
La remontée des rendements obligataires américains pourrait peser sur la Bourse de Bangkok. Mais tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Kiatnakin Phatra Securities privilégie les banques, le tourisme et l’agroalimentaire, tandis que les valeurs technologiques apparaissent davantage exposées.
La prochaine menace pour la Bourse de Bangkok pourrait bien venir de Washington. Après le fort rebond du marché thaïlandais, Kiatnakin Phatra Securities (KKPS) estime que l’évolution des taux longs américains constitue désormais un risque plus important pour les actions thaïlandaises que les incertitudes politiques intérieures.
Pour les investisseurs européens, le mécanisme est familier. Lorsque les obligations du Trésor américain offrent des rendements plus élevés, les placements considérés comme risqués doivent devenir plus attractifs pour conserver les capitaux internationaux. Les marchés émergents, dont la Thaïlande, sont particulièrement sensibles à ces arbitrages.
Selon les calculs de KKPS, lorsque le rendement de l’emprunt américain à dix ans augmente de plus de 0,5 point de pourcentage en un mois, l’indice SET de la Bourse de Bangkok recule en moyenne de 0,5 % sur la même période.
Cette relation statistique n’a rien d’automatique. Elle montre néanmoins combien les conditions financières américaines peuvent influencer un marché situé à plus de 13 000 kilomètres de Wall Street.
Les investisseurs étrangers ont déjà fait leurs choix
La vulnérabilité varie surtout considérablement d’un secteur à l’autre. Pour la mesurer, Kiatnakin Phatra observe notamment le positionnement des investisseurs étrangers et la sensibilité historique des différentes valeurs aux taux américains et à la prime de risque exigée pour investir en actions.
Le résultat réserve quelques surprises. Les investisseurs internationaux ont sensiblement réduit leur exposition aux banques, à l’agroalimentaire et à l’hôtellerie depuis les élections. Or ces trois secteurs figurent désormais parmi ceux que KKPS considère comme les mieux positionnés dans l’environnement actuel.
Ce retrait préalable peut paradoxalement constituer un avantage : le risque de nouvelles ventes massives par les investisseurs étrangers y est plus limité que dans des secteurs où leur exposition a fortement augmenté.
L’électronique dans la situation inverse
C’est notamment le cas de l’électronique. Le secteur a enregistré la plus forte augmentation de l’exposition des investisseurs étrangers parmi les activités étudiées par KKPS. Il se retrouve pourtant en dernière position de son classement combinant positionnement international et sensibilité aux conditions financières.
Il faut se garder d’en conclure que l’industrie électronique thaïlandaise serait en difficulté. KKPS mesure ici un risque boursier, et non les perspectives industrielles du secteur. La distinction est importante. Un secteur peut bénéficier d’une forte croissance de son activité tout en devenant plus vulnérable à une correction boursière si ses valorisations sont élevées ou si les investisseurs internationaux y sont déjà très présents.
Des entreprises thaïlandaises mieux armées
Une éventuelle remontée des taux américains ne signifie pas non plus que les entreprises thaïlandaises se retrouveraient confrontées à une nouvelle crise financière. Leur situation s’est au contraire améliorée depuis le précédent cycle de hausse des taux.
Selon KKPS, le ratio dette sur fonds propres des entreprises du SET100, hors banques et énergie, est passé de 1,2 en 2022 à 0,9 aujourd’hui. Leur coût moyen d’emprunt a reculé de 5,7 % à 4,9 %, tandis que leur capacité à payer leurs intérêts s’est nettement renforcée. Le risque se situe donc davantage du côté de la valorisation boursière que de la solvabilité des entreprises.
Banques, tourisme et alimentation privilégiés
Dans cet environnement, Kiatnakin Phatra conserve une préférence pour les banques et se montre plus favorable à l’alimentation et aux boissons ainsi qu’au tourisme. Les hôpitaux présentent également un profil relativement défensif dans son analyse.
À l’inverse, le courtier réduit son exposition recommandée aux services aux collectivités et aux sociétés financières, plus sensibles à l’évolution des taux. Ces recommandations doivent être replacées dans leur contexte : il s’agit d’une stratégie de marché, et non d’un jugement sur la santé économique à long terme de chacun de ces secteurs.
Une semaine après avoir estimé que l’affaire touchant une partie du Sénat thaïlandais devrait avoir un impact limité sur les marchés, KKPS déplace ainsi le projecteur. Pour la Bourse de Bangkok, la question n’est plus seulement de savoir ce qui se passe au Parlement thaïlandais. Elle est aussi de savoir jusqu’où monteront les taux américains.
Gaston Baht
Rejoignez les plus de 13 000 lecteurs qui reçoivent chaque semaine Gavroche Hebdo. Pour ne rien manquer de l’actualité de la Thaïlande et de l’Asie du Sud-Est, inscrivez-vous en cliquant ici








