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BIRMANIE – POLITIQUE : Le général Min Aung Hlaing militarise l’appareil gouvernemental

Date de publication : 08/04/2026
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Min Aung Hlaing

 

Une chronique birmane de François Guilbert

 

Désigné président de la République mais pas encore investi – il le sera le 10 avril –, le général (cr) Min Aung Hlaing n’en a pas moins donné par écrit les contours de son gouvernement. Le 7 avril, il a communiqué l’architecture de son cabinet ministériel et soumis trente noms à l’approbation des parlementaires de l’Assemblée de l’Union (Pyidaungsu Hluttaw). Tout comme l’équipe sortante, 31 portefeuilles vont ainsi être pourvus.

 

40 % des ministres pressentis sont des généraux

 

Parmi ceux-ci figurent les deux hommes qui ont détenu le poste de ministre de la Défense du coup d’État de février 2021 à décembre 2024. Le général (cr) Tin Aung San prendra le portefeuille des Transports ; son prédécesseur, le général (cr) Mya Tun Oo, celui du Développement du numérique et des communications. À ceux-ci s’ajoutent les trois titulaires des ministères où la Constitution de 2008 prévoit que les titulaires soient des officiers désignés par le commandant en chef des services de défense (Affaires frontalières, Défense, Intérieur), mais également six généraux à la retraite.

 

Ils auront la charge du bureau du président (Aung Kyaw Ho) ; des Sciences et technologies (Dr Myo Thein Kyaw) ; de l’Agriculture, de l’Élevage et de l’Irrigation (Min Maung) ; des Coopératives et du Développement rural (Myo Zaw Thein) ; de la Planification, de l’Investissement et des Relations économiques extérieures (Khin Maung Yi) ; de la Protection sociale, des Secours et de la Réinstallation (Dr Soe Win) ou encore de l’Hôtellerie, du Tourisme et de la Culture (Khin Maung Myint). Quant au colonel de réserve Htein Lin, il sera, lui, responsable de l’Information.

 

Cette militarisation de l’appareil gouvernemental a pour conséquence de voir nombre de chefs de file frappés par des sanctions de la communauté internationale. Un tiers des ministres sont inscrits sur la liste des personnes soumises aux mesures restrictives prises par l’Union européenne depuis le putsch du général Min Aung Hlaing. Ce taux élevé de mises à l’index s’explique pour partie par le maintien des mêmes dirigeants à la tête des ministères. C’est également vrai pour plusieurs civils. Plusieurs d’entre eux sont en responsabilité depuis 2021-2022, à l’image du ministre de l’Industrie (Dr Charlie Than), de la Santé (la docteure Thet Khaing Win), des Finances (docteur Kan Zaw) ou de la procureure (Dr Thita Oo).

 

50 % des ministres sortants vont retrouver un portefeuille

 

Treize d’entre eux garderont la même charge (Affaires légales, Agriculture, Communication, Construction, Éducation, Énergie, Finances, Immigration, Industrie, Protection sociale, Religion, Santé, Sciences). Deux passeront d’une fonction à une autre. Le futur ministre du Bureau du président était précédemment au Travail, et celui de la Planification, de l’Investissement et des Relations économiques extérieures aux Ressources naturelles et à la Conservation de l’environnement. On notera que les ex-ministres de l’Information (général (cr) Maung Maung Ohn) et des Sports, de la Jeunesse, de l’Hôtellerie et du Tourisme (colonel de police Jeng Phang Naw Taung) ont, eux, gagné le Parlement. Le premier est désormais vice-président de l’Amyotha Hluttaw (chambre haute), le second vice-président de la Pyithu Hluttaw (chambre basse).

 

Néanmoins, des ajustements des périmètres de gouvernance vont être opérés. L’exécutif n’aura plus de Premier ministre, fonction qui n’existe d’ailleurs pas dans la Constitution de 2008. Les ministres rattachés au Bureau du président seront, eux, ramenés de quatre à un. Curieusement, le nom de son futur titulaire n’a pas été rendu public. Pourquoi ? Aucune explication n’a été donnée à la bizarrerie d’annoncer 30 candidats pour 31 portefeuilles.

 

Ces reconfigurations ne sont pas étrangères à la rhétorique du général Min Aung Hlaing et de l’USDP ces derniers mois. C’est dans cette logique que des ministères de plein exercice pour les Affaires féminines et la Jeunesse ont été créés. Il en est de même pour l’accent mis sur les petites et moyennes entreprises auprès du ministre de l’Industrie. Si un peu plus d’un cinquième des portefeuilles ministériels ont été renommés ou redistribués, c’est bien davantage la militarisation de la haute fonction publique, par le transfert massif de cadres venus de la Tatmadaw dans le reste de l’appareil d’État, qui influera sur les politiques publiques que quelques changements de dénomination et d’attributions.

 

Le remaniement gouvernemental ne fera guère de place aux cadres du parti relais de l’armée (USDP) et aux femmes

 

Seuls cinq hauts cadres de l’USDP feront leur entrée au gouvernement. C’est le cas de son vice-président, le général (cr) Myo Zaw Thein (ministre des Coopératives et du Développement rural), mais également des numéros un de la formation politique pour les régions de Bago (ministre des Sports) et de Rangoun (ministre du Travail). De manière générale, le président désigné a fait le choix de s’entourer d’hommes liges, souvent brutaux et dénoncés pour cela (ex. Défense, Intérieur), mais l’ayant suivi dès le début de son aventure putschiste, voire même avant, à l’image de l’ex-recteur de l’université de Mandalay.

 

Demain ministre des Sports, il dénonça de manière tonitruante, dès sa défaite électorale de novembre 2020, une fraude massive – non avérée – de la Ligue nationale pour la démocratie de Daw Aung San Suu Kyi. On notera d’ailleurs que, dans son premier train de nominations, le général (cr) Min Aung Hlaing s’est empressé de confirmer à leurs postes les hommes clés ayant légitimé son processus électoral : le président de la Commission électorale de l’Union (U Than Soe, installé en juillet 2025) et le président du Tribunal constitutionnel (U Tha Htay, mis en place en août 2023).

 

Depuis 2021, le généralissime a, de fait, pris pour habitude de remanier ses gouvernements par petites touches successives. Il en est une fois encore ainsi en avril 2026. Ces ajustements laissent toutefois peu de place à de nouveaux profils. En dépit des intentions affichées, ces derniers n’ont guère donné de place aux femmes. Elles sont peu nombreuses (10 %) et cantonnées au triptyque trop souvent fréquent : Éducation (Dr Chaw Chaw Sein), Santé (Dr Thet Khaing Win) et Affaires féminines (Dr Thet Thet Zin). On verra à l’usage si la création de ce dernier département ministériel est autre chose qu’un effet d’annonce. En attendant, une chose est sûre : le président n’a proposé aucune femme pour prendre la tête de l’un des quatorze gouvernements provinciaux.

 

Près de 80 % des chefs des gouvernements des États et des régions sont des officiers de l’armée ou de la police

 

Dans son souci de verticalisation de son commandement présidentiel, le général (cr) Min Aung Hlaing a pris soin de nommer huit soldats et trois policiers à la tête des gouvernements provinciaux (Ayeyarwaddy, Chin, Kayin, Môn, Rakhine, Sagaing, Shan, Tanintharyi / Bago, Magway, Rangoun).

 

Les « propositions » du chef de l’État ont été endossées par les parlementaires des sept États et sept régions sans débat ni opposition. Dans le cas de l’État Môn, un officier non élu, puisqu’appartenant au quota constitutionnel des 25 % de parlementaires désignés par le commandant en chef des services de défense, a même été nommé. Afin de resserrer plus encore son emprise sur les territoires avec des hommes de confiance, seuls 36 % des sortants ont vu leur mandat prolongé (Bago, Chin, Kachin, Kayin, Mandalay). C’est d’ailleurs parmi eux que figurent les deux seuls civils. L’un est un homme d’affaires kachin de l’USDP ; ironie tragique de l’histoire, il a succédé à son frère de la NLD arrêté au lendemain du coup d’État. L’autre est un fonctionnaire de la ville de Mandalay.

 

Si le général (cr) Min Aung Hlaing s’est soucié de verrouiller ses réseaux d’influence sur tous les gouvernements, tous les parlements et la haute hiérarchie de l’armée, c’est qu’il entend conduire seul les affaires du pays et s’en donne progressivement les moyens. D’ailleurs, plusieurs généraux de ses gouvernements successifs se voient désormais sans affectation (cf. Ko Ko Hlaing (Bureau du président), Maung Maung Aye (Défense), Yar Pyae (Affaires frontalières)). Ainsi, il vient de s’assurer d’une mainmise sans pareille dans l’histoire récente sur le Conseil national de sécurité et de défense (NDSC) qui, en temps de crise, comme ces cinq dernières années, s’avère un outil de gouvernance bien commode.

 

Sans paraître y toucher, le général Min Aung Hlaing vient de remodeler 82 % du Conseil national de sécurité et de défense

 

Le NDSC, qui a gouverné le pays depuis le putsch, n’a plus que des nouveaux visages. Le général Min Aung Hlaing est désormais le seul à en être demeuré membre. Tous les autres associés au coup d’État en ont été écartés d’une manière ou d’une autre. En effet, 10 des 11 membres ont été statutairement désignés en 2026. En janvier, quand le général Phone Myat est devenu ministre de l’Intérieur, il y est demeuré, puisque désormais ministre des Affaires frontalières. Tous les autres, parce qu’ils viennent d’accéder en mars et avril 2026 à des fonctions vice-présidentielles, parlementaires, ministérielles et aux deux plus hauts commandements de l’armée (généraux Ye Win Oo et Kyaw Swar Lin).

 

Le chef de l’État y a d’ailleurs placé huit hommes et une femme (Daw Nwe Nwe Saw, deuxième vice-présidente de la République) qui lui sont réputés parmi les plus fidèles. Mine de rien, le chef de l’État « entrant » vient de reformater complètement le groupe des personnalités chargées des responsabilités régaliennes. C’est ainsi qu’un nouveau ministre des Affaires étrangères vient lui aussi d’être nommé en la personne du général (cr) Tin Maung Swe. Cet officier fut dépêché de novembre 2022 à janvier 2026 à Pékin comme ambassadeur de la junte auprès de la Chine, de la Corée du Nord et de la Mongolie. Une promotion diplomatico-militaire qui n’aura pas manqué d’être notée à Pékin, voire à Moscou. Les deux capitales sont les deux plus fervents soutiens d’un régime militaire dirigé par des sexagénaires et septuagénaires déterminés à s’agripper coûte que coûte à la tête de l’État.

 

François Guilbert

 

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