
Crise politique et sociale en France, pouvoir dynastique et mafieux au Cambodge : le voyage d’Emmanuel Macron s’impose-t-il vraiment ? interroge le leader cambodgien de l’opposition en exil.
Par Sam Rainsy
Dans une France traversée de fortes tensions politiques et sociales, où les difficultés économiques et budgétaires appellent des réponses, le président Emmanuel Macron prévoit une visite d’État au Cambodge du 14 au 16 novembre, à l’occasion du Sommet de la Francophonie. À deux semaines du départ, l’opportunité de ce déplacement mérite d’être examinée.
Une bouffée d’oxygène à Phnom Penh ? Les honneurs diplomatiques pourraient offrir un répit face aux controverses parisiennes. Mais l’atmosphère politique cambodgienne est particulièrement étouffante pour ceux qui osent contester le pouvoir.
Selon le classement 2026 du World Justice Project, le Cambodge occupe la 140ᵉ place sur 143 pays et territoires pour l’État de droit, et la 142ᵉ pour la justice civile. Ces chiffres éclairent la réalité d’un système où Hun Sen a transmis le poste de Premier ministre à son fils, Hun Manet, tandis que d’autres dirigeants ont cédé leurs fonctions à leurs enfants, notamment aux ministères de l’Intérieur et de la Défense, ainsi qu’à la tête de la banque centrale. Cette mainmise familiale s’accompagne d’une répression persistante visant l’opposition, les journalistes et les militants écologistes indépendants, documentée notamment par Human Rights Watch.
Le Cambodge est également devenu l’un des principaux foyers d’escroqueries en ligne en Asie du Sud-Est. Le département d’État américain a fait état de complicités jusque parmi de hauts responsables gouvernementaux, impliqués dans la protection de ces activités et bénéficiant de leurs profits. Amnesty International a documenté les liens de militaires, de policiers et d’acteurs proches du pouvoir avec cette industrie mafieuse fondée sur la traite humaine, le travail forcé et la torture.
La Francophonie inscrit pourtant la démocratie, les droits humains et les libertés fondamentales au cœur de ses engagements. Quel message une visite présidentielle, entourée de cérémonies et de rencontres économiques, adresserait-elle aux Cambodgiens privés de ces droits ? Le pouvoir pourrait aisément en exploiter les images comme une marque de reconnaissance internationale.
Des lettres envoyées à l’Élysée et une pétition demandent déjà que soient évoqués les prisonniers politiques, les opposants franco-cambodgiens empêchés de rentrer librement dans leur pays natal et l’affaire Lim Kimya, ancien député de l’opposition et ressortissant franco-cambodgien assassiné à Bangkok le 7 janvier 2025. La France a officiellement condamné ce meurtre. Quelles avancées concrètes le déplacement permettrait-il d’obtenir sur ces dossiers ?
Les liens historiques et culturels entre les deux peuples méritent une politique exigeante. Une représentation ministérielle permettrait aussi de participer aux travaux du sommet et de porter les demandes françaises.
Non, dans ces conditions, le Cambodge n’est pas aujourd’hui le meilleur endroit pour que le président de la République aille célébrer personnellement la Francophonie, alors que tant d’urgences réclament son attention en France.
Sam Rainsy
Chef de l’opposition cambodgienne en exil forcé
Vous avez aimé cet article ?
Recevez gratuitement nos lettres d’information :












