
Nous reproduisons ici le discours du représentant de la France aux Nations Unies, Jay Dharmadhikari.
New York, le 6 mars 2025
Je remercie Madame la Ministre des Affaires étrangères des Philippines et Envoyée spéciale de l’ASEAN, Mme Teresa Lazaro, dont je salue la présence parmi nous. Je remercie également l’Envoyée spéciale des Nations Unies, Madame Julie Bishop, pour vos exposés sur la situation en Birmanie.
Monsieur le Président,
1/. Cinq ans sont passés depuis le coup d’État brutal de la junte militaire en Birmanie, qui a renversé un gouvernement démocratiquement élu.
Depuis cinq ans, les aspirations démocratiques des Birmans sont piétinées. Depuis cinq ans, la junte multiplie les violations massives et systématiques du droit international, les bombardements indiscriminés contre les civils, les écoles et les hôpitaux. Depuis cinq ans, la Birmanie est devenue un épicentre de la criminalité transnationale organisée, déstabilisant la région et mettant en péril la paix et la sécurité internationales.
Alors que les violences se poursuivent dans le pays, l’organisation par la junte d’un simulacre d’élection en décembre et janvier derniers ne peut être qualifiée de processus démocratique. Soyons clairs : la France soutiendra toujours l’organisation d’élections lorsque celles-ci remplissent les critères de transparence, de liberté, d’inclusion et de crédibilité fixés par les normes internationales. Le processus organisé par la junte ne remplissait aucun de ces critères, comme l’ASEAN l’a indiqué elle-même. Pire, ce processus mettait en danger les citoyens birmans appelés à se rendre aux urnes alors que les hostilités se poursuivaient.
Monsieur le Président,
2/. Nos attentes sont claires : ce sont celles agréées par les parties dans le cadre du consensus en cinq points et entérinées par ce Conseil dans sa résolution 2669.
Premièrement, la cessation immédiate des violences et des bombardements, et l’instauration d’un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire. La France rappelle que le respect du droit international humanitaire est une obligation qui s’impose à toutes les parties.
Deuxièmement, le rétablissement de l’accès humanitaire à l’ensemble du territoire. Alors que seize millions de personnes ont besoin d’un soutien humanitaire à travers le pays, plusieurs millions en demeurent privés en raison du blocage des accès humanitaires par la junte. La poursuite du financement humanitaire est indispensable : la France et l’Union européenne y prennent toute leur part.
Troisièmement, un processus politique inclusif, commençant par la reprise des négociations entre toutes les parties en Birmanie et la libération de tous les prisonniers politiques. La libération de 7 300 personnes détenues arbitrairement par la junte est une étape notable mais insuffisante. La France appelle à la libération de la Conseillère spéciale de l’État, Daw Aung San Suu Kyi, du Président U Win Myint et des autres prisonniers détenus arbitrairement par le régime.
Quatrièmement, le respect des droits de l’Homme et la lutte contre l’impunité. La France soutient à cet égard le travail essentiel du Mécanisme d’enquête indépendant pour la Birmanie.
Cinquièmement, la fin des discriminations systémiques à l’encontre des Rohingyas. Un dialogue exigeant entre l’ensemble des parties et la résolution de la question de la citoyenneté sont indispensables pour créer les conditions d’un retour digne, sûr et volontaire des réfugiés.
Monsieur le Président,
3/. La France soutient les efforts de l’ASEAN en faveur d’une résolution durable de la crise.
Les États de la région jouent un rôle essentiel pour favoriser le dialogue et convaincre la junte d’enfin entamer un dialogue avec les concitoyens qu’elle prétend diriger. La France encourage la poursuite de la coopération entre la nouvelle Envoyée spéciale de l’ASEAN et l’Envoyée spéciale des Nations Unies. Elle se tient prête, en appui des efforts internationaux, à apporter sa contribution à une solution acceptable par toutes les parties engagées dans le règlement du conflit.
Ce Conseil doit poursuivre sa mobilisation en soutien à ces efforts de médiation. La Charte des Nations Unies lui confère la responsabilité de promouvoir la paix et la sécurité internationales. La France appelle tous les membres du Conseil à poursuivre leur engagement en faveur du règlement durable du conflit en Birmanie, aux côtés de l’ASEAN.
Je vous remercie.
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