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BIRMANIE – POLITIQUE : Deux officiers de l’armée présideront la chambre haute birmane

Date de publication : 24/03/2026
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Une chronique birmane de François Guilbert

 

Après la sélection de deux généraux pour présider la chambre basse du parlement (Pyithu Hluttaw), ce sont deux autres officiers de la Tatmadaw, sans aucune expérience parlementaire, qui ont été installés à la tête de la chambre haute (Amyotha Hluttaw).

 

Tout comme leurs collègues parvenus au perchoir de l’autre assemblée nationale, ils ont eu à faire face à aucun rival pour accéder à leurs nouvelles éminentes fonctions. Issus eux aussi des rangs du Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP) qu’ils ont également rejoint pour les scrutins législatifs de décembre 2025 – 2026, leurs noms n’ont pas été contestés par aucun des 19 partis politiques qui partagent les bans de l’hémicycle avec la formation politique relais de l’armée depuis plus de quinze ans. Il est vrai qu’elle détient à elle seule 68,8 % des sièges et dispose de près de 7 fois plus d’élus que le Parti de l’unité nationale (NUP), le deuxième groupe le mieux représenté lui-même lié à l’armée puisque son histoire découle de la dictature du général Ne Win.

 

La chambre des nationalités s’est dotée d’un président compagnon de longue date du général Min Aung Hlaing

 

Le général Aung Lin Dwe (63 ans) est le cadet de six années du chef de la junte mais les deux hommes se connaissent depuis plusieurs décennies. Le plus jeune doit, de fait, l’essentiel de sa carrière politico-militaire à son aîné et à ses protections. Les deux hommes et leurs familles entretiennent en effet des relations particulièrement étroites.

 

De ces liens, le président de l’Amyotha Hluttaw a obtenu des postes de responsabilité de premier plan (ex. commandement occidental de l’armée (2014), général (2024), secrétaire du Conseil de l’administration de l’État (SAC, février 2021 – juillet 2025), membre de la Commission d’État pour la sécurité et la paix (SSPC, juillet 2025 – mars 2026), directeur général du Conseil national de défense et de sécurité (juillet 2025 – 2026)).

 

C’est d’ailleurs lui qui a signé le texte ayant convoqué les parlementaires à la session inaugurale de la chambre haute mais aussi plus de 350 décrets-lois ayant organisé le fonctionnement de l’Etat depuis 2021. De ces fonctions, il a su aussi tirer des avantages financiers conséquents pour sa famille ; les entreprises de son épouse Daw Ohmar Myint et celles de leurs trois enfants. S’étant associé dès les premières heures au coup d’Etat du 1er février 2021, le général Aung Lin Dwe a été inscrit le 21 juin 2021 sur la liste des personnalités visées par les mesures restrictives de l’Union européenne. Une sanction dont le vice-président de l’Amyotha Hluttaw, le colonel de la police Jeng Phang Naw Ttaung, est lui aussi l’objet depuis le 19 avril 2021.

 

3 des 4 personnes portées à la tête des assemblées nationales sont sous sanctions de l’Europe

 

Le Kachin Jeng Phang Naw Taung doit, lui, cet opprobre à sa participation au SAC et à la détention de plusieurs portefeuilles ministériels ces dernières années, notamment ceux des Sports et de la Jeunesse, de l’Hôtellerie et du Tourisme, mais aussi des Affaires ethniques. Son parcours putschiste n’en a pas été moins singulier. Cette aventure personnelle fut celle d’un homme qui ne s’est présenté à aucune élection de 1990 à 2025. Il n’était affilié à aucune formation politique à l’heure du coup de force du général Min Aung Hlaing mais il fut mis en avant comme le représentant au SAC de l’une des huit principales « races nationales » telles que mentionnées dans la constitution établie par les militaires en 2008.

 

Au final, 3 des 4 (vice-)présidents des parlements sont des Bamars

 

Le fait de donner la parole aux premiers jours des sessions parlementaires à des élus de 3 États ethniques sur 7 et 6 sur 8 des entités territoriales dites bamars en dit long sur combien il sera difficile pour les élus des groupes ethniques minoritaires de se faire entendre. On peut considérer qu’il en sera également de même pour les femmes. Deux d’entre elles seulement ont pris la parole jusqu’ici. Toutes deux l’ont fait à l’Amyotha Hluttaw. Il s’est agi de deux élus des États Kachin et Shan mais leur nombre parmi les premiers intervenants en séance plénière (13 %) est bon an, mal an en proportion avec le degré de féminisation des assemblées.

 

Plus symptomatique, aucune femme n’a accédé à une fonction présidentielle du pouvoir législatif national. Daw Dwe Bu compagne de route des généraux putschistes depuis leur premier jour de prise du pouvoir il y a cinq ans, députée par le passé, ayant été vice-présidente du Parti populaire de l’État Kachin lié à l’USDP dès 2010, était pourtant considérée comme une candidate « sérieuse ». Son siège au SAC jusqu’au 31 juillet 2025 puis son transfert à l’organe consultatif du Conseil national de sécurité et de défense l’année dernière témoignaient d’un parcours loyaliste sans faille. Cela n’a pas suffi. Reste donc à savoir si cette femme ou une autre peut encore se glisser dans les jours qui viennent à l’une des deux vice-présidences de la République alors qu’aucune n’a aussi été choisie le 20 mars comme présidente de l’une des 14 assemblées provinciales.

 

Le Parti de l’Unité Môn (MUP) peut espérer tirer parti d’un tel scénario du fait du nombre de ses élus à la Pyindaungsu Hluttaw (10), de sa loyauté au processus électoral de la junte et qu’aucun ressortissant môn n’a été jusqu’ici mis en valeur législativement, ni aux parlements nationaux, ni à l’assemblée provinciale le 20 mars puisque ce sont deux USDP qui en ont pris la présidence (U Thet Htwe, chef du parti pour la région) et la vice-présidence (U Min Aung Myint, membre du Comité central). Rien de sûr toutefois ! Il se murmure en effet que l’Amyotha préférer faire le choix d’un Pao-O voire un Kachin pour candidater à la présidence de la République, la Pyithu Hluttaw poussant, elle, le premier ministre USDP sortant, le général Nyo Swe, les parlementaires-militaires pouvant, eux, faire du général Min Aung Hlaing leur poulain.

 

Le général Aung Lin Dwe cumulera la présidence de la chambre haute avec celle de l’Union (Pyidaungsu Hluttaw)

 

Pour les deux ans et demi qui viennent, le président de l’Amyotha Hluttaw sera celui de la chambre bicamérale. A ce titre, il sera au premier plan de l’élection présidentielle à venir et son maître de cérémonie. Les hommes parvenus aux plus hautes fonctions législatives ayant été ceux que la rumeur avait désigné, beaucoup pensent que le commandant-en-chef des services de défense, le général Min Aung Hlaing sera in fine candidat au fauteuil de chef de l’État le 30 mars – trois jours après la fête de l’armée qu’il présidera – puisque le leader de l’USDP a été porté à la tête de la Pyithu Hluttaw et non à celle de l’État. Sa centralité politique ne fait guère de doute. Il n’y a d’ailleurs qu’à lire la presse.

 

Les lecteurs de l’édition du 19 mars du Global New Light of Myanmar n’ont pas manqué de relever que la Une du jour n’était pas consacrée aux élections à la chambre haute, renvoyées en pages 5 et 6, mais à la réception par le général Min Aung Hlaing du général Ukris Boontanondha, le chef des forces de défense thaïlandaises.

 

L’éditorial, non signé, du principal quotidien de propagande a beau souligner que « le parlement n’est pas seulement une institution mais c’est la voix du peuple en action », force est de constater que le chef de l’armée a préséance sur toute autre institution du pays et toute autre personne, sa santé faisant même l’objet de communiqué de presse le 24 mars suite à une intervention chirurgicale indienne suite à une lésion de la moelle épinière.

 

La « florissante démocratie multipartis » vantée dans le discours de réception du général Aung Lin Dwe, heureux d’avoir été élu à la proportionnelle, n’existe que sur le papier. Contrairement aux propos tenus, les parlementaires de l’Amyotha Hluttaw sont bien plus appelés à écouter les désidératas du chef de la Tatmadaw que les attentes et les voix des citoyens. Tout le processus électoral de la fin octobre 2025 au début avril 2026 n’aura été qu’une vaste mascarade. Il est à craindre que le travail parlementaire le soit tout autant.

 

Les deux premières journées de la chambre haute, comme celle de la chambre basse, ont été expéditives

 

Les deux premiers jours de séance de la « troisième » législature ont montré que les deux arènes parlementaires ne sont pas tribunitiennes. Elles sont des chambres d’enregistrement de décisions qui se prennent ailleurs. Il n’y a aucune séparation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, si ce n’est immobilier. Le législateur est le script d’un chef de l’État désigné par l’armée. Il n’est pas la caisse de résonance des attentes citoyennes.

 

Les ressortissants birmans ne sont pas dupes sur les élections qui leurs ont été proposées. Mais le décorum et les processus orchestrés dans le détail, où 100 % des parlementaires ont été présents aux sessions inaugurales des deux chambres, doivent donner le sentiment d’un retour à la « normalité ». Cependant, au même moment, la guerre civile, elle, ne s’en poursuit pas moins. Selon les dernières informations des Nations unies (OCHA) rendues publiques, 73 350 déplacés intérieurs supplémentaires ont été dénombrés en janvier et février 2026, du fait des affrontements armés.

 

Parmi les premiers parlementaires ayant été mis devant les caméras figuraient de nombreuses personnalités sous sanctions internationales (plus du quart), sans compter celles aux propos passés particulièrement sulfureux. A l’Amyotha Hluttaw, par exemple, le premier à avoir pris la parole n’était autre que l’élu Zaw Zaw Myint (USDP de l’Etat Rakhine). Il prônait avec vigueur, alors qu’il était parlementaire du township de Buthidaung à l’assemblée de l’État Rakhine lors de la deuxième législature, la construction d’un mur de 12 mètres de haut et 3 mètres de large tout le long de la frontière internationale avec le Bangladesh et dénonçait les atteintes des Rohingyas musulmans à la « pérennité de la race et de la religion » des Birmans.

 

François Guilbert

 

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