
La Thaïlande vient de vivre un séisme politique. Contre toute attente, le parti Bhumjaithai (BJT) est sorti grand vainqueur des élections législatives, remportant environ 193 sièges sur 500 à la Chambre des représentants selon les résultats officieux. Ce score, bien supérieur aux prévisions d’un Parlement fragmenté, marque l’émergence d’une véritable « vague bleue » et redessine profondément l’équilibre politique du pays.
Alors que de nombreux observateurs anticipaient un nouveau blocage institutionnel, ce résultat donne au parti d’Anutin Charnvirakul un mandat clair pour gouverner et réduit fortement la dépendance aux petits partis instables qui ont souvent paralysé les gouvernements thaïlandais.
Pour les investisseurs et les agences de notation, c’est une bonne nouvelle : la visibilité politique s’améliore, et les risques d’instabilité qui pesaient sur l’économie thaïlandaise diminuent nettement.
Deux scénarios de coalition
Deux grandes options se dessinent pour la formation du prochain gouvernement.
La première serait une large coalition réunissant Bhumjaithai, Pheu Thai et Kla Tham, totalisant plus de 320 sièges. Une telle majorité offrirait une stabilité politique solide pour plusieurs années et faciliterait l’adoption de réformes structurelles.
La seconde option serait un gouvernement plus resserré, autour de 280 sièges, mené par Bhumjaithai avec des partis plus petits, mais sans Pheu Thai. Cette formule serait plus vulnérable à une opposition combative regroupant Pheu Thai et le People’s Party, ce qui pourrait compliquer le travail parlementaire.
Un ministre clé pour rassurer les marchés
Les marchés financiers suivent également de près le retour attendu de Ekniti Nitithanprapas au poste de ministre des Finances et vice-Premier ministre. Son profil est perçu comme un gage de stabilité et de discipline budgétaire.
Ekniti est notamment connu pour son attachement au cadre budgétaire à moyen terme, avec une règle centrale : maintenir la dette publique sous le seuil de 70 % du PIB. Cela limite les dérives de dépenses excessives et rassure les créanciers du pays. Les analystes anticipent aussi une bonne coordination entre le gouvernement et la Banque de Thaïlande.
Un budget 2027 sans blocage en vue
Grâce à ce mandat clair, la préparation du budget 2027 devrait se dérouler sans heurts majeurs, contrairement à certains cycles précédents marqués par des retards et des blocages politiques.
Le gouvernement prévoit de s’appuyer sur le cadre de politiques appelé « 10 Plus », qui vise à soutenir l’économie par des mesures ciblées tout en restant dans les limites budgétaires. Cela permettra de maintenir les dépenses d’infrastructure et d’attirer les investissements étrangers, deux moteurs essentiels de la reprise économique.
Des risques financiers sous contrôle
À court terme, le risque d’une dégradation de la note souveraine de la Thaïlande apparaît limité. La victoire nette de Bhumjaithai réduit la prime de risque politique qui inquiétait les agences de notation.
À plus long terme, toutefois, tout dépendra de la capacité du nouveau gouvernement à mener des réformes structurelles, à relancer la croissance et à bâtir un plan crédible de consolidation budgétaire. L’augmentation de certaines taxes et le contrôle des dépenses restent politiquement sensibles, mais ils seront incontournables pour préserver la santé financière du pays.
En résumé, la « vague bleue » de Bhumjaithai ne change pas seulement la carte politique de la Thaïlande : elle ouvre aussi une fenêtre de stabilité et de prévisibilité économique rare dans l’histoire politique récente du royaume — une évolution que les marchés et les investisseurs accueillent avec soulagement.
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