
La Thaïlande durcit sa politique migratoire. Selon les chiffres publiés par le Bureau de l’immigration, 29 490 ressortissants étrangers se sont vu refuser l’entrée dans le royaume entre janvier et mai 2026. Cette campagne de contrôle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à lutter contre le travail illégal, les abus de visas et les réseaux criminels transnationaux.
L’annonce a été faite par le Bureau de l’immigration thaïlandais dans le cadre de la politique dite des « Trois Non » : Pas d’entrée, pas de séjour illégal, pas d’échappatoire (No Entry, No Stay, No Escape), mise en œuvre depuis le début de l’année à la demande du chef de la Police royale thaïlandaise.
Un durcissement assumé de la politique migratoire
Cette offensive intervient alors que les autorités thaïlandaises multiplient depuis plusieurs mois les mesures destinées à renforcer le contrôle des étrangers présents sur le territoire.
Bangkok a notamment réduit récemment la durée du séjour sans visa accordée à plusieurs nationalités et généralisé l’utilisation de nouveaux outils numériques destinés à améliorer le filtrage des voyageurs avant leur arrivée.
Les autorités affirment vouloir préserver l’attractivité touristique du pays tout en limitant les abus liés aux séjours prolongés, au travail non déclaré et aux activités criminelles utilisant la Thaïlande comme base arrière.
Près de 30 000 refus d’entrée
La première composante du dispositif, baptisée « No Entry », vise à empêcher l’entrée sur le territoire de personnes considérées comme présentant un risque pour l’ordre public ou la sécurité nationale.
Les services de l’immigration utilisent désormais un système de contrôle anticipé des passagers, l’Advance Passenger Processing System (APPS), qui permet de vérifier les informations des voyageurs avant même leur embarquement.
Selon les autorités, la liste noire thaïlandaise compte actuellement 169 506 personnes. Elle comprend notamment d’anciens condamnés ayant purgé une peine en Thaïlande ainsi que des individus faisant l’objet d’alertes internationales ou de notices d’Interpol.
Les compagnies aériennes sont tenues d’empêcher ces personnes d’embarquer à destination de la Thaïlande. Aux frontières terrestres, les agents procèdent également à leur refoulement.
Parallèlement, les contrôles se sont renforcés pour les voyageurs entrant dans le cadre des régimes d’exemption de visa. Les personnes soupçonnées de vouloir travailler illégalement, de participer à des réseaux d’escroquerie ou d’utiliser abusivement les séjours touristiques peuvent se voir refuser l’accès au territoire. Entre janvier et mai 2026, 29 490 étrangers ont ainsi été refoulés à l’entrée du pays.
Les « visa runs » particulièrement surveillés
Les autorités thaïlandaises s’intéressent également aux voyageurs qui multiplient les entrées et sorties du territoire afin de prolonger leur présence dans le royaume sans disposer d’un visa de long séjour adapté.
Sans annoncer de nouvelle réglementation spécifique, l’immigration laisse entendre que ces pratiques font désormais l’objet d’une attention accrue lors des contrôles.
Plusieurs expatriés et voyageurs réguliers rapportent par ailleurs des interrogatoires plus détaillés à leur arrivée, portant notamment sur leurs ressources financières, leurs réservations d’hébergement ou leurs projets de séjour.
Plus de 14 000 arrestations d’étrangers
Le deuxième volet de la stratégie, « No Stay », cible les étrangers déjà présents en Thaïlande.
Les autorités procèdent notamment à la révocation des visas de personnes qui ne respectent pas les conditions de leur séjour. Les détenteurs de visas étudiants font l’objet d’une attention particulière lorsque les enquêteurs soupçonnent que les études servent uniquement de prétexte à une installation prolongée.
Entre janvier et mai 2026, 668 étrangers ont vu leur droit au séjour annulé avant d’être expulsés du royaume.
Par ailleurs, les opérations menées à travers le pays ont conduit à l’arrestation de 14 161 ressortissants étrangers pour des infractions liées à l’immigration ou à d’autres activités illégales.
Pattaya, Phuket, Samui et Phangan sous surveillance
La troisième composante du programme, « No Escape », repose sur une coopération renforcée entre les services de l’immigration et les forces de police locales.
Les autorités ont identifié 190 cibles considérées comme sensibles au sein de communautés étrangères installées dans plusieurs régions du pays.
Les principales zones concernées sont :
Chonburi (Pattaya) : 147 cibles ;
Surat Thani (Koh Samui et Koh Phangan) : 22 cibles ;
Phuket : 10 cibles ;
Chiang Mai : 9 cibles ;
Mae Hong Son : 2 cibles.
Les opérations de contrôle déjà menées ont conduit à l’arrestation de plus de 31 personnes, tandis que plusieurs enquêtes restent en cours.
Un message adressé aux expatriés comme aux touristes
Cette communication intervient dans un contexte où les autorités thaïlandaises cherchent à démontrer leur capacité à lutter contre la criminalité transnationale, les réseaux d’escroquerie opérant depuis l’Asie du Sud-Est et certaines formes d’immigration irrégulière qui se sont développées avec la reprise du tourisme international.
Pour les touristes et les expatriés respectant les règles du pays, ces mesures ne modifient pas les conditions normales d’entrée ou de séjour. En revanche, elles traduisent une volonté politique claire : la Thaïlande souhaite rester ouverte aux visiteurs étrangers, mais entend exercer un contrôle plus strict sur les personnes qui utilisent les dispositifs touristiques ou certains types de visas à des fins autres que celles prévues par la réglementation.
Le Bureau de l’immigration a confirmé que la politique des « Trois Non » serait poursuivie tout au long de l’année et que ses résultats feraient l’objet d’un suivi régulier.
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