
Gavroche a sélectionné pour vous quelques nouvelles saillantes en Birmanie durant cette semaine écoulée. Un survol de l’actualité indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à ce pays d’Asie du Sud-Est.
Politique, Diplomatie
À l’issue d’un scrutin organisé en trois phases en Birmanie entre décembre 2025 et janvier 2026, le Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP), soutenu par l’armée, a remporté une victoire écrasante avec 739 des 1 025 sièges en jeu, soit plus de 72 % du total. L’élection, organisée dans 263 municipalités, s’est déroulée sans la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) d’Aung San Suu Kyi, dissoute par la junte militaire. Le chef du régime, le général Min Aung Hlaing, a annoncé un taux de participation officiel de 54,22 %, représentant 13,13 millions de votants sur 24 millions d’inscrits. Toutefois, plusieurs partis d’opposition autorisés ont dénoncé de graves irrégularités, notamment des manipulations liées au vote anticipé. Le Parti de l’unité nationale (NUP), arrivé en deuxième position avec 68 sièges, ainsi que le People’s Party, dont le dirigeant n’a pas été élu, ont publiquement contesté la crédibilité du scrutin.
La Chine a réaffirmé son soutien au récent processus électoral en Birmanie, saluant la victoire écrasante de l’USDP, le parti proche de l’armée. Par cette prise de position, Pékin confirme sa volonté de préserver et de consolider ses priorités stratégiques dans le pays, malgré les critiques internationales entourant le scrutin.
Le 4 février 2026, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) a annoncé ne pas reconnaître la légitimité des élections organisées en trois phases. L’organisation a estimé que ce scrutin, marqué par l’exclusion des principaux partis d’opposition et un climat de violence, ne respectait pas les engagements du « Consensus en cinq points ». Cette position constitue un revers diplomatique pour le régime, qui espérait obtenir une normalisation de ses relations régionales à l’issue du processus électoral.
Min Aung Hlaing, a promulgué mercredi une loi instituant un « Conseil consultatif de l’Union » composé de cinq membres, chargé de superviser à la fois le gouvernement, l’armée, la sécurité nationale et le processus législatif. Cette nouvelle structure lui permet de conserver le contrôle du pouvoir sans occuper formellement la présidence. Selon Naing Min Khant de l’Institute for Strategy and Policy (ISP-Myanmar), ce conseil constitue un « super-organe » destiné à s’imposer au-dessus des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, marquant un tournant institutionnel majeur dans l’architecture du régime.
Le président américain Donald Trump a prolongé d’un an le cadre juridique permettant d’appliquer des sanctions contre la junte militaire, telles que l’interdiction de la vente de carburant d’aviation et la mise sur liste noire de banques partenaires du régime. En affirmant que la situation actuelle représente toujours une menace pour la sécurité nationale des États-Unis, l’administration Trump a également approuvé une enveloppe de 121 millions de dollars d’aide humanitaire, tout en précisant rigoureusement qu’aucun fonds ne sera versé aux militaires. Ce budget, qui rétablit une partie de l’aide précédemment suspendue via l’USAID, sera acheminé par les frontières thaïlandaise et indienne pour soutenir les initiatives démocratiques, les victimes de crimes atroces et les prisonniers politiques, confirmant ainsi que Washington refuse de normaliser ses relations avec le pouvoir en place à Naypyitaw malgré les pressions des lobbyistes.
Lors d’un gala à Rangoun le 5 février 2026, le ministre Nyo Saw a vivement loué les liens fraternels entre la Birmanie et Pékin, soulignant la dépendance croissante de la junte envers son voisin. En rappelant les accords de stabilité régionale conclus entre Min Aung Hlaing et Xi Jinping en 2025, le chef du gouvernement a remercié la Chine pour son « soutien constructif » sur la scène internationale, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU, et pour son intervention diplomatique ayant freiné l’avancée des groupes armés ethniques. La présence de l’ambassadeur chinois Ma Jia, venu féliciter personnellement le président de l’USDP pour sa victoire électorale contestée, confirme le rôle central de Pékin comme protecteur et partenaire privilégié.
À la suite d’une visite à Pékin, le secrétaire du Conseil de sécurité russe, Sergueï Choïgou, s’est rendu à Naypyitaw pour signer un pacte de sécurité de cinq ans avec le général Min Aung Hlaing, consolidant ainsi l’alliance stratégique entre Moscou et la Birmanie. Cet accord militaire, dont les détails suggèrent un renforcement des transferts de technologies et de la maintenance de l’armement lourd (avions de chasse et hélicoptères), confirme le rôle de la Birmanie comme point d’ancrage stratégique pour Moscou en Asie du Sud-Est, alors que les généraux s’apprêtent à entamer une transition politique post-électorale.
Économie
La Birmanie et la Chine ont officiellement lancé l’Association de promotion du commerce et des investissements Birmanie-Chine (MCITP), une nouvelle plateforme destinée à renforcer leurs échanges économiques. Soutenue par l’ambassadrice chinoise Ma Jia, qui y voit un « stabilisateur » pour l’économie birmane, l’initiative vise à attirer jusqu’à 500 milliards de dollars d’investissements chinois d’ici 2030. Alors que les capitaux occidentaux se retirent sous l’effet des sanctions internationales, ce projet illustre l’intégration économique croissante de Naypyidaw dans l’orbite de Pékin.
La Birmanie a presque doublé les tarifs d’électricité pour les usines de Rangoun, fixant le prix à 900 kyats par unité contre 500 pour le secteur commercial, en échange d’un approvisionnement continu garanti. Ce courant provient de la réactivation de centrales de gaz naturel liquéfié (GNL) à Thanlyin et Thaketa, autrefois gérées par un partenariat avec Hong Kong, et désormais opérées par une entité baptisée Everest Energy Solution Ltd. Bien que le ministre de l’Énergie, Nyan Tun, affirme que cette production de 500 MW dopera la productivité industrielle, les entrepreneurs craignent une hausse inévitable des prix des produits finis et s’interrogent sur la rentabilité de ce tarif face au coût élevé du diesel pour générateurs. Alors que le régime vante une capacité théorique de plus de 6 700 MW, la production réelle plafonne à 3 000 MW, forçant le pays à prévoir l’importation de 0,4 million de tonnes de GNL de Malaisie pour l’année 2026 afin de maintenir ces zones industrielles sous tension.
Une délégation birmane, conduite par le vice-ministre du Travail U Win Shein, a participé au Forum de haut niveau de l’ASEAN sur le travail décent dans l’économie de plateforme, tenu du 3 au 5 février 2026 à Cebu, aux Philippines. Lors de ses interventions, le vice-ministre a souligné que l’essor des emplois numériques constitue une source de revenus cruciale pour la jeunesse et les femmes en Birmanie, tout en précisant que le ministère du Commerce élabore actuellement la « Feuille de route pour l’économie numérique 2030 ». Bien qu’il ait reconnu les défis majeurs liés aux cadres juridiques, à la protection des salaires et aux droits syndicaux, il a mis en avant la possibilité pour les travailleurs des plateformes de cotiser volontairement au système de sécurité sociale en vigueur depuis 2012.
Société/Répression/Conflit
L’intervention stratégique de la Chine en faveur de l’armée birmane a brisé l’élan des Forces de défense du peuple (PDF) et de leurs alliés, les contraignant à abandonner leurs positions avancées aux portes de Mandalay, la deuxième ville de Birmanie. En exerçant une pression économique et militaire étouffante sur les groupes ethniques comme la TNLA et la MNDAA — incluant le blocage des frontières et l’arrestation de dirigeants —, Pékin a imposé des cessez-le-feu qui ont permis au régime de redéployer ses troupes et de mener une contre-offensive victorieuse. Ce revirement diplomatique et militaire, marqué par la restitution de villes clés comme Lashio et Mogoke au régime militaire, a coupé les lignes d’approvisionnement des rebelles et transformé leurs zones libérées en simples zones de guérilla.
La Birmanie a renforcé sa lutte contre la cybercriminalité en procédant, la semaine dernière, à l’arrestation de plus de 560 ressortissants chinois dans les zones reculées de Mongyai et Kunhing, dans l’État Shan. Ces opérations s’inscrivent dans la reconfiguration massive des réseaux d’arnaques en ligne, qui se sont fragmentés et dispersés après le démantèlement, en 2024, des grands empires criminels de Laukkai par les forces de la résistance. Depuis, ces groupes opèrent à partir de structures de fortune disséminées dans 34 municipalités de l’État Shan ainsi que dans des centres urbains majeurs comme Rangoun et Mandalay. La Chine a déjà engagé des poursuites contre 48 000 suspects rapatriés depuis le lancement de sa campagne en 2023, mais la découverte récente de plus de 75 nouveaux centres de fraude télécom illustre la capacité d’adaptation de ces syndicats criminels.
Lors d’une vaste opération menée le 31 janvier à Bavet, ville frontalière du Cambodge, les autorités ont interpellé plus de 2 000 ressortissants étrangers, dont près de 180 Birmans, dans un gigantesque complexe dédié à la cybercriminalité. Les témoignages recueillis font état de conditions de détention et de travail inhumaines : journées pouvant atteindre 20 heures, violences physiques et séquestration derrière des clôtures électrifiées. Alors que près de 1 000 ressortissants birmans attendent actuellement leur rapatriement, beaucoup redoutent leur retour, craignant d’être soumis à des interrogatoires du régime militaire à leur arrivée à Rangoun. D’autres préfèrent rester clandestinement au Cambodge ou tentent de rejoindre la Thaïlande afin d’échapper à la répression.
Le 5 février 2026, une frappe aérienne menée par deux chasseurs a frappé le monastère du village de Thit Say Kone, dans la municipalité de Taze (région de Sagaing), tuant six personnes, dont quatre jeunes novices. L’attaque, survenue en milieu de matinée, a également fait plusieurs blessés graves et causé d’importants dégâts matériels, les habitants locaux suggérant que l’armée aurait pu cibler le site après avoir confondu un garage automobile situé dans l’enceinte avec une clinique de la résistance. Ce drame s’inscrit dans une campagne de terreur aérienne dénoncée par le Gouvernement d’unité nationale (NUG), qui estime que plus de 4 750 frappes aériennes ont visé des civils depuis le coup d’État de 2021, causant la mort de plus de 5 000 personnes à travers le pays.
L’Union des étudiants Tai (Shan) a exigé la libération de neuf villageois détenus depuis le 3 février 2026 par le groupe armé ethnique MNDAA (Alliance démocratique nationale Birmane), à la suite de manifestations contre l’exploitation d’une mine d’or par des hommes d’affaires chinois dans le village de Wanse, près de Lashio. Les protestations, déclenchées par l’absence de consultation de la communauté locale et la confiscation de terres agricoles, ont été violemment réprimées par les soldats Kokang, qui ont arrêté initialement 36 personnes et ont été filmés en train de battre un homme menotté. Bien que le MNDAA ait officiellement rendu le contrôle urbain de Lashio à la junte sous la pression de Pékin, l’organisation maintient une présence militaire agressive dans les zones rurales environnantes pour sécuriser l’extraction des ressources, tout en menaçant les administrateurs locaux de représailles s’ils diffusaient des preuves de ces exactions sur les réseaux sociaux.
Les transporteurs routiers reliant Myitkyina à Putao, dans l’État de Kachin, dénoncent une hausse massive et coordonnée des taxes de passage imposées par la junte et la KIA en ce début de mois de février 2026. Les frais de péage pour un seul trajet atteignent désormais jusqu’à 4 millions de kyats pour les gros camions au niveau des sept postes de contrôle militaires, auxquels s’ajoutent environ 2 millions de kyats prélevés par la KIA à Teinyanzut, rendant l’activité économique quasi insupportable pour les chauffeurs. Cette extorsion routière systématique, couplée à des amendes arbitraires, a provoqué une explosion des prix des produits de première nécessité (riz, carburant, médicaments) dans les zones isolées du nord, où le coût de la vie devient prohibitif pour la population locale. Alors que le profit net par voyage s’effondre face aux coûts de maintenance et aux taxes, les chauffeurs alertent sur un risque imminent de rupture totale des chaînes d’approvisionnement si aucun allègement n’est consenti par les belligérants.
Chaque semaine, recevez notre lettre d’informations Gavroche Hebdo. Inscrivez-vous en cliquant ici.








