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Géopolitique du Pacifique

Date de publication : 30/03/2026
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L’Océanie, cette région stratégique bien trop ignorée, une chronique de François Guilbert

 

Depuis une cinquantaine d’années, il est devenu courant de parler du Pacifique en oubliant ses pôles arctiques et antarctiques, et plus encore ses îles, les micro-États et les insulaires qui y résident. Dans ce contexte analytique, il est utile de remettre au goût du jour le concept d’Océanie. La maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Institut des langues et civilisations orientales (INALCO) s’y est employée avec pédagogie et exhaustivité pour faire comprendre dans un langage adapté au plus grand nombre l’importance stratégique de la région océanique.

 

Le Pacifique ne se limite pas à quelques puissances littorales (Indonésie, Chine, Taïwan, Japon, Canada, Etats-Unis)

 

Les nations insulaires sont également des acteurs internationaux. Depuis le début des années 70, elles ont bâti leurs propres plateformes intergouvernementales de coopérations (cf. Forum des îles du Pacifique, Conseil des organisations régionales du Pacifique) et des enceintes sous-régionales (ex. Groupe du fer de lance mélanésien, Groupe des dirigeants polynésiens, Forum des îles micronésiennes). Elles ont su s’insérer dans bien d’autres fora transnationaux (ex. Accord de Samoa, Alliance des petits États insulaires, Initiative du Triangle de Corail) mais également dialoguer collectivement avec des États tiers, notamment d’Asie du Sud-Est (ex. ASEAN, Indonésie, Singapour, Thaïlande).

 

L’écheveau est aussi dense que méconnu dans son ensemble à l’extérieur de l’aire océanienne. Sarah Mohamed-Gaillard dépeint donc avec méthode ces dynamiques, sans oublier de se pencher sur certains partenaires peut-être « inattendus » (ex. Émirats arabes unis, Maroc) et, bien évidemment, sur les jeux des grandes puissances, à commencer par ceux nés des rivalités sino-américaines grandissantes.

 

L’importance stratégique du Pacifique insulaire est repensée

 

Si les acteurs historiques (Australie, États-Unis, France, Japon, Nouvelle-Zélande) redéfinissent aujourd’hui leurs postures et leurs narratifs, ils ne sont pas les seuls à le faire. Les îliens eux-mêmes s’y emploient avec détermination, en particulier du côté de Suva. Les Fidjiens se sont révélés en effet très actifs et innovants en la matière. Ils ont été à l’origine de nouveaux ensembles (ex. Forum de développement des îles du Pacifique) et d’une revivification des relations avec l’ASEAN.

 

Ils se sont montrés aussi d’habiles manœuvriers pour associer Jakarta au Groupe de fer mélanésien ou encore en sortant le Forum des îles du Pacifique d’une perspective d’un Micronexit quand plusieurs États septentrionaux d’Océanie envisagèrent de quitter la principale organisation politique de la région. Sur le plan de la rhétorique géopolitique, ils savent également être novateurs comme l’ont démontré leurs efforts ces dernières années pour voir endosser leur concept de « Pacifique : océan de paix ». Dans ce foisonnement relationnel, Sarah Mohamed-Gaillard est une guide documentée et soucieuse d’offrir à ses lecteurs, étudiants et curieux, les éléments d’appréciations les plus contemporains.

 

Les enjeux de sécurité et du climat sont au cœur des rapports de force

 

En experte des questions calédoniennes, l’essayiste n’a pas oublié de rappeler les places conquises dans les jeux régionaux par les territoires non-souverains (ex. Guam, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française). A ce titre, on aurait d’ailleurs préféré dans les chapitres qu’elle fasse référence à l’acronyme PICT (Pays et territoires insulaires du Pacifique) plutôt qu’à celui de PIC (Pays insulaires du Pacifique). Les organisations régionales océaniennes se sont, en particulier depuis dix ans, ouvertes aux dirigeants exécutifs des espaces politiques non-membres de l’ONU.

 

Depuis 2016, cette posture a d’ailleurs offert un poids politique nouveau dans leur région à la Nouvelle-Calédonie, à la Polynésie française et même au Territoire des îles Wallis-et-Futuna. Elle a entraîné non seulement bien des controverses politiciennes françaises mais également des appétits du côté des territoires américains non incorporés, notamment à Hagatna et Pago Pago. Mais tout comme les États en situation de pleine souveraineté, les dirigeants insulaires français, américains et britanniques (Îles Pitcairn) ont une vision de la sécurité qui ne se limite pas aux seules questions militaires. Leurs enjeux vitaux sont vus en effet au prisme des effets du changement climatique et des défis économiques. Sarah Mohammed-Gaillard y consacre d’ailleurs fort à propos plusieurs chapitres en évoquant le défi de la surveillance des immenses zones économiques exclusives, les enjeux de la conservation et de l’exploitation océaniques ou encore la gestion des ressources en thon.

 

Ces challenges concernent non seulement des îles peuplées, mais également des micro-territoires sans habitants, souvent administrés de loin mais non sans ressources. C’est pourquoi, cartes et analyses se devraient de ne pas les oublier à l’examen des politiques françaises (ex. Clipperton) et américaines (cf. îles mineures éloignées des États-Unis) car ils couvrent des milliers de kilomètres carrés et recèlent parfois des structures passées d’intérêt militaire (ex. atolls Johnston, Midway et Wake) ou des aires marines d’exception à protéger durablement (cf. Pacific Remote Islands Marine National Monument, créé en 2009 sous le mandat de George W. Bush).

 

François Guilbert

 

Sarah Mohamed-Gaillard : Géopolitique du Pacifique, Éditions Le Cavalier Bleu, 2026, 207 p, 20 €

 

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