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La fin des diplomates

Date de publication : 30/05/2026
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Alain Rouquié ausculte la diplomatie française, une chronique de François Guilbert

 

À suivre les méandres des guerres d’Ukraine et d’Iran, les affrontements interétatiques khméro-thaïlandais ou les tensions en mer de Chine méridionale, on peut être tenté de proclamer la fin des diplomates — ou, au contraire, d’appeler à leur retour en grâce pour gérer avec davantage d’efficacité et de discrétion les crises du moment. Mais en ne mettant pas de point d’interrogation à son titre, qu’a voulu proclamer Alain Rouquié ? Croit-il ou souhaite-t-il la disparition d’une corporation vieille de plusieurs siècles ? À dire vrai, l’auteur se montre plus optimiste sur l’avenir des agents du Quai d’Orsay et des autres chancelleries que ne pourrait le laisser penser le titre apposé en couverture. Il a même de la tendresse pour la plupart d’entre eux, de l’estime pour leurs compétences et de l’admiration pour certains actes d’authentique bravoure lors de grands tournants de l’histoire récente et ancienne.

 

Un diagnostic éclairé sur les métiers diplomatiques

 

Sans être principalement nourri par les conflits en cours, l’essai d’Alain Rouquié pose un diagnostic sérieux et éclairé. Son manuscrit ne relève pas des mémoires d’un homme parvenu à l’âge de la retraite, évoquant souvenirs aigres-doux, postures idéologiques, comportements burlesques ou anecdotes personnelles. C’est le livre d’un authentique intellectuel : un politiste expérimenté, un lettré attaché aux faits, à leurs représentations et à leurs interprétations dans le champ des politiques publiques.

 

Bien que nourri par sa pratique diplomatique, ses routines et son quotidien matériel, ce n’est pas à proprement parler un livre d’ego-histoire. Il est informé sans être ennuyeux. Style et humour s’y conjuguent avec aisance. L’ouvrage propose une réflexion aboutie sur l’une des dimensions constitutives de l’État dit profond et sur ses fonctionnements, ceux qui donnent parfois de l’urticaire aux responsables politiques et aux commentateurs.

 

Le choix de décentrer le propos de l’actualité la plus immédiate est très judicieux. Il permet de mieux jauger les évolutions contemporaines des métiers diplomatiques et de replacer les dynamiques géopolitiques et institutionnelles dans des temps longs salutaires.

 

Un auteur particulièrement bien placé

 

Alain Rouquié est l’un des hommes les mieux placés pour éclairer les débats sur le rôle et l’usage des diplomates. Universitaire d’abord reconnu par ses pairs pour la qualité de ses travaux sur l’Amérique latine, auteur d’une vingtaine d’ouvrages, il fut aussi, par le fait du prince, un diplomate de très haut rang. À Paris, il exerça les fonctions d’analyste au Centre d’analyse et de prévision et de directeur des Amériques. Il fut également ambassadeur de France à quatre reprises : au Salvador (1985-1988), au Mexique (1989-1992), en Éthiopie (1996-1999) et au Brésil (2000-2003).

 

Avec les qualités de l’enseignant, il revient sur les rouages de l’appareil d’État et du Quai d’Orsay. Avec simplicité, et sans pathos excessif, il décortique le fonctionnement de l’institution. Avec l’œil du chercheur, il s’interroge sur les freins à l’action ; avec celui du praticien, il s’arrête sur les obstacles systémiques ou circonstanciels. Sans acrimonie ni effet de manche, l’octogénaire rend intelligible l’histoire diplomatique française des siècles écoulés, en particulier du début du XIXe siècle aux années 2020.

 

À lire par les futurs diplomates… et par les réformateurs pressés

 

L’ouvrage est assurément à lire et à relire par les étudiants en relations internationales, par tous ceux qui seraient tentés par la carrière diplomatique, mais aussi par celles et ceux qui s’intéressent à la construction de l’histoire sous nos yeux. Il faudrait également le mettre entre les mains des apprentis sorciers tentés par de grandes réformes radicales à l’issue de l’élection présidentielle de 2027.

 

Alain Rouquié ne s’intéresse pas seulement aux ambassadeurs et aux pratiques du passé. Il examine aussi ce que sera, ou devrait être, le diplomate du futur. Il observe les réseaux et les compétences sur lesquels celui-ci pourra s’appuyer. Avec malice, et non sans raison, il invite à relire attentivement le roman de Graham Greene, Un Américain bien tranquille, publié en 1955, et à s’intéresser à son jeune protagoniste Alden Pyle, si peu connaisseur du Vietnam et pourtant si sûr de ses certitudes sur la guerre et la paix.

 

François Guilbert

 

Référence : Alain Rouquié, La fin des diplomates, Éditions de l’Aube, 2025, 346 p., 22 €.

 

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