
Les dirigeants de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) sont attendus en Russie les 17 et 18 juin prochains pour un sommet commémoratif avec le président Vladimir Poutine, une rencontre qui témoigne de la volonté de Moscou de renforcer son ancrage diplomatique en Asie.
L’annonce a été faite vendredi par la secrétaire aux Affaires étrangères des Philippines, Theresa Lazaro, à l’issue d’un entretien téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov.
Sur le réseau social X, la cheffe de la diplomatie philippine a évoqué un échange « productif » consacré aux préparatifs du sommet ASEAN-Russie prévu à Kazan. Elle a également souligné le caractère symbolique de cette année 2026, marquée à la fois par le 35e anniversaire des relations entre l’ASEAN et la Russie et par le 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les Philippines et la Fédération de Russie.
« Un entretien téléphonique productif avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov pour discuter des préparatifs du prochain Sommet commémoratif ASEAN-Russie à Kazan. Cette année marque un double anniversaire : les 35 ans des relations ASEAN-Russie et les 50 ans des relations bilatérales entre les Philippines et la Russie », a écrit Theresa Lazaro.
Selon l’ambassade de Russie à Manille, les deux ministres ont également évoqué « les perspectives d’élargissement du partenariat stratégique entre la Russie et l’ASEAN ».
Moscou consolide ses liens avec l’Asie du Sud-Est
L’ASEAN regroupe onze États membres : Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, la Birmanie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, le Timor oriental et le Vietnam.
Si la majorité des pays de l’ASEAN avaient soutenu en 2022 la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies condamnant l’invasion russe de l’Ukraine, le bloc régional a choisi de préserver ses canaux de dialogue avec Moscou. La Russie conserve ainsi son statut de partenaire officiel de l’organisation et participe régulièrement à ses réunions ministérielles et sommets.
Cette approche reflète la politique traditionnelle d’équilibre poursuivie par les États d’Asie du Sud-Est, soucieux de maintenir des relations à la fois avec les États-Unis, la Chine et la Russie.
Les positions restent toutefois nuancées. Les Philippines, allié stratégique de Washington, assurent actuellement la présidence tournante de l’ASEAN. À l’inverse, le Vietnam et le Laos entretiennent des relations historiques étroites avec Moscou et s’étaient abstenus lors du vote de la résolution de l’ONU condamnant l’offensive russe en Ukraine.
L’énergie et les échanges économiques au cœur du sommet
Au-delà des considérations diplomatiques, les questions énergétiques devraient occuper une place importante lors des discussions. Plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, dont les Philippines, la Thaïlande, l’Indonésie et le Vietnam, ont manifesté leur intérêt pour les hydrocarbures russes ou accru leurs importations ces derniers mois, dans un contexte de forte volatilité des marchés énergétiques mondiaux.
Selon des responsables philippins, le président Ferdinand Marcos Jr. devrait participer personnellement à la rencontre de Kazan aux côtés de Vladimir Poutine.
La présence du Premier ministre singapourien demeure en revanche incertaine. Singapour est le seul pays de l’ASEAN à avoir adopté des sanctions économiques contre la Russie après le déclenchement de la guerre en Ukraine.
La Birmanie toujours tenue à l’écart ?
La question birmane risque également de peser sur les discussions. Bien que Naypyidaw assure actuellement la coordination des relations entre l’ASEAN et la Russie, le président Min Aung Hlaing ne devrait pas être autorisé à participer au sommet.
Depuis le coup d’État de février 2021 ayant renversé le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi, l’ASEAN exclut les dirigeants militaires birmans de ses sommets et des réunions de haut niveau avec ses partenaires internationaux. Le pays n’est représenté que par des responsables non politiques.
À travers ce sommet de Kazan, Moscou entend démontrer qu’elle conserve des partenaires influents au sein de l’une des régions les plus dynamiques du monde. Pour les pays de l’ASEAN, l’enjeu consiste surtout à préserver leur politique d’équilibre entre les grandes puissances dans un contexte international de plus en plus polarisé.
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