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BIRMANIE – POLITIQUE : Le général Min Aung Hlaing au cœur des manœuvres politiques post-électorales

Date de publication : 02/02/2026
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Min Aung Hlaing

 

Une chronique birmane de François Guilbert

 

Après les trois échéances de votation (28 décembre, 11 et 25 janvier), il peut être tentant de considérer les élections générales du régime militaire comme achevées. Son parti relais (USDP) a, selon la Commission électorale de l’Union mise sur pied par les généraux putschistes, triomphé. Selon des résultats encore partiels, il a emporté pour la chambre basse (Pyithu Hluttaw) 87,2 % des sièges le premier jour de scrutin, 86 % au second et 92,6 % au troisième. A la chambre haute (Amyotha Hluttaw), les résultantes sont moins spectaculaires (67,7 % ; 71 % ; 69 %) mais elles lui assurent une majorité plus que confortable au parlement de l’Union (Pyidaungsu Hluttaw) appelé à désigner le président de la République en mars.

 

L’USDP est sans rival national et provincial

 

La mainmise de l’USDP sur les assemblées est totale. Chez les députés, il a emporté 33,1 fois plus de sièges que le deuxième parti sorti vainqueur (Parti démocratique des nationalités Shan (SNDP)). A la haute assemblée, le rapport est quelque peu différent. Néanmoins, l’USDP aura 6,75 fois plus d’élus que le Parti de l’unité nationale (NUP), l’ex parti du dictateur Ne Win renversé en 1988. Autrement dit, à l’échelle du parlement de l’Union, l’USDP aura dix fois plus de votants que les cinq autres partis ayant concouru contre lui dans tout le pays.

 

Signe d’une élection confisquée et non réellement multipartite, les formations politiques héritières directes des régimes militaires ayant gouverné la Birmanie depuis le début des années 60 sont appelées à détenir lors de la législature 2026 – 2031, 95,2 % des mandats nationaux ouverts à des candidats civils. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les arènes nationales birmanes seront pro-militaires. Et ce n’est pas fini : le chef de la junte doit encore désigner 25 % des élus nationaux et provinciaux.

 

Le général Min Aung Hlaing va encore renforcer sa main dans les parlements

 

En vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par la Constitution de 2008, le commandant-en-chef des services de défense se doit désormais de choisir dans les rangs des forces de défense et de sécurité un quart de tous les parlementaires : 110 personnels des corps d’active pour la Pyithu Hluttaw, 56 pour l’Amyotha Hluttaw, 84 pour les assemblées provinciales des 7 Etats et 136 pour celles des régions. Au total, le général Min Aung Hlaing s’apprête donc à faire parlementaires 386 hommes et femmes de moins de 60 ans. Le chiffre pourrait être toutefois revu à la baisse de quelques unités puisque 63 circonscriptions n’ont pu être consultées.

 

Si le chef de l’armée respecte le ratio d’un militaire pour quatre députés élus au suffrage universel direct, il ne devrait nommer que 87 à 88 personnes à la Pyithu Hluttaw ; ce cénacle comptera alors autour de 350 membres. Il pourra toutefois être complété à partir 2027 si de nouveaux scrutins s’avèrent possibles dans les circonscriptions qui en ont été privées en décembre – janvier.

 

En attendant cette échéance, le général Min Aung Hlaing, s’il devient président de la République dans quelques semaines, aura aussi la possibilité de nommer les 14 Chiefs Ministers (gouverneurs) des États et régions. La constitution lui en donnera le droit. On sait néanmoins qu’il est favorable à ce que ceux-ci soient élus directement par les parlements provinciaux. Il n’a d’ailleurs pas hésité à porter cette idée en pleine campagne électorale en 2020. Reste à savoir s’il voudra attendre la réforme constitutionnelle ou s’il souhaitera nommer au lendemain de sa prise de fonction ses personnages clés dans la gestion des territoires.

 

La campagne électorale n’a pas suspendu les nominations aux plus hautes fonctions de l’appareil de l’État

 

Depuis le 28 octobre, les instances de gouvernement nationales et provinciales n’ont pas cessé de voir leurs titulaires changés. Le ministre en chef de l’Etat Kayah a été remplacé le 30 décembre. En janvier, le ministre de l’Intérieur a été changé mais également les vice-ministres des transports et communications, de l’industrie et des affaires intérieures ; leur collègue en charge de l’énergie ayant, lui, pris ses fonctions le mois précédent.

 

A cette liste, on peut ajouter les successions opérées à la tête des deux ambassades les plus importantes (Moscou, Pékin), confiées il y a quelques jours à deux officiers généraux de l’armée de l’air ou encore à la direction du principal opérateur public du gaz et pétrole MOGE (31 janvier). Autant de mouvements qui laissent à penser que le général Min Aung Hlaing n’a de cesse de bâtir un tissu relationnel à sa main pour continuer à gérer l’État. Il n’entend pas lâcher prise, même en attendant quelques semaines son accession de jure aux plus hautes fonctions exécutives.

 

Pour mener à bien, cette stratégie d’accaparement de tous les leviers, le général Min Aung Hlaing s’appuie aujourd’hui sur le Conseil national de défense et de sécurité (NDSC) qu’il préside de facto. Non seulement présentement le NDSC est l’organe dit de transition vers le gouvernement qui sera constitué officiellement par le parti vainqueur des élections générales mais, demain, il demeurera la clé de voûte de l’influence de l’armée sur les institutions de l’Union. C’est pourquoi, le général Min Aung Hlaing en tant que commandant-chef des services de défense en exercice et putatif chef de l’État, il ne peut que s’intéresser à sa composition future. Le numéro 1 de la junte a été l’organisateur en chef des élections générales mais il est aussi celui de leur suivies.

 

Le général Min Aung Hlaing va peser de tout son poids politico-militaire sur le reformatage du Conseil de défense et sécurité nationale

 

Même si les 4 ministres régaliens (affaires étrangères, défense, frontières, intérieur) demeurent en fonction dans le gouvernement appelé à être formé en avril, 5/6 personnalités nouvelles sont susceptibles de faire leur entrée au NDSC : les deux nouveaux vice-présidents de la République, les deux nouveaux présidents des assemblées parlementaires nationales et/ou les nouveaux commandant-en-chef de l’armée ou chef de l’État, selon le poste qu’occupera prochainement le général Min Aung Hlaing.

 

On ne peut exclure qu’il n’exerce aucune de ces fonctions. Les jeux de pouvoir au sein de l’armée sont extrêmement opaques mais rares sont ceux qui imaginent le leader des putschistes de 2021 passer totalement la main. Autrement dit, au minimum 45 % des membres statutaires du NSDC sont appelés à avoir de nouveaux titulaires. A ceux-ci s’ajoute la délicate succession du puissant directeur de son exécutif le général Aung Lwin Dwe, aujourd’hui élu de Nay Pyi Taw à la chambre haute et dont la rumeur fait l’un des possibles présidents de l’Amyotha Hluttaw.

 

Commandant-en-chef, un poste à prendre ?

 

L’USDP dont il a pris de facto la main depuis 2022 et ses nombreux élus à la Pyithu Hluttaw peuvent le faire chef de l’État le mois prochain. Dans cette perspective, désignera-t-il son successeur alors qu’il est encore commandant-en-chef des services de défense ou attendra-t-il de revêtir le costume de président de la République ?

 

C’est une situation institutionnellement inédite dans le cadre constitutionnel de 2008. Jusqu’ici les résultats des élections générales n’ont pas entraîné le départ du numéro 1 de la Tatmadaw, pas plus d’ailleurs que les scrutins de 1990 ou encore ceux des années 50 et 60. Le général Min Aung Hlaing a donc la main. Il l’a d’ailleurs sur deux autres pôles de pouvoir qui n’ont aucune existence formelle dans la constitution.

 

Le « prochain » président de la République n’a pas d’obligation de désigner un premier ministre (p.m. le général Nyo Saw a été élu à la chambre basse au titre d’une des circonscriptions de Rangoun. Certains commentateurs en font un candidat possible à la vice-présidence de la République ou la présidence de la Pyithu Hluttaw), de 2010 à 2021 le pays n’en a d’ailleurs pas eu. Il peut également mettre un terme à la Commission pour la sécurité de l’État et la paix (SSPC).

 

Cet organe « consultatif » mis en place en 2025 en vue des élections générales n’a pas vraiment de raison d’être, sauf à demeurer un lieu supra-gouvernemental de l’armée. Ses onze membres en sont tous issus. La SSPC sera-t-elle dissoute, dès ce semestre, ou verra-t-on s’y substituer une autre plateforme mais alors qu’elle serait son rôle au regard de la NDSC et du gouvernement ? Cet ordonnancement des affaires politico-militaire de l’Etat dépendra assez largement du bon vouloir du général Min Aung Hlaing voire d’une « co »décision avec son successeur facialement à la tête de la Tatmadaw.

 

Dans un tel contexte, les élections de 2025 – 2026 et leurs suites semblent avoir eu pour principale fonction de resserrer les rangs de l’armée et de l’appareil de l’État autour de la personne du général Min Aung Hlaing. Les changements de portefeuilles en cours au sein de la hiérarchie militaire, du gouvernement et de la haute fonction publique esquissent un pouvoir concentré entre les mains du principal instigateur du putsch d’il y a cinq ans. On est très loin d’un pouvoir partagé entre plusieurs militaires séniors de haut rang comme en 2010 et d’une transition inclusive ouvrant la voie aux réformes et à la paix dont le pays et ses habitants ont tant besoin. La centralité du général Min Aung Hlaing et l’expression grandissante dans l’espace public ces dernières semaines des voix les plus radicales de soutien à la junte s’avèrent dès lors très inquiétantes.

 

François Guilbert

 

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