industrielle du pays. La Corée du Sud ne dépend plus seulement de l’automobile, de l’électronique grand public ou de la construction navale : elle occupe désormais une position stratégique dans les infrastructures indispensables à l’économie numérique mondiale.
Défense, navires, cosmétiques et biotechnologies
La dynamique ne se limite toutefois pas aux puces. Dans une note consacrée aux perspectives des entreprises coréennes à l’horizon 2030, Simon Woo, responsable de la recherche sur la Corée chez BofA Global Research, identifie deux moteurs de long terme : l’intelligence artificielle et l’internationalisation croissante des entreprises du pays. La fonction de l’analyste est également confirmée par Bank of America.
La banque souligne notamment la demande internationale pour les équipements de défense, les navires, les automobiles, les cosmétiques et les biotechnologies coréennes. À cela s’ajoutent des secteurs directement stimulés par le développement des centres de données : équipements électriques, systèmes de refroidissement et composants électroniques avancés.
Les chiffres officiels montrent déjà une diversification partielle. Sur les huit premiers mois de 2026, les exportations de périphériques informatiques ont progressé de 262,2 %, celles de produits pétroliers de 40,7 %, celles d’équipements de communication sans fil de 28,1 % et celles de navires de 12,4 %.
Un « super-cycle » jusqu’en 2030 ?
BofA Global Research estime que cette combinaison entre IA et mondialisation des entreprises coréennes pourrait entretenir un « super-cycle » jusqu’en 2030. Cette perspective reste une analyse de la banque, et non une prévision officielle.
Séoul prépare néanmoins son industrie à poursuivre cette expansion. Le gouvernement veut accélérer la construction du gigantesque complexe de semi-conducteurs de Yongin et affiche désormais l’ambition de placer la Corée parmi les cinq premiers exportateurs mondiaux, avec le cap des 1 000 milliards de dollars comme objectif.
Une dépendance croissante aux semi-conducteurs
Le succès comporte toutefois son revers. Avec plus de quatre dollars exportés sur dix provenant désormais des semi-conducteurs, l’économie sud-coréenne devient particulièrement sensible à l’évolution des investissements mondiaux dans l’IA et au cycle des puces.
C’est pourquoi la progression de la défense, de la construction navale, de l’énergie, des cosmétiques ou des biotechnologies sera déterminante. Elle dira si la Corée du Sud connaît seulement un extraordinaire boom des semi-conducteurs ou si l’IA est en train d’ouvrir un nouveau cycle industriel capable de porter son économie jusqu’à la fin de la décennie.
Gaston Baht
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