
Une chronique cambodgienne de Yann Moreels
Il ne fait guère de doute aujourd’hui, dans une partie de la population cambodgienne, que les voisins thaïlandais ont délibérément déclenché la guerre l’an dernier contre les Khmers, pour trois raisons principales.
D’abord, un sentiment de rancœur, premier déclencheur, lié au fait que le leader charismatique du Cambodge, Hun Sen, était perçu comme un « ennemi » par certains responsables politiques de Bangkok.
La seconde motivation des militaires, et peut-être surtout de certains responsables politiques, résiderait dans la duplicité des casinos frontaliers ainsi que dans d’autres zones connues pour un certain laxisme au Cambodge, facilitant les arnaques en ligne, parfois en lien avec des réseaux transfrontaliers.
Enfin, le conflit frontalier et l’explosion de deux mines sont aujourd’hui présentés comme un déclencheur immédiat. Mais ils apparaissent surtout comme la partie visible d’une hostilité plus profonde, avec des questions toujours sans réponse : qui a rompu les relations ? Qui a fermé les frontières ? Qui a tiré le premier ?
Apparemment, le conflit autour des zones frontalières disputées, notamment des temples en ruines et du célèbre temple de Preah Vihear, cher aux Khmers, n’était qu’une façade.
Frontière oui, mais laquelle ?
Aujourd’hui, il apparaît que derrière le conflit qualifié de « terrestre » se cachait en réalité une autre source de tension : un différend d’orgueil national, lié notamment à une île revendiquée par les deux pays depuis la période coloniale française.
Il serait donc réducteur de limiter le conflit à la seule question terrestre.
C’était ignorer que la dimension maritime prenait une importance croissante. D’ailleurs, pendant que des chasseurs thaïlandais bombardaient des infrastructures cambodgiennes près de la frontière, des frégates thaïlandaises auraient accosté en territoire contesté, semant la panique.
Ces démonstrations de force laissaient entendre que les tensions maritimes étaient désormais ouvertes, remettant en cause des accords anciens entre les deux pays.
Dans un contexte de cessez-le-feu de plus en plus fragile, le Cambodge a décidé de porter la question sur la scène internationale, alertant l’ASEAN et la communauté internationale sur la dimension maritime du conflit. Phnom Penh plaide pour une solution diplomatique ou un arbitrage international.
Selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), un tel processus pourrait durer plusieurs années et prolonger une situation de tensions durables entre les deux pays.
Désormais, selon Phnom Penh, la Thaïlande devra composer avec ce dossier, soit en accélérant un retour au dialogue, soit en acceptant l’intervention d’un tiers pour arbitrer le différend.
Le 4 juin dernier, le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a déclaré au Bangkok Post que le gouvernement thaïlandais était déçu de la situation, tout en se disant prêt à participer à un mécanisme des Nations unies pour les différends maritimes.
Dans le même temps, à Phnom Penh, les autorités affirmaient que des territoires cambodgiens occupés auraient provoqué le déplacement de milliers de réfugiés. Ces zones seraient considérées comme des îles khmères. Elles devraient, selon elles, revenir dans le cadre d’accords internationaux afin d’éviter une nouvelle escalade militaire.
Le Cambodge ne s’en cache pas : il entend recouvrer l’intégralité de son territoire et dénonce les importants travaux réalisés dans les zones contestées. Il affirme également renforcer ses capacités militaires, tout en espérant un retour rapide de la diplomatie.
Yann Moreels
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