
Les bénéfices des grandes banques thaïlandaises reculent, mais leurs derniers résultats racontent une histoire moins sombre qu’il n’y paraît. Selon une étude de Kiatnakin Phatra, plusieurs indicateurs laissent entrevoir un changement de tendance. Une embellie encore fragile, dans une économie où ménages et petites entreprises restent sous pression.
Les chiffres sont mauvais. Les perspectives, beaucoup moins. Au troisième trimestre 2026, les six banques suivies par Kiatnakin Phatra ont enregistré une baisse de 13 % de leurs bénéfices nets cumulés sur un an. Pourtant, derrière ce recul, plusieurs indicateurs témoignent d’une amélioration de leur activité. Une évolution qui pourrait annoncer un tournant pour le secteur bancaire thaïlandais.
Dans une note consacrée aux résultats trimestriels, l’analyste Sarachada Sornsong souligne que les banques commencent à reconstituer leurs marges, tout en maîtrisant leurs dépenses et en réduisant les sommes mises de côté pour couvrir les prêts susceptibles de ne pas être remboursés. Autant de signaux encourageants après plusieurs trimestres difficiles.
Cette amélioration reste toutefois contrastée. Si les grandes entreprises continuent d’emprunter, les ménages endettés et de nombreuses petites entreprises peinent toujours à retrouver des marges de manœuvre.
Le crédit redonne de l’oxygène aux banques
Premier motif d’optimisme : le crédit retrouve un peu de vigueur. Au troisième trimestre, les encours de prêts des six établissements étudiés ont progressé de 5 % sur un an et de près de 1 % par rapport au trimestre précédent.
Cette croissance provient principalement des grandes entreprises, du secteur public et des prêts immobiliers. Elle ne traduit donc pas nécessairement une reprise généralisée de la demande de crédit dans le royaume.
Surtout, les banques commencent à améliorer leurs marges d’intérêt. Celles-ci mesurent, schématiquement, la différence entre les revenus tirés des prêts et le coût des ressources utilisées pour les financer.
Au troisième trimestre, ces marges ont progressé de 0,06 point de pourcentage. Le mouvement reste modeste, mais il pourrait marquer la fin de plusieurs mois de dégradation. Les établissements profitent désormais d’une baisse de leurs coûts de financement, tandis que le recul des rendements de leurs prêts ralentit.
Cette évolution commence à produire des résultats. Hors gains financiers exceptionnels et variations de valeur des placements, les six banques ont dégagé un résultat opérationnel avant provisions de 90 milliards de bahts. Ce montant progresse de 2,5 % par rapport au trimestre précédent et dépasse de 3 % les prévisions de Kiatnakin Phatra.
Autrement dit, les bénéfices globaux reculent, mais l’activité bancaire traditionnelle résiste mieux que prévu.
Les créances douteuses se stabilisent
L’autre bonne nouvelle concerne les prêts dont le remboursement devient incertain.
Depuis plusieurs années, les banques thaïlandaises subissent les conséquences de l’endettement élevé des ménages et des difficultés rencontrées par de nombreuses petites entreprises. Elles doivent donc constituer d’importantes provisions pour se protéger contre d’éventuels défauts de paiement.
Au troisième trimestre, ces charges ont diminué de 5 % par rapport aux trois mois précédents et de 13 % sur un an.
Le coût du risque, qui rapporte ces provisions au volume des prêts sur une base annuelle, est ainsi revenu à 1,25 %, contre 1,48 % un an plus tôt.
Les créances douteuses sont restées globalement stables. Dans le même temps, les provisions accumulées par les banques représentent désormais 205 % du montant de ces prêts problématiques. Ce niveau leur offre une protection appréciable contre d’éventuelles pertes.
Il ne signifie pas pour autant que les difficultés des emprunteurs ont disparu.
Les récentes inondations pourraient notamment fragiliser certains ménages et entrepreneurs. Selon Kiatnakin Phatra, les banques anticipent cependant, à ce stade, des conséquences limitées sur la qualité de leurs portefeuilles de crédits.
Dans ce paysage contrasté, deux établissements se distinguent.
Kasikornbank (KBANK) affiche, selon l’étude, la meilleure résistance de ses activités bancaires courantes. Krung Thai Bank (KTB) enregistre pour sa part la plus forte progression trimestrielle de son résultat opérationnel parmi les grandes banques, notamment grâce à la bonne tenue des commissions.
SCB a également réduit ses provisions. Sa direction estime que les créances douteuses associées à une catégorie de ses activités de crédit, désignée « Gen 2 », pourraient avoir atteint leur niveau maximal.
Malgré cette évolution, les analystes de Kiatnakin Phatra privilégient Kasikornbank et Krung Thai Bank pour leurs perspectives boursières, qu’ils jugent plus intéressantes compte tenu des risques.
Des revenus sous pression, des dépenses mieux maîtrisées
Tout n’est cependant pas revenu à la normale.
Les commissions bancaires, qui rémunèrent notamment les services financiers et la gestion de patrimoine, ont rapporté 35,6 milliards de bahts au troisième trimestre. Elles progressent de 5 % sur un an, mais reculent de 2 % par rapport au trimestre précédent.
Ce ralentissement s’explique notamment par une activité moins soutenue dans la gestion de patrimoine et par les nouvelles règles de la Banque de Thaïlande visant à harmoniser certains frais bancaires.
Les revenus provenant des investissements et des opérations sur les marchés financiers ont davantage souffert. Ils contribuent largement à expliquer pourquoi les bénéfices nets reculent alors que l’activité de crédit s’améliore.
Pour limiter cette pression, les banques ont resserré leur gestion. Leurs dépenses de fonctionnement ont diminué de 4 % sur un an et de 2 % par rapport au deuxième trimestre.
Bangkok Bank fait figure d’exception, avec des investissements informatiques qui continuent de peser sur ses coûts.
Ces économies ne compensent toutefois pas entièrement la baisse des autres revenus. Le coefficient d’exploitation des six banques étudiées atteint ainsi 44 %. En clair, elles dépensent en moyenne 44 bahts pour générer 100 bahts de revenus.
La maîtrise des charges reste donc un enjeu majeur pour les prochains trimestres.
2027, l’année du redressement ?
Kiatnakin Phatra reste prudent pour la fin de l’année 2026. Le quatrième trimestre s’accompagne traditionnellement d’une hausse des dépenses de fonctionnement, susceptible de peser sur les résultats.
La progression saisonnière du crédit pourrait néanmoins soutenir les revenus d’intérêt. Et si les créances douteuses restent maîtrisées, les banques pourraient continuer à réduire leurs provisions.
Ces évolutions alimentent l’espoir d’une année 2027 plus équilibrée. Les bénéfices dépendraient alors davantage des activités bancaires traditionnelles et moins des gains liés aux marchés financiers.
Reste une question essentielle : cette amélioration profitera-t-elle à l’ensemble de l’économie thaïlandaise ?
Pour l’instant, la croissance du crédit bénéficie surtout aux grandes entreprises, aux financements publics et à certains emprunteurs immobiliers. De nombreux ménages et petites entreprises continuent, eux, de subir le poids de leurs dettes et la faiblesse de la consommation.
C’est tout le paradoxe de la situation actuelle. Les banques peuvent améliorer leurs marges et retrouver le chemin d’une rentabilité plus solide sans que leurs clients connaissent immédiatement une embellie comparable.
Tout l’enjeu de 2027 sera donc de savoir si ce redressement bancaire annonce une reprise économique plus largement partagée, ou s’il masque encore les fragilités persistantes du royaume.
Gaston Baht
Vous avez aimé cet article ?
Recevez gratuitement nos lettres d’information :









