
L’arrestation d’un ressortissant israélien à l’aéroport de Koh Samui marque une nouvelle étape dans la vaste offensive engagée par les autorités thaïlandaises contre les sociétés soupçonnées d’utiliser des prête-noms pour contourner les restrictions foncières imposées aux étrangers.
La police a arrêté un ressortissant israélien de 30 ans le 10 juin à son arrivée à Koh Samui. Les enquêteurs l’accusent d’avoir utilisé une société enregistrée au nom de ressortissants thaïlandais pour prendre le contrôle de terrains à Koh Phangan en contournant la législation foncière.
Une arrestation qui s’inscrit dans une enquête plus vaste
Cette affaire n’est pas isolée. À la mi-mai, les autorités thaïlandaises ont lancé une opération baptisée « Crackdown on Foreign Nominee Networks on Koh Phangan », visant des réseaux présumés de prête-noms dans les principales zones touristiques de la province de Surat Thani.
Cette campagne a déjà conduit à l’émission de 45 mandats d’arrêt. Vingt-sept suspects ont été appréhendés à ce jour, tandis que les enquêteurs poursuivent leurs recherches pour retrouver les autres personnes visées.
Les autorités affirment vouloir lutter contre les structures permettant à certains investisseurs étrangers de conserver le contrôle effectif de terrains ou d’activités économiques en utilisant des actionnaires thaïlandais de façade.
Une pression croissante sur les investissements étrangers
L’opération intervient dans un contexte de surveillance accrue des investissements étrangers à Koh Samui et Koh Phangan. Selon les chiffres publiés récemment par le Department of Business Development (DBD), près de 68 % des entreprises enregistrées sur les deux îles impliquent des investisseurs étrangers. Les Français, les Britanniques, les Russes et les Israéliens figurent parmi les nationalités les plus représentées.
Les autorités insistent toutefois sur le fait que la majorité de ces investissements sont parfaitement légaux. Leur objectif est de cibler les montages considérés comme contraires à la législation thaïlandaise, notamment lorsque des ressortissants thaïlandais servent uniquement d’actionnaires de façade.
Une société utilisée pour acquérir des terrains
Selon les enquêteurs, le suspect arrêté serait lié à la société Alisa Paradise Co. Ltd. La police affirme qu’il aurait eu recours à un cabinet comptable pour enregistrer l’entreprise et désigner des ressortissants thaïlandais comme actionnaires. Cette société aurait ensuite servi à acquérir des terrains sur Koh Phangan, où il envisageait de construire une résidence privée.
Lors de son interrogatoire, le suspect a reconnu être la personne visée par le mandat d’arrêt. Les enquêteurs l’ont ensuite conduit au commissariat de Koh Phangan pour la suite de la procédure judiciaire.
Pourquoi les prête-noms sont-ils illégaux ?
La législation thaïlandaise interdit généralement aux étrangers de posséder directement des terrains. Pour contourner cette restriction, certains investisseurs créent des sociétés thaïlandaises dans lesquelles des ressortissants locaux apparaissent officiellement comme actionnaires. Lorsque ces derniers ne disposent ni d’un véritable pouvoir de décision ni d’un intérêt économique réel dans l’entreprise, les autorités considèrent qu’il s’agit de prête-noms (« nominees »), une pratique illégale.
Ces dernières années, plusieurs enquêtes ont visé des projets immobiliers, des complexes touristiques et des entreprises établis à Phuket, Pattaya, Koh Samui et Koh Phangan.
Un signal adressé à l’ensemble du secteur
Au-delà du cas individuel de cet investisseur israélien, cette arrestation envoie un message à l’ensemble des acteurs du marché immobilier et touristique. Bangkok entend démontrer que la Thaïlande reste ouverte aux investissements étrangers, mais que les montages destinés à contourner la réglementation foncière feront désormais l’objet de contrôles renforcés.
Pour les nombreuses communautés étrangères installées dans le sud du pays, notamment les Français très présents dans l’hôtellerie, la restauration et l’immobilier, l’affaire rappelle l’importance de veiller à la conformité juridique des structures de détention et d’investissement utilisées dans le royaume.
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