
La perturbation des approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL), liée aux tensions dans le détroit d’Ormuz, place le secteur énergétique thaïlandais sous pression. Si le risque de coupures d’électricité reste limité, l’impact économique pourrait rapidement se faire sentir, notamment sur les tarifs et les résultats des producteurs.
Un risque de pénurie écarté
Malgré l’arrêt des flux de GNL en provenance du Qatar, principal fournisseur dans le cadre des contrats de long terme, la Thaïlande dispose de marges de manœuvre. Le pays tire en effet 73 % de son approvisionnement en gaz de sources domestiques et de Birmanie, limitant sa dépendance aux importations.
Le mix énergétique repose majoritairement sur le gaz (63 %), complété par les renouvelables (22 %) et le charbon (13 %). En cas de tension sur le GNL, les autorités peuvent s’appuyer sur des alternatives, notamment l’hydroélectricité ou des centrales au charbon comme celle de Mae Moh Power Plant, qui représente jusqu’à 6,5 % de la demande de pointe.
Avec une marge de réserve électrique estimée entre 30 % et 40 %, le risque de blackout apparaît donc faible à court terme.
Des tarifs sous surveillance
La question clé concerne désormais le coût de l’électricité. Comme lors de la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine en 2022, le gouvernement devrait chercher à amortir le choc pour les consommateurs.
Les analystes anticipent un maintien du tarif autour de 3,88 bahts par unité, grâce à des subventions publiques et à l’intervention de l’Electricity Generating Authority of Thailand. Lors du précédent choc, l’État avait absorbé une grande partie de la hausse des coûts, avec un soutien estimé à 150 milliards de bahts.
Aujourd’hui encore, une partie du fardeau pourrait être reportée sur les finances publiques afin d’éviter une flambée brutale des factures.
Des impacts différenciés pour les énergéticiens
Si les consommateurs sont partiellement protégés, les producteurs d’électricité risquent en revanche de voir leurs marges comprimées. Les centrales SPP, très exposées aux clients industriels, sont les plus vulnérables, car elles ne peuvent pas répercuter intégralement la hausse des coûts du gaz.
Les groupes B.Grimm Power et Global Power Synergy apparaissent ainsi en première ligne. Selon les estimations, chaque hausse de 1 baht par mmbtu du prix du gaz pourrait réduire leur bénéfice net de respectivement 0,7 % et 0,4 %.
À l’inverse, Gulf Energy Development devrait mieux résister, grâce à une exposition plus limitée aux clients industriels et à des mécanismes de répercussion des coûts plus favorables.
Une facture énergétique en hausse
Les prix du gaz, actuellement compris entre 270 et 290 bahts par mmbtu, pourraient grimper jusqu’à 350 à 380 bahts, accentuant la pression sur l’ensemble du secteur.
Un équilibre fragile
Entre sécurité d’approvisionnement assurée et hausse des coûts inévitable, la Thaïlande navigue dans une zone d’équilibre délicate. Si le pays semble en mesure d’éviter une crise énergétique majeure, la question du partage de la facture — entre État, entreprises et consommateurs — reste entière dans les mois à venir.
Gaston Baht
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