
Une chronique de Ioan Voicu, ancien Ambassadeur de Roumanie en Thaïlande
Après une série de réunions préparatoires en Malaisie en 2025, la retraite des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN s’est tenue pour la première fois en 2026, le 29 janvier, à Cebu City, aux Philippines, sous la présidence philippine de l’ASEAN.
Le thème de l’année est « Construisons ensemble notre avenir. ». Ce thème est porteur de mobilisation pour une organisation dont la population totale en 2026 devrait se situer entre 705 et 709 millions d’habitants. Ce chiffre représente la population cumulée des 11 États membres actuels : l’Indonésie, la Thaïlande, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Singapour, le Brunei, le Cambodge, le Laos, la Birmanie et le Timor-Leste.
La réunion diplomatique de Cebu City a été qualifiée, dans une déclaration de la présidence, de franche, réfléchie et constructive, l’accent étant mis sur la continuité et le renforcement de l’unité et de la centralité de l’ASEAN. Un mot a été inscrit dans le document final de la réunion avec un C majuscule afin de souligner son importance particulière en 2026.
Une organisation dynamique
Dans ce bref compte rendu, nous ne pouvons aborder tous les points traités dans un document de sept pages et trente-deux paragraphes de fond. Nous nous efforcerons toutefois de mettre en lumière les aspects les plus importants par lesquels l’ASEAN souhaite affirmer sa présence diplomatique sur la scène internationale.
Il convient tout d’abord de souligner l’engagement commun et clairement exprimé de l’ASEAN à maintenir et à promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité dans la région, ainsi qu’à privilégier le règlement pacifique des différends, notamment par le plein respect des procédures juridiques et diplomatiques, sans recourir à la menace ni à l’emploi de la force, conformément au droit international.
À cet égard, l’ASEAN a réaffirmé son ferme engagement en faveur du régionalisme et du multilatéralisme, ainsi que de sa centralité dans l’architecture régionale en évolution. Elle a souligné l’importance du respect du droit international, des valeurs et des normes partagées, notamment celles inscrites dans la Charte des Nations Unies, la Déclaration sur la zone de paix, de liberté et de neutralité (ZOPFAN), le Traité d’amitié et de coopération en Asie du Sud-Est (TAC), la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 (CNUDM), le Traité sur la zone exempte d’armes nucléaires en Asie du Sud-Est (Traité SEANWFZ), la Déclaration de 2011 issue du Sommet de l’Asie de l’Est sur les principes de relations mutuellement bénéfiques et la Vision de l’ASEAN sur l’Indo-Pacifique (AOIP).
Dans ce document programmatique, les participants se sont félicités de l’adoption de la Vision de la Communauté de l’ASEAN (ACV) 2045 et de ses plans stratégiques, et ont noté que 2026 marque le début de sa mise en œuvre.
Le thème annuel déjà annoncé, « Construisons ensemble notre avenir. », doit être compris et interprété concrètement à la lumière de ses trois grandes priorités : les piliers de la paix et de la sécurité, les corridors de prospérité et l’autonomisation des populations, qui s’inscrivent dans les objectifs de la construction de la Communauté de l’ASEAN.
Concernant l’ASEAN, il convient de souligner la participation pleine et entière du Timor-Leste, pour qui 2026 marque la première année en tant que membre à part entière. L’organisation a réaffirmé son engagement à accompagner son intégration dans l’ensemble de ses mécanismes et processus.
L’année 2026 marquant le 50e anniversaire du Traité d’amitié et de coopération en Asie du Sud-Est (TAC), l’ASEAN a réaffirmé les valeurs communes inscrites dans les principes du TAC et renouvelé son engagement collectif en faveur de la coexistence pacifique, du respect mutuel et d’une coopération mutuellement avantageuse.
Concernant l’adhésion future au TAC, l’ASEAN a pris note des candidatures en cours de la Slovénie, de l’Autriche et de la République slovaque à ce traité multilatéral et attend avec intérêt l’achèvement des étapes nécessaires à leur adhésion. Dans le même contexte, le Secrétariat de l’ASEAN a recommandé d’examiner favorablement la candidature de la Belgique.
Le document examiné souligne également la pertinence continue du Forum régional de l’ASEAN (ARF), principal forum régional de sécurité en Asie-Pacifique, visant à instaurer la confiance mutuelle, à promouvoir la diplomatie préventive, à développer les capacités et l’expertise, et à favoriser un dialogue et une coopération constructifs sur les questions politiques et de sécurité ainsi que sur les nouveaux défis d’intérêt commun, l’ASEAN jouant un rôle moteur.
L’évolution de la situation en Birmanie ne saurait être ignorée et l’ASEAN a réaffirmé que tout progrès politique significatif ne peut se réaliser que dans un climat de paix, de sécurité et d’inclusion, soutenu par la cessation des violences et un dialogue inclusif entre toutes les parties prenantes concernées.
Lors de la réunion de Cebu City, les participants ont également échangé leurs points de vue sur les principales questions régionales et internationales. Ils ont reconnu que le contexte mondial actuel est marqué par des pressions convergentes, notamment l’intensification de la compétition géopolitique, l’incertitude économique croissante et l’érosion des systèmes multilatéraux et de l’ordre international fondé sur des règles, du fait d’actions unilatérales. Ils ont noté que ces réalités sont aggravées par des défis transnationaux tels que le changement climatique, le mésusage des technologies émergentes, notamment l’intelligence artificielle, et d’autres risques sécuritaires de plus en plus complexes qu’aucun pays ne peut gérer seul.
Conclusion
Forte de ses réalisations passées, l’ASEAN devrait, en 2026, consolider son rôle de pôle de stabilisation et d’influence dans un Indo-Pacifique plus fragmenté, en renforçant sa cohésion interne, en défendant sa centralité et en obtenant des résultats plus concrets en matière d’intégration économique, de transition numérique et écologique, et de connectivité régionale.
Sur la scène internationale, l’ASEAN restera confrontée au défi de gérer la rivalité entre grandes puissances tout en préservant son autonomie stratégique, en renforçant sa coopération pragmatique avec ses partenaires et en évitant de se laisser enfermer dans des logiques de blocs.
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