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THAÏLANDE – CHRONIQUE : Hommage à une princesse disparue

Journaliste : Patrick Chesneau Date de publication : 15/06/2026
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Une chronique siamoise et sociétale de Patrick Chesneau

 

Dans le déroulé de tout événement, il est des fragments d’actualité qui s’inscrivent à jamais dans l’Histoire. Soudain, un moment en particulier se détache, devient signifiant, franchissant ainsi le seuil de la postérité.

 

Les images qui l’accompagnent acquièrent instantanément une force symbolique de haute intensité. Comme si un effet multiplicateur était à l’œuvre sur le registre émotionnel. La mémoire collective s’en imprègne aussitôt. C’est ce qui les rend impérissables.

 

Le choc d’une disparition nationale

 

Cette fois-ci, l’image évoquera, par-delà les ans, le chagrin qui a submergé le peuple thaï à l’annonce de la mort de la princesse Bajrakitiyabha, à l’âge de 47 ans. Elle était placée en soins très intensifs depuis décembre 2022 à l’hôpital Chulalongkorn de Bangkok, à la suite d’un accident cardiaque qui l’avait plongée dans un profond coma.

 

Des milliers de sujets sont venus spontanément lui rendre hommage à l’hôpital, le plus grand établissement public de Thaïlande, en bordure du parc Lumphini. Brandissant son portrait, psalmodiant des paroles d’amour, de piété et de gratitude, ils témoignaient d’un respect unanime.

 

Une nation sous le poids du deuil

 

Cette peine était, comme dans tous les épisodes déchirants, impossible à contenir. L’affliction étreignait les poitrines et les cœurs, à Krung Thep Maha Nakhon comme en tous points du Royaume. Les larmes ont coulé, drues comme la mousson de saison, roulant sur des visages soudain creusés de rides, éprouvés par cette nouvelle tragédie au sein de la famille royale.

 

La princesse Bajrakitiyabha, affectueusement surnommée « princesse Bha », était la fille aînée du roi Maha Vajiralongkorn Phra Vajiraklaochaoyuhua, Rama X, l’actuel souverain de Thaïlande.

 

Le symbole d’un dernier voyage

 

À nouveau, la tristesse s’est accentuée lorsque les Thaïlandais de toutes générations ont vu apparaître, au sortir de l’hôpital Chulalongkorn ou sur leurs écrans de télévision, une estafette Volkswagen de modèle Caravelle.

 

Ce véhicule, décidément trop familier, au point que les 68 millions de sujets du Royaume lui ont attribué un surnom — « James Bond » —, semble chargé d’une mission solennelle. Sans doute à cause des missions « impossibles » qu’il lui faut accomplir, en vertu d’un protocole immémorial.

 

Le samedi 13 juin 2026, les foules se sont massées tout au long d’un parcours millimétré. Le combi de couleur métallisée a transporté la princesse jusqu’au Palais royal, la demeure qui l’a vue grandir et s’épanouir.

 

Un véhicule devenu symbole national

 

Ce véhicule d’apparence modeste cumule déjà deux décennies au service des monarques. Naturellement nimbé d’un halo de solennité, il incarne une continuité rare. C’est cette même voiture qui avait transporté la dépouille du roi Bhumibol Adulyadej, Rama IX, en 2016, puis celle de la reine Sirikit, son épouse, appelée reine mère, en 2025.

 

La présence de cette estafette Volkswagen dans les périodes de deuil national illustre la continuité, l’humilité et la permanence de la monarchie.

 

Une nation entre douleur et continuité

 

Cette seule image est un concentré des valeurs de la thaïtude (« thainess »). Elle incarne la douleur de tout un peuple et, étroitement mêlée à celle-ci, l’espérance. La conviction inébranlable que la nation, tout entière, continuera d’avancer vers son destin prometteur, au fil des siècles.

 

Patrick Chesneau

 

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