
La guerre autour de l’Iran et les tensions au Moyen-Orient bouleversent les anticipations des marchés financiers. Selon le dernier rapport du comité d’investissement de Bank of America, l’évolution du prix du pétrole et la stabilité du détroit d’Ormuz constituent désormais les principaux facteurs susceptibles d’orienter les stratégies des investisseurs mondiaux.
Le pétrole, clé du scénario économique
Les analystes estiment que la principale menace pour l’économie mondiale reste une hausse durable du prix du brut. Si le pétrole se maintenait à des niveaux très élevés, autour de 120 dollars le baril, le risque d’un épisode de stagflation – croissance faible combinée à une inflation persistante – deviendrait beaucoup plus probable.
En revanche, une désescalade rapide du conflit iranien pourrait changer la donne. Une résolution diplomatique au printemps pourrait ramener les investisseurs vers ce que les stratégistes appellent le « nouveau cycle industriel », déjà perceptible en début d’année grâce au redémarrage de certains secteurs industriels et des matières premières.
L’histoire des marchés après les crises géopolitiques
Les périodes d’incertitude politique extrême précèdent souvent des retournements boursiers majeurs. Les analystes rappellent qu’après des pics comparables d’incertitude, l’indice S&P 500 a progressé en moyenne de 18 % dans les six mois suivants.
Dans ce contexte, certains secteurs défensifs apparaissent aujourd’hui surévalués, tandis que d’autres régions et segments de marché pourraient offrir des points d’entrée plus attractifs pour les investisseurs prêts à prendre du risque.
Le retour des actifs « réels »
Face à l’inflation et à la volatilité géopolitique, plusieurs stratégistes recommandent de renforcer l’exposition aux actifs liés à l’économie réelle. Parmi eux, l’analyste Michael Hartnett souligne que les tensions géopolitiques renforcent l’intérêt des matières premières, des actions internationales et des petites capitalisations comme instruments de protection contre l’inflation.
Dans le secteur énergétique, Jean Ann Salisbury estime que les infrastructures de transport d’hydrocarbures pourraient bénéficier d’un scénario « gagnant-gagnant » : des prix élevés stimulent la production, tandis qu’une baisse du brut améliore la rentabilité des réseaux de pipelines, notamment pour le gaz.
De son côté, Neha Khoda met en avant les opportunités dans le crédit privé, notamment les prêts senior et certains produits structurés, considérés comme plus résistants en période d’incertitude.
La fin du portefeuille classique ?
Pour de nombreux stratégistes, la crise actuelle confirme l’érosion du modèle traditionnel de portefeuille 60 % actions / 40 % obligations, fragilisé par la corrélation croissante entre les deux classes d’actifs dans un environnement inflationniste.
Dans ce contexte, les investisseurs cherchent davantage de diversification à travers les actifs réels : matières premières, infrastructures énergétiques, petites capitalisations industrielles ou encore dettes émergentes. Autant de pistes qui pourraient façonner la prochaine phase du cycle financier mondial, à condition que les tensions géopolitiques ne dégénèrent pas en choc pétrolier durable.
Gaston Baht
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