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Histoire du thé

Date de publication : 29/03/2026
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Livre : Histoire du thé

 

Le thé sous toutes ses coutures (et ses saveurs), une chronique de François Guilbert

 

Publié une première fois il y a déjà un quart de siècle, la monographie du professeur Paul Butel, disparu voici dix ans, a été complétée pour cette réédition. Hubert Bonnin, ex-enseignant à Sciences Po Bordeaux, a actualisé nombre de données. Il l’a fait avec à-propos, car les ajouts ne se « voient » pas. Ils n’ont pas touché à la cohérence de l’essai ni à la qualité de ses démonstrations. Le lecteur dispose ainsi d’informations très récentes sur les productions de thé dans le monde ou encore sur la montée en puissance de l’Afrique (Kenya, Rwanda). Les singularités de certains marchés (ex. : France, Irlande, Japon) sont également rapidement évoquées dans cette étude historico-économique au long cours.

 

Une historiographie occidentalo-centrée

 

Au regard d’un produit mondialement consommé depuis des siècles, les auteurs ont fait le choix d’examiner le thé d’un point de vue très européen. Le découpage des chapitres s’en ressent, puisque quatre sur sept portent sur le lien que nous pouvons avoir (eu) avec ce breuvage (cf. L’Europe découvre le thé ; L’Angleterre du thé à la fin du XVIIIe siècle ; De la Chine au Bengale, l’empire commercial de la Grande-Bretagne sur le thé ; L’époque victorienne et la civilisation du thé). Ce biais cognitif s’explique tant par l’ampleur de la documentation accessible (cf. la bibliographie en fin de volume) que par le prisme privilégié de l’histoire économique, pour ne pas dire commerciale, voire entrepreneuriale.

 

L’attrait des Compagnies des Indes (ex. : Angleterre, France, Pays-Bas, Suède) a profondément marqué les esprits et, au fond, bon nombre des recherches académiques. La place du thé dans certaines sociétés ou régions du monde est ainsi pour partie occultée ou mise en retrait. Toutefois, ici, un certain soin a été accordé à ces « marges », notamment celles de la Russie, du monde turcique et de l’Asie de l’Ouest.

 

La fascination suscitée par l’influence géopolitique des entrepreneurs commerciaux européens a aussi eu pour effet de centrer les propos sur le passé « récent », celui des XVIIIe et XIXe siècles, alors même que la diffusion transnationale des feuilles de thé s’est étalée sur plus d’un millénaire, influant par là même sur nombre de cultures, en particulier en Asie.

 

Cet essor a en effet joué un rôle important dans l’intégration économico-culturelle de l’Extrême-Orient à partir de la dynastie des Tang, au début du VIIIe siècle. Cette dynamique entretient d’ailleurs toute une littérature sur l’histoire du thé, faite de contrepoints sino-centrés. Mais la littérature étant majoritairement anglophone et Paul Butel un historien de la colonisation, il était donc fort tentant de se consacrer aux fleurons de l’Empire des Indes, de sa production théière assamaise à ses centres politico-administratifs de Calcutta au Bengale. Au passage, l’ouvrage est l’occasion de revenir sur les raisons qui ont poussé l’administration britannique à se saisir de la Birmanie.

 

L’essai permet de mieux comprendre les relations entre commerce de l’opium et commerce du thé au début du XIXe siècle

 

Il attire aussi l’attention sur les rivalités de puissance se jouant entre la Chine et l’Inde dans les approvisionnements occidentaux et dans la maîtrise même des territoires aux confins de l’Himalaya, des provinces où, encore aujourd’hui, les rapports de force entre Pékin et New Delhi s’établissent à basse intensité, et dont les sept « provinces sœurs » à l’est de l’Inde (Arunachal Pradesh, Assam, Manipur, Meghalaya, Mizoram, Nagaland, Tripura) ainsi que la Birmanie sont des enjeux clés.

 

En voulant déposséder la Chine de son contrôle exclusif du commerce du thé, on voit comment le pouvoir britannique s’est organisé : il a établi ses premiers plans de production (ex. : Bhoutan, Bihar, Népal), envisagé de faire venir des travailleurs migrants qualifiés, collecté du renseignement à haute valeur technique et économique (cf. la recherche d’informations sur la culture et le traitement du thé), incité à des investissements privés, fait le choix de Darjeeling et valorisé le produit sur le marché local. Un schéma de production d’abord tourné vers l’export, mais qui, rapidement, a dû trouver des débouchés dans son environnement propre.

 

Cette histoire industrielle n’est pas sans rappeler les débats contemporains sur les politiques de développement sectoriel. Voilà donc un livre d’histoire économique fort instructif sur les enjeux politico-industriels passés et présents de la région indo-pacifique.

 

Paul Butel : Histoire du thé, Éditions Desjonquères, 2025, 295 p., 24,50 €

 

François Guilbert

 

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