
Après Bangkok, où elle avait notamment participé aux réunions du FMI et de la Banque mondiale, Éléonore Caroit a poursuivi sa tournée asiatique au Vietnam, du 17 au 19 octobre. Métro de Hanoï, hydroélectricité, lutte contre les inondations et technologies quantiques : la ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger a multiplié les rencontres pour mettre en avant les savoir-faire français. Derrière cette visite officielle, les enjeux économiques sont considérables.
Le métro de Hanoï, vitrine de la coopération française
C’est l’un des projets les plus emblématiques de la présence française au Vietnam. Lundi 19 octobre, Éléonore Caroit a dévoilé une plaque commémorative à la station Cau Giay, sur la ligne 3 du métro de Hanoï, aux côtés des autorités vietnamiennes et des représentants des institutions financières internationales.
Ouverte partiellement en août 2024, cette ligne a transporté 6,4 millions de voyageurs durant sa première année d’exploitation. Selon la Banque européenne d’investissement (BEI), elle aurait également permis d’éviter l’émission de 49 000 tonnes équivalent CO₂ en 2025.
La France joue un rôle central dans sa réalisation. Alstom fournit les trains et les systèmes ferroviaires, Systra intervient dans l’ingénierie, Colas Rail dans les infrastructures, RATP Smart Systems dans la billettique et Bureau Veritas dans la certification. Le projet bénéficie notamment de 355 millions d’euros de prêts du Trésor français et de 159 millions d’euros de l’Agence française de développement (AFD), aux côtés des financements européens et asiatiques.
Mais le chantier n’est pas terminé. La partie souterraine, qui doit rejoindre la gare centrale de Hanoï, devrait ouvrir en 2027 selon le calendrier actuel.
Une extension de 11 kilomètres en préparation
La coopération franco-vietnamienne se poursuit déjà avec le projet de prolongement de la ligne 3 vers Hoàng Mai, dans le sud de la capitale. Cette extension souterraine de 11 kilomètres bénéficie d’une subvention européenne de 10 millions d’euros, confiée à l’AFD, pour financer les études de faisabilité et préparer son intégration au réseau de transports urbains. Il ne s’agit pas encore du financement de la construction. Celui-ci devra être organisé avec plusieurs partenaires internationaux.
L’enjeu est important pour Hanoï, métropole de plus de huit millions d’habitants confrontée à une circulation toujours plus dense et à une pollution atmosphérique persistante.
Le secteur ferroviaire offre également des perspectives commerciales aux entreprises françaises. Le 6 octobre, Alstom a annoncé un accord avec le groupe vietnamien Vingroup portant sur un maximum de 83 rames de métro fabriquées en France et une licence technologique permettant l’assemblage de 117 rames supplémentaires au Vietnam.
Le quantique, nouveau terrain de coopération
La visite d’Éléonore Caroit a également donné lieu à une annonce concrète dans un secteur beaucoup plus récent : les technologies quantiques. Le 19 octobre, à l’ambassade de France à Hanoï, le groupe vietnamien FPT et l’entreprise française Quandela ont signé un protocole d’accord de deux ans consacré au développement des technologies quantiques.
Ce partenariat prévoit d’explorer des coopérations dans la recherche, l’accès aux capacités de calcul quantique, la formation d’ingénieurs et de chercheurs ainsi que les futures applications industrielles. L’accord a été signé en présence de la ministre et de l’ambassadeur de France, Didier Le Bret, dans le cadre d’une mission organisée par Business France. D’autres entreprises françaises spécialisées dans ces technologies, notamment Quobly, QPerfect et Thales, ont également participé aux échanges avec les institutions scientifiques vietnamiennes.
Pour Hanoï, qui cherche à développer ses capacités technologiques, ces contacts ouvrent des perspectives de coopération avec des entreprises françaises positionnées sur des secteurs stratégiques.
Énergie et inondations : l’expertise française mobilisée
La ministre s’est également rendue le 18 octobre à Hòa Bình, au nord-ouest de Hanoï, pour visiter deux projets soutenus par l’AFD.
Le premier concerne l’extension de la centrale hydroélectrique de Hòa Bình, qui doit ajouter 480 mégawatts de capacité de production. Le groupe français Artelia a apporté son expertise technique à ce projet destiné à renforcer le système électrique vietnamien.
Le second porte sur l’adaptation urbaine au changement climatique, notamment la prévention des inondations et l’amélioration de l’assainissement.
Selon l’ambassade de France au Vietnam, les aménagements envisagés doivent permettre de mieux protéger environ 41 000 habitants contre les inondations et d’améliorer les conditions d’assainissement pour 25 000 personnes. Ces projets illustrent un autre volet de la coopération française : le financement d’infrastructures publiques, accompagné d’une expertise technique et environnementale.
Une relation économique qui dépasse les visites officielles
À Hanoï comme à Hô-Chi-Minh-Ville, Éléonore Caroit a également rencontré les communautés françaises, les représentants des entreprises et les acteurs de l’enseignement francophone. Le Vietnam compte environ 6 600 Français inscrits auprès des autorités consulaires, dont près des trois quarts vivent dans le sud du pays. Les échanges commerciaux de biens entre la France et le Vietnam ont atteint 9,2 milliards d’euros en 2025, selon les chiffres avancés par la ministre.
La visite intervient quelques semaines après le déplacement à Paris du président vietnamien Tô Lâm, dans le cadre du partenariat stratégique global entre les deux pays.
De retour de Bangkok, où elle avait accordé un entretien à Gavroche, Éléonore Caroit a ainsi voulu montrer que la présence française en Asie du Sud-Est ne repose pas uniquement sur les relations diplomatiques et culturelles.
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