
L’alerte monte autour du Mékong. Plusieurs organisations de la société civile signalent une augmentation progressive des métaux lourds, notamment de l’arsenic, dans certaines sections du fleuve au nord-est de la Thaïlande.
Réunis la semaine dernière dans la province de Loei lors d’un forum annuel dédié à la protection du Mékong, ces réseaux ont appelé les autorités à renforcer la surveillance et à enquêter sur une possible pollution transfrontalière liée à des activités minières en amont.
« La présence d’arsenic montre que le Mékong accumule lentement des métaux lourds sur toute sa longueur », a averti Montree Chantawong, coordinateur du groupe Mekong Butterfly. Selon lui, les premières études menées par des ONG pointent un risque croissant de contamination en provenance des pays situés en amont du fleuve.
Une contamination progressive
Les données disponibles suggèrent davantage une accumulation lente qu’un incident isolé. Des prélèvements réalisés l’an dernier dans plusieurs provinces riveraines — Bueng Kan, Nakhon Phanom, Mukdahan, Amnat Charoen et Ubon Ratchathani — ont révélé des concentrations d’arsenic proches du seuil de sécurité, sans toutefois le dépasser dans la plupart des cas.
Mais la tendance inquiète. Le Département de contrôle de la pollution (PCD) a commencé à surveiller l’arsenic dans le Mékong en 2022 sans détecter de traces initialement. La première alerte est apparue en août 2024, au moment même où une contamination similaire était signalée dans la rivière Kok, dans le nord du pays.
Depuis, certaines analyses ont montré des niveaux dépassant la limite de sécurité de 0,01 milligramme par litre dans certaines zones de la province de Bueng Kan, poussant les autorités à intensifier leur vigilance.
Des appels à renforcer la surveillance
Face à ces signaux, les organisations locales demandent un suivi plus rigoureux. Elles plaident pour des contrôles mensuels, contre des relevés actuellement effectués tous les trois mois, jugés insuffisants pour détecter rapidement les évolutions.
Elles réclament également un élargissement des dépistages sanitaires pour les populations riveraines, ainsi qu’une plus grande transparence dans la publication des données.
La piste de la pollution transfrontalière
En toile de fond, les regards se tournent vers les activités minières dans les pays voisins. Des exploitations mal encadrées, notamment en Birmanie et au Laos, sont régulièrement pointées du doigt comme sources potentielles de pollution du Mékong.
Selon des données du Stimson Center, des milliers de sites miniers sont recensés en Asie du Sud-Est, dont plusieurs centaines dans le bassin du Mékong. Certains ont déjà été associés à des problèmes de sédimentation et de dégradation de la qualité de l’eau en aval.
Un enjeu régional majeur
Pour les défenseurs de l’environnement, la situation dépasse le cadre thaïlandais. Elle pose la question de la gestion collective du fleuve et de la coopération régionale face à des risques sanitaires et écologiques croissants.
Sans action coordonnée, préviennent-ils, les populations vivant le long du Mékong pourraient subir à long terme les conséquences d’une pollution silencieuse mais persistante.
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