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BIRMANIE – POLITIQUE : La Commission électorale s’emploie à tronquer les législatives

Journaliste : François Guilbert Date de publication : 12/01/2026
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bureau de vote Birmanie

 

Une chronique birmane de François Guilbert

 

Les 2, 3 et 4 janvier la Commission électorale de l’Union (UEC) a annoncé les résultats de la votation du 28 décembre pour la chambre basse (Pyithu Hluttaw). Depuis, l’effeuillage est repris ex abrupto par les journaux liés à la junte. La segmentation des annonces dans le temps avait pour seule raison d’être de faire croire en un processus électoral conduit avec méthode, sérieux et transparence. En conséquence, les rares commentaires de presse se sont limités à proclamer le succès de la votation à la mode militaire. Aucune analyse circonstanciée et de fond transparait dans les colonnes, si ce n’est pour trompéter le triomphe de la principale formation politique relais de l’armée : le Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP).

 

Le système uninominal a permis de faire connaître rapidement les premiers vainqueurs

 

Il n’en est pas de même pour les sièges à la chambre haute (Amyotha Hluttaw) et dans les assemblées provinciales pour lesquels ont été introduits des désignations à la proportionnelle. C’est si vrai qu’à l’heure de l’énoncé de tous les élus à la chambre basse de la phase 1, le succès d’un seul élu seulement de la seconde assemblée nationale avait été proclamé. Il appartient au Parti national Wa et concourrait sans rival dans sa circonscription. Il nous faut donc patienter encore un peu pour disposer d’une vue d’ensemble du rendu des quatre scrutins qui se sont tenus simultanément le 28 décembre. Jusqu’à l’avant-veille de la deuxième votation, l’UEC a poursuivi la publication quotidienne des nouveaux parlementaires. Désormais, on connait les noms de 44,1% des députés à la chambre basse. Surprise, c’est 14,7% de plus que « prévu ».

 

Sans le dire explicitement, il semble que l’UEC ait décidé d’annoncer des résultats là où un seul candidat est en lice lors des 2ème et 3ème phase du scrutin

 

Il est vrai que le code électoral offre la possibilité de proclamer la victoire d’un candidat s’il n’y a qu’une personne en course. Il est toutefois étrange d’affirmer que les élections du 28 décembre se sont déroulées dans 102 townships et diffuser au même moment par communiqués officiels les noms de 117 parlementaires pour une assemblée qui compte un élu par township. Il est tout aussi incongru de laisser inchangé le nombre des townships restants à consulter les 11 janvier (100) et 25 janvier (63).

 

Nombre de circonscriptions dont le résultat a été annoncé alors que les scrutins sont prévus en janvier 2026

 

États et régions

Nombre de circonscriptions concernées

Sagaing

+6 (+50%)

Shan

+3 (+25%)

Tanintharyi

+3 (+75%)

Kachin

+2 (+33,3%)

Magway

+1 (+11,1%)

2 Etats et 3 régions

+15 (+4,5%)

 

L’USDP s’impose sans partage à l’assemblée du peuple

 

103 des 117 premiers élus appartiennent au parti dirigé facialement par le général Khin Yi. Autrement dit, à l’issu du scrutin du 28 décembre la formation politique la plus proche du général Min Aung Hlaing a emporté 88% des sièges en jeu à la chambre basse. 38,8% de tous les membres du parti engagés dans la campagne 2025 – 2026 sont donc d’ores et déjà assurés de se retrouver à Nay Pyi Taw sur les bancs du Pyithu Hluttaw. Par conséquent, on peut dire qu’avant même la deuxième phase d’un scrutin qui en comptera trois, le chef de la junte contrôle d’ores et déjà 48% des sièges de la chambre basse.

 

Résultats proclamés par la Commission électorale de l’Union pour la chambre basse (Pyithu Hluttaw)

 

Etats et régions

Dates de l’annonce du résultat 

Nombre de circonscriptions

Partis vainqueurs

Nombre de sièges

Ayeyawady

4 janvier

8

USDP

NUP

7

1

Bago

3 janvier

8

USDP

8

Chin

2 janvier

2

USDP

2

Kachin

2 janvier

2 janvier

3

5

USDP

USDP

3

5

Kayah

2 janvier

2

USDP

2

Kayin

2 janvier

3

USDP

3

Magway

2 janvier

3 janvier

1

9

USDP

USDP

NUP

1

8

1

Mandalay

3 janvier

8

USDP

8

Mon

2 janvier

5

USDP

MUP

4

1

Nay Pyi Taw

2 janvier

8

USDP

8

Rakhine

3 janvier

3

USDP

RNP

2

1

Rangoun

3 janvier

12

USDP

12

Sagaing

2 janvier

3 janvier

6

12

USDP

USDP

NNP

SSP

6

7

4

1

Shan

2 janvier

4 janvier

3

12

USDP

SNDP

USDP

SNDP

PNO

2

1

8

1

3

Tanintharyi

2 janvier

3 janvier

3

4

USDP

USDP

3

4

Total

117

UDSP

MUP

NNP

NUP

PNO

RNP

SNDP

SSP

103

1

4

2

3

1

2

1

 

Comme prévu en termes de rapports de force, tout est joué pour la législature (2026 – 2030) voulue par le régime militaire dès la phase 1 de la votation. Aucun des partis engagés n’est et ne sera en situation de rivaliser avec l’USDP. Un seul des 5 partis nationaux en « rivalité » avec l’USDP a emporté un siège : le Parti démocratique des nationalités Shan (SNDP). Les 6 autres partis ayant de 1 à 4 élus sont tous des formations régionales.

 

Lors de la Phase 1, l’USDP a obtenu 7,3 fois plus de députés que les 7 autres partis ayant au moins un parlementaire

 

Dans 60% des États et régions, l’USDP s’est saisi de 100% des sièges. Ce grand chelem est même définitif pour ce qui concernent la province de Nay Pyi Taw et l’État Chin. Il n’a pas seulement été emporté en pays bamar, notamment dans ses principales subdivisions urbanisées (Mandalay, Nay Pyi Taw, Rangoun) mais également dans 4 États ethniques où des conflits armés font rages (Chin, Kachin, Kayah, Kayin).

 

Le 28 décembre, dans tous les Etats et dans toutes les régions, l’USDP est donc sorti en tête en nombre de sièges. Il semble toutefois que plusieurs de ces victoires aient été emportées au forceps et uniquement grâce aux votes anticipés. Les fraudes ont touché tous les États et toutes les régions. Elles ont été de surcroît très massives. Dans leur ensemble, elles portent atteintes à la sincérité du vote, tant pour les élus désignés par le suffrage uninominal à un tour que pour ceux choisis à la proportionnelle. Par conséquent, elles peuvent être considérées comme ayant été de nature systémique. A l’échelle nationale, près d’un vote sur cinq attribué à l’USDP a été exprimé par anticipation.

 

Exemples d’inversion du résultat après la prise en compte des votes anticipés

 

États et région

Circonscriptions

% des votes anticipés

Progression USDP grâce aux votes anticipés

Rapport en voix UDSP – rival numéro 1

Chin

Tedim

25,3 %

+ 49,2 %

2 fois plus (ZNP)

Kayin

Hpa An

13,6 %

+ 28,1 %

6 fois plus (KNDP)

Rakhine

Kyaukphyu

30,6 %

+ 90,7 %

11,4 fois plus (AFP)

Shan

Muse

8,1 %

+ 15,4 %

6,5 fois plus (SNDP)

Tanintharyi

Myeik

8,7 %

+ 18,5 %

15,8 fois plus (PP)

 

En d’autres termes, dans plusieurs circonscriptions, les votes falsifiés ont changé le résultat final. Les victimes de ce bourrage des urnes ont été autant des partis nationaux (ex. Parti populaire (PP)) que des formations politiques régionalistes (ex. Kachin, Karen, Shan-ni, Zomi…).

 

La distorsion est telle qu’à l’heure actuelle la deuxième formation politique nationale la mieux dotée en sièges est le très petit Parti national naga (NNP). Cependant, il ne détient que l’équivalent de 3,8% des sièges conquis par l’USDP. Le bourrage préemptif des urnes a été tel qu’il provoque la colère de plusieurs dirigeants nationaux. Au moins trois leaders de partis (Parti pour le développement des agriculteurs de Birmanie (MFDP), PP, SNDP) auraient pris leur plume le 1er et 2 janvier pour notifier leurs mécontentements à l’UEC mais aussi au chef de la junte.

 

Certains iraient même jusqu’à envisager de se retirer du processus électoral si les « errements » constatés durant la phase 1 ne sont pas corrigés rapidement, notamment lors de la phase 2 des votations. Le mécontentement est d’autant plus fort qu’aucune formation politique n’a su et pu profiter de votes utiles anti-USDP à l’échelle nationale et/ou des États et régions.

 

Bien que l’UEC ne semble pas vouloir enquêter sur les cas signalés (n.b. le nombre de circonscriptions faisant l’objet de recours n’a pas été révélé) et adapter ses procédures, la menace brandie par plusieurs des formations politiques a suscité de la part du régime militaire plusieurs contre-feux. Manifestement, Nay Pyi Taw n’avait pas envisagé jusqu’ici que les formations politiques engagées dans les élections de décembre – janvier puissent récriminer publiquement et en pleine campagne électorale de second tour. C’est ainsi que le 2 janvier l’UEC a publié un « Avis public sur le vote anticipé » rediffusé dans la presse dès le samedi 3, insistant sur la « transparence » des dépouillements des bulletins reçus antérieurement au scrutin du 28 décembre (ex. déplacés intérieurs, détenus, étudiants, expatriés à l’étranger, patients hospitalisés, soldats déployés sur des théâtres d’opération…).

 

S’il est mis en avant la présence de scrutateurs des formations politiques voire des citoyens (1544), il semble bien que ce soit loin d’avoir été le cas partout. Les chefs du SNDP, du PP et du Parti national de l’Arakan (ANP) le disent d’ailleurs urbi et orbi alors même qu’ils encourent des poursuites devant les tribunaux pour de tels propos contestant la bonne tenue des élections. D’une certaine manière, le président de l’UEC a rappelés tout le monde à l’ordre lors d’une réunion organisée de manière précipitée le 5 janvier et à laquelle assistaient 47 formations politiques sur les 51 en lice. Il y a été rappelé que les critiques de candidats et/ou partis rivaux ne sont pas les bienvenues.

 

Pour preuve que le scrutin s’est bien déroulé jusqu’ici, la propagande de la junte s’emploie activement à souligner que les votations ont reçu une évaluation positive des observateurs internationaux. La veille du deuxième scrutin le journal d’Etat (The Global New Light of Myanmar) en a même fait son titre de Une, contrevenant par là même à la règle du silence partisan imposée par la loi pour les journées précédant les votations. L’obsession de la reconnaissance internationale de la junte est telle que la communication du régime n’a eu de cesse depuis le 4 janvier, date du 78ème anniversaire de l’indépendance, de mettre en avant les messages amicaux d’États tiers.

 

39 extraits de courriers de chefs d’État, de premiers ministres et ministres des affaires étrangères ont été ainsi mis en lumière, mais dont un sur cinq est russe ou biélorusse. On y trouve pêle-mêle le secrétaire général de l’ASEAN et les responsables de 16 nations dont un quart est issu des pays de l’ex-URSS. C’est dire le caractère géographiquement étroit des soutiens apportés au général Min Aung Hlaing et à son régime. Qu’à cela ne tienne, le ministère des affaires étrangères de Nay Pyi Taw a, lui, tenu à mettre en avant le 9 janvier que dorénavant la Birmanie entretiendra des relations diplomatiques avec la Somalie, faisant de l’État de la corne de l’Afrique un 127ème partenaire sur les 193 États-membres que compte l’ONU.

 

François Guilbert

 

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