
Le royaume de Thaïlande est une démocratie bousculée. Le nombre de coups d’État militaires, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, bat tous les records. Les épisodes sanglants n’ont pas manqué, avec leur lot de répression menée par l’armée, au service de S. M. le roi. Et pourtant, c’est une élection libre que le pays va connaître ce 8 février, avec deux scrutins parallèles.
Les électeurs thaïlandais voteront simultanément pour des élections législatives qui décideront du futur gouvernement, et pour un référendum qui dira si, oui ou non, l’actuelle Constitution doit être remaniée. Deux scrutins qui, bien sûr, n’ont pas échappé à certains maux de campagne, comme la profusion d’argent en circulation pour acheter des votes. Mais à l’aune de la région, nous pouvons l’écrire : les Thaïlandais seront libres de leur choix dans les urnes, ce qui est déjà énorme.
Reste à savoir, ensuite, ce que donneront les résultats, puis les pourparlers pour former un gouvernement. Il est assez peu probable qu’un seul parti obtienne la majorité absolue des sièges à la Chambre des représentants, même si le Parti du peuple – couleur orange – rêve d’infliger une raclée aux autres formations. Le réalisme l’emportera alors sur les espoirs, et les pressions en coulisse seront fortes pour contenter l’armée, toujours dans l’ombre. Soit. Mais là aussi, regardons les faits : la démocratie thaïlandaise, même encadrée, demeure vivante.
Ce 8 février témoigne donc de ce que ce royaume, jamais colonisé, démontre depuis des décennies : une transformation politique sous surveillance, mais réelle. Une progression des libertés individuelles. Un sens de la stabilité qui, il est vrai, est exploité par tous ceux qui veulent préserver la monarchie et lui assurer un droit d’ingérence en politique. Faut-il s’en désoler ? Non. Il faut au contraire saluer ce pays politiquement en mouvement et en respecter les règles. La question du délit de lèse-majesté, véritable entrave au débat, ne doit pas faire oublier que, pour des millions de Thaïlandais, voter veut (au moins) dire quelque chose.
Chaque semaine, recevez notre lettre d’informations Gavroche Hebdo. Inscrivez-vous en cliquant ici.








