
Les législatives anticipées du 8 février ont accouché, en Thaïlande, d’un résultat qui conforte la légitimité de la coalition au pouvoir. La récente guerre frontalière contre le Cambodge et l’incertitude économique générale ont favorisé le vote conservateur en faveur du Premier ministre sortant, Anutin Charnvirakul. Voici les trois premières leçons à tirer de ce vote.
Leçon 1 : Le parti Bhumjaithai légitimé comme force dominante
Le parti au pouvoir en Thaïlande, le Bhumjaithai, a déclaré sa victoire aux élections législatives de dimanche, avec une avance substantielle sur les partis d’opposition rivaux alors que le dépouillement approchait de sa phase finale, ce qui rend probable le maintien au pouvoir du Premier ministre Anutin Charnvirakul.
« Aujourd’hui, nous tous au sein du parti Bhumjaithai, et au nom du Bhumjaithai, souhaitons humblement vous remercier pour toutes les voix et tous les votes que le peuple thaïlandais nous a accordés afin que nous puissions accomplir nos devoirs en tant que représentants de chacun d’entre vous », a déclaré Anutin lors d’une conférence de presse en soirée.
Avant les propos d’Anutin, le principal parti d’opposition réformiste, le People’s Party, avait reconnu sa défaite. « Nous acceptons le résultat de l’élection : nous n’avons pas réussi à être le parti numéro un », a déclaré son dirigeant, Natthaphong Ruengpanyawut, lors d’une conférence de presse. « Nous saluons le système parlementaire et la décision du peuple. Si le Bhumjaithai parvient à former un gouvernement, nous sommes prêts à être dans l’opposition. »
À 1h05, avec 93 % des bureaux de vote ayant transmis leurs résultats, le Bhumjaithai était en passe de remporter plus de 190 des 400 sièges de circonscription en jeu, selon les données en temps réel de la Commission électorale. Ce chiffre dépasse largement les résultats du People’s Party et du Pheu Thai Party.
Leçon 2 : Le vote proportionnel favorable à l’opposition
Les législatives thaïlandaises se déroulent selon un mode de scrutin dual : d’un côté, des candidats élus dans chaque circonscription ; de l’autre, une liste élue à la proportionnelle.
Concernant les 100 sièges attribués à la représentation proportionnelle, le People’s Party (opposition, parti orange) a obtenu 27 % des voix, devant le Bhumjaithai avec 17 % et le Pheu Thai avec 16 %, selon le site de la Commission électorale.
Le People’s Party, successeur du désormais dissous Move Forward Party, avait remporté le plus grand nombre de sièges lors des élections précédentes en 2023, mais n’était pas parvenu à former un gouvernement. Cette fois-ci, il a atténué sa position auparavant intransigeante à l’égard des institutions exerçant une influence sur la politique thaïlandaise. Pita Limjaroenrat, qui dirigeait Move Forward lors des élections de 2023 et qui est désormais interdit d’activité politique, a participé aux rassemblements de campagne du People’s Party pour soutenir ses candidats.
La victoire du parti au pouvoir démontre son emprise sur le pays, en particulier dans le nord-est, acquis au Bhumjaithai et au Pheu Thai, héritier des Chemises rouges de Thaksin Shinawatra.
Leçon 3 : Une démocratie toujours sous surveillance
Environ 52,9 millions de personnes âgées de 18 ans ou plus étaient habilitées à voter dimanche dans plus de 99 000 bureaux de vote. Les électeurs ont chacun exprimé deux votes : l’un pour un candidat de circonscription et l’autre pour un parti. Le scrutin s’est clôturé à 17 heures.
Preuve néanmoins d’un certain degré d’ingérence, la Cour constitutionnelle a joué un rôle central dans cette élection anticipée, organisée après la décision d’Anutin de dissoudre la Chambre basse en décembre, et annoncée comme une lutte serrée entre les camps conservateur et progressiste.
Le parti du peuple, porté par le soutien des jeunes et des électeurs urbains, était en tête des sondages à l’approche de l’élection de dimanche. L’annonce de la Cour constitutionnelle sur le maintien des poursuites contre 44 de ses députés sortants, accusés de lèse-majesté, a toutefois démontré que cette formation demeure dans le collimateur de l’armée et des élites royalistes, laissant présager de nouvelles batailles juridiques.
Les résultats de l’élection ne déterminent pas immédiatement qui dirigera le pays. Pour élire un Premier ministre, au moins 251 membres de la Chambre basse doivent approuver le candidat lors d’un vote parlementaire.
Concernant la structure d’une coalition gouvernementale, Anutin a déclaré : « Nous devons attendre les résultats officiels de l’élection. Il reste suffisamment de temps pour des discussions internes au sein du parti, après quoi le parti engagera des pourparlers avec d’autres formations politiques. »
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