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THAÏLANDE – CHRONIQUE : Que d’eau, que d’eau… Suk San Wan Songkran !

Journaliste : Patrick Chesneau Date de publication : 15/04/2026
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Une chronique de Patrick Chesneau

 

Songkran 2569, cuvée mémorable

 

สุขสันต์วันสงกรานต์ Suk San Wan Songkran – Joyeux Songkran. Cette exhortation bienveillante, on l’a entendue des centaines de fois depuis le début de la semaine. Au moment de tirer le rideau sur l’un des événements emblématiques du pays du sourire, arrêt sur image pour mieux comprendre ce qui s’est joué.

 

D’abord, souligner qu’il s’agit d’un rituel sacré dans le calendrier thaïlandais. Une immense pulsion de vie a retenti. Comme une pulsation qui émane de l’âme et irrigue les cœurs. Chaque année, à pareille date, une parenthèse de trois jours, du 13 au 15 avril, est ainsi dédiée à la joie partagée.

 

La fête procède d’abord d’une quête de spiritualité. Les Thaïs, bouddhistes à 90 %, se pressent dans les 40 000 temples rutilants du Royaume. C’est le temps de ทำบุญ tam boon, faire des mérites. Les dévots สรงน้ำพระ (prononcer song náam phra) versent délicatement de l’eau bénite sur les statues de Bouddha. Eau puisée dans des vasques parsemées de fleurs, très odoriférante. Expression d’un désir de purification.

 

En parallèle, une mosaïque de vibrations et de clameurs s’empare de tout le territoire. Une soif de bonheur difficile à étancher est explicitement revendiquée. สุขสันต์วันสงกรานต์ Pai len sat nam Songkran Vivons Songkran à fond ! Dans toutes les จังหวัด (jangwat, les provinces). Du Triangle d’Or de l’extrême nord aux îles paradisiaques du grand sud baignées par la mer d’Andaman, de la boucle du Mékong qui enlace l’Isaan au golfe du Siam après une halte conséquente à Bangkok, des foules compactes se pressent et chavirent, croulant sous les trombes d’eau.

 

C’est bien sûr la facette la plus visible des célébrations du Nouvel An thaï : les water fights, en sabir anglo-saxon. สงครามทางน้ำ Songkram taang nam Les batailles aquatiques.

 

Occasion d’une densité humaine renvoyant le mot promiscuité au rayon des vieilleries obsolètes. L’idée est celle de l’étreinte avec la marée charnelle. Masse de chair et de sueur. Un corps à corps ludique.

 

Des hordes dépenaillées mais hilares, au comble de l’allégresse, s’aspergent, s’éclaboussent, se douchent à ciel ouvert. Thaïs et touristes venus en nombre du monde entier, filles et garçons, trempés à l’unisson. Dénominateur commun : l’âge. Rarement plus de cinquante ans.

 

Pour les aînés, la tradition est familiale. C’est celle, dans les foyers, du รดน้ำดำหัว rót náam dam hŭa. Les enfants versent, à l’aide de coupelles, de l’eau sur les mains des parents et des grands-parents. Geste symbolisant la gratitude filiale. En retour, ceux-ci bénissent leur progéniture par une tendre pression sur le front.

 

Quelles que soient les générations, on verse dans une communion festive d’une exceptionnelle intensité, placée sous les auspices d’une météo de saison en terre d’Orient.
La panoplie climatique commence par un soleil de plomb. Des températures avoisinant 41°, parfois plus.

 

Au risque de l’inanition par combustion interne, suivie d’une phase de liquéfaction.
L’astre incandescent assomme la ville et assèche rapidement les métabolismes en extrême sudation.

 

Pourtant, suprême paradoxe, le macadam est jonché de flaques. Signe que la climatologie inhérente à l’événement charrie également des grains fréquents. Quand on préfigure une accalmie, une averse s’abat. Tout est détrempé.

 

Des rideaux de gouttes balaient l’horizon à distance de dix mètres à peine. On comprend très vite que c’est œuvre humaine. Déployées au sol, des troupes surarmées arpentent les grandes artères de la capitale.

 

Grandes manœuvres au vocable circonstancié : สาดน้ำ sat nam. Splash water. On asperge façon tourniquet. Les régiments disparates sont dotés d’un équipement digne des offensives homériques ayant marqué les époques épiques. Du pistolet à eau aux lances anti-incendie, en passant par les tuyaux d’arrosage et les fusils mitrailleurs de très gros calibre.

 

Coques plastifiées, quoique dotées d’impressionnantes réserves aqueuses, à trimballer sur le dos pour ne jamais se retrouver en situation d’étiage. Ce serait en effet un châtiment douloureux que de subir le déluge déclenché par d’étranges belligérants, assoiffés de rigolade, sans pouvoir laver l’affront.

 

Ou comment élaborer une science de la vague proportionnée. En fait, seule compte la puissance de projection liquide. D’où la nécessité d’un équipement garantissant une étanchéité éprouvée.

 

Par exemple, obligation de porter des lunettes de protection homologuées. Tant la fête est démesurée, les yeux doivent boire ce qu’ils voient pour le croire.

 

Submerger l’adversaire, voilà la règle. Le noyer sous une avalanche. Eau et mousse de savon en renfort s’il est particulièrement féroce. Le rhabiller en poule mouillée.
Puis le talquer au creux des joues enjouées.

 

Étonnamment, les sourires fusent plus vite que les projectiles. S’agirait-il surtout de pétards mouillés ? Quelle importance ?

 

Joie et bonne humeur sont les munitions les plus prisées quand il faut riposter aux assauts humides d’un ennemi amphibie. On peut même le trouver sympathique en chemisette bonne à essorer. Et, dans un même élan teinté d’espièglerie juvénile, juger les Amazones siamoises carrément aguichantes en T-shirt dégoulinant.

 

La philosophie siamoise, en la circonstance, est simple à appréhender : Bonne humeur de rigueur. Sabai sabai. Ça baigne, ça baigne.

 

Quand vient Songkran, on se rit des intempéries.

 

Patrick Chesneau

 

NB : 2569 en Thaïlande, année 2026 du calendrier farang.

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