
Un tableau du monde du renseignement asiatique, une chronique littéraire de François Guilbert
Depuis une quinzaine d’années déjà, le renseignement est appréhendé en France comme une politique publique à part entière. Les activités des services de sécurité intérieur et extérieur ne sont plus des sujets totalement tabous. Elles sont prises en considération et discutées publiquement pour leurs apports à la sécurité nationale, la politique étrangère et leurs conformités avec un État de droit.
A cette fin, elles se sont mêmes mieux institutionnalisées avec les décideurs élus des pouvoirs exécutif et législatif. D’un côté, un coordonnateur national du renseignement a été mis en place en 2008 à l’Élysée. De l’autre, chaque année, la délégation parlementaire au renseignement (DPR) publie un rapport sur les activités de la communauté. Bien que certains passages de ce document soient couverts par le secret, les citoyens sont mieux informés sur les pratiques et les objectifs des agences spécialisées.
Les politiques de renseignement nourrissent un nombre grandissant de recherches académiques
Désormais, le monde universitaire se penche avec méthode sur les liens entre le renseignement et les sociétés démocratiques, à l’image du programme de recherche METIS à l’Institut d’études politiques de Paris. Dans ce foisonnement de réflexions, les publications (inter)nationales de référence, les enquêtes journalistiques approfondies se multiplient et touchent un large public.
Les travaux sont souvent sérieux et très documentés. Ils ne s’intéressent plus seulement aux barbouzeries d’hier et d’aujourd’hui. Ils relèvent d’études multisectorielles : économiques, (géo)politiques, historiques, juridiques ou encore technologiques ; l’IA et le cyber passant par là aussi. Ce maillage des approches a donné naissance à la plateforme EFRC (Études françaises de renseignement et de cyber) où se retrouvent praticiens des services et scientifiques. Sa revue bilingue (français, anglais) reflète les débats stratégiques du moment.
Sans surprise l’Asie y a trouvé sa place. Certes, les contributions rassemblées dans ce numéro ne couvrent que quelques pays de la région, principalement la Chine, la Corée du nord, l’Indonésie et l’Indochine et le Japon mais quelques recensions d’ouvrages récents ont élargi la focale vers la Birmanie (cf. Andrew Selth : Secrets and Power in Mynamar, Intelligence and the Fall of General Khin Nyunt), l’Inde, le Pakistan, le QUAD et l’Indo-Pacifique. Une approche multi-cardinale de bon aloi !
Se côtoient dans ce numéro analyses historiques, géopolitiques et diplomatiques
Un fonctionnaire du ministère de l’Europe et des affaires étrangères a répondu à une interview où s’est vue examinée la coopération internationale de lutte contre les rançongiciels (cf. l’association de la Corée du sud, l’Inde, le Japon, les Philippines, Singapour, le Sri Lanka et le Vietnam à la Counter Ransomware Initiative à laquelle la France est aussi associée).
Un ex-fonctionnaire américain a, lui, démontré en quoi les yakuzas peuvent faciliter des opérations d’espionnage, de contrebande voire même des campagnes d’influence. A ces prises de paroles d’acteurs étatiques se sont ajoutées des contributions d’enseignants – chercheurs sur des sujets d’actualité : les ingérences chinoises aux Palaos, le partage d’informations entre le Japon et ses alliés de 1950 à 2025, les opérations cyber de la Corée du nord ou encore l’écosystème cyber chinois.
Preuve que l’on traite ici quelques sujets sensibles, l’auteur invité à présenter l’histoire du renseignement indonésien a été anonymisé. Une précaution sans objet quand on parle de temps plus anciens, comme la formation des officiers de renseignement d’Indochine (1946 – 1954) ou encore le renseignement extérieur étatsunien face au schisme sino-soviétique (1956 – 1963). Mais dans tous les cas de figure, les articles assemblés ont fait l’objet de relectures attentives et même de deux rapports de superviseurs dont les dates ont été précisées dans un encadré introduction. Un travail rigoureux dont on espère qu’il s’étendra dans un futur proche à d’autres thématiques voire à quelques autres nations de l’Indo-Pacifique, notamment d’Asie du sud-est.
Renseignement et cyber en Asie, Études françaises de renseignement et de cyber, PUF, numéro 5 automne 2025, 325 p, 35 €
François Guilbert
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